‹ Second mémoire de CarnotChapitre 1 sur 2 · SECOND · texte numérisé non relu

SECOND

mémoire

de CARNOT.

Notes additionnelles .

En discutant ( pages 65 et 74 de mon mémoire) la question générale de savoir s’il étoit à propos de nommer des ambassadeurs de la république , j’ai oublié d’ajouter le motif particulier qui m’animoit alors 5 c’étoit de faire rappeler de leur poste , ceux qui n’étoient propres qu’à déshonorer la nation française par l’immoralité de leur caràCtèfp et la perversité de leur conduite. N’étoit-il pas honteux, par exempæ , qu’on laissât chargé de l’ambassade auprès de la Porte- Ottomane , l’une des plus difficiles dans les circonstances actuelles , un homme taré , tel que Verninac - de- St. - Mater ? Cet intrigant venu des bords de la Garonne, poussé par l’archevêque de Bordeaux à une place de conseiller au Châtelet , cultivant dans les commencemens de la révolution, tous les partis , dînant avec les ans*

locrâtes fougueux , soupant ax^ec les constitutionnels enragés , s’abandonnant enfin à la faction dominante , envoyé pour je ne sais plus quelle mission , à Avignon , chassé au mois d’août 1783 , de la maison de Beaumarchais 5 pour escroquerie avérée au jeu envers un bordelais nommé Lahate f qui, quelques jours après, l’insulta en pleine comédie française , et le chassa du spectacle, devenu enfin gendre de l’ex-ministre Charles Lacroix ; de bonne foi, étoit-ce là un choix honorable pour la première nation de l’univers ? Si quelque émigré eût reconnu le personnage à Constantinople , quelle idée le divan auroit-il pu se former d’un gouvernement qui plaçoit ainsi sa confiance ? A vois-je tort de vouloir nétoyer les étables d’Augias ? mais Hercule lui -même eut à peine suffi à cette pénible entreprise.

Au détail des horreurs commises en Suisse (page 7 5 du mémoire) , il n’est pas inutile ci ajouter que , pour dernier outrage r on envoie , en qualité de commissaire français , dans éé malheureux pays , le misérable Rapinat, dont le nom seul étoit une injure , et qui n’en a que trop bien accompli l’horoscope. C’est lui que Sieyes appeloit si .plaisamment et si justement l’adjectif de RewbelL Beau - frère de celui - ci , et son digne ministre pour les acquisitions immenses que ce vorace directeur a faites en Alsace , conjointement avec Schawembourg 3 il avait déjà fait l’essai de ses ta-

lens financiers et envahisseurs , avec fies succès dignes de toute la recomioissance de son maître. Ce fut , sans doute , pour l’en récompenser , qu’on l’envoya ^ travail 1er , pour lui-mëme , en Helvétie, et voilà les dignes apôtres delà liberté cjue le directoire déchaîne parmi les peuples qu’il appelle dérisoirement ses amis et ses alliés !

En parlant de Hoche ( page 104 du mémoire ), j’ignorois à quel point il étoir engagé dans le parti triumviral. Voici ce qui m’a été révélé depuis : Le trio infernal , embarrassé de trouver des fonds pour entreprendre son 18 fructidor, et voulant se soustraire à la gênante surveillance de Barthélemy et de moi , qui les aurions certainement bien empêchés de puiser dans le trésor public, s’adressa à Hoche, qui, par le moyen, de sa femme ^ c^meurant a ors à Me z , leur procura 5o,'Ooo francs. Cette somme 11’a même été remboursée que plus de neuf mois après. Eh bien ! honnête Bailleul , vos maîtres vous ont-ils révélé cette précieuse anecdote? Vous ont -ils dit que la pièce probante en fût déposée chez les ministres ? non, sans doute, pas plus que celles qui me concernent. Mais , moi , je vous dirai un jour où elle est , la preuve écrite du prêt de 5o,ooo francs. Le tems n’en est pas encore venu. Et vous , bons parisiens , habiles politiques de tous les coins de la France , étonnez-vous à présent de la brouille survenue entre Hoche et le digne trio !

Hoche les appeloit perfides , ingrats ; Hoche avoit leur secret ; Hoche a péii devinez.

Lorsque j’ai signalé (page 1^4 de mon mémoire, et dans d’autres passages) Barras comme protecteur de tous les nobles diffamés , de tous les chevaliers d’industrie, et en général de la plus mauvaise compagnie de France, ce n’est pas sans les preuves les plus claires que j’en ai parlé ainsi. On sait que Barras, par son faste garnisonier , ses jactances d’histrion , prétendait influer plus que personne sur les grâces militaires que le directoire étoit dans le cas d’accorder. Souvent il arrachoit par importunité ce qu’on eût dû refuser après un examen plus réfléchi. C’étoit ainsi qu’il nous avoit forcé la main pour la place

de commandant de Parisf*] <en faveur d’un nommé Verdières, l’un de Qes favoris. Ce Verdières, garde d’Artois dans l’ancien régime, d’un extérieur assez agréable 5 adroit à tous les exercices du corps , professeur même dans certain tour de passe-passe, étoit au fond l’un des sujets les plus suspects que l’on pût mettre dans un poste quelconque. Ne sachan t trop que faire au commencement de la révolution, il avoit essayé ses talents chez Beaumarchais , d’où il fut chassé en même tems que Verninac , ayec lequel il étoit alors en société d’escroqueries. Comme tout s’oublie ou se cache à Paris, cette mésaventure ne l’empêcha pas de se glisser à

la cous , ou il fut dans uns espèce de faveur, parce qu’il amusoit le jeune dauphin pai ses escamotages. On assure même qu’il étoit au château le io aoû'. Quoi qu’il eu soit, on le voit, quatre ou cinq ans après, reparoîire à la cour de Barras - il faut convenir que ce n’etoit pas là un de ses tours d adresse les moins éfonnans.

Talîejrand - Périgord est aussi l’une des créatures de Barras , qui le protégea hautement , d’après les recomfnanda tions les plus chaudes de madame de Staël. Il faut rendre justice sur ce point à Rewhejl , il ïi en vouloit point , parce qu’il voyou dans cet ex-évêque un rival redoutable pour l’esprit et pour les talens ; mais il ne faut pas croire non plus que les deux autres l’estiment sous ce double rapport. Réveillère voit en lui , avec une douce satisfaction le noble dégradé, le prêtre renégat, bien parjure , bien compromis, et tellement lié au parti qu’il a embrassé , que rien ne peut en détacher. Barras, de son côté, envi-* sage avec complaisance , dans sa créature, e libertin scandaleux , vivant publiquement avec une aventurière divorcée , qui au surplus , se moque de lui en secret \ et lui donne le sobriquet de pied - court , dans des lettres bien bêtes et bien tendres , adressées à un amoureux, qu’elle a laissé à Londres , trois ou quatre mois avant le rB fructidor.

En un mot, c est de la société de Barrai

que sont sortis tous les choix honteux que \e directoire peut avoir à se reprocher. Ne Venoit-il pas aussi de cette source impure, l’exécrable .Sotin , ministre de la police ? n’es 1-ce pas ce digne agent de tous les crimes qui a organisé en système financier , en ferme productive , la partie des jeux de hasard dans la capitale? c’est avec ce produit infâme que l’on soudoie des catins , des histrions, et même des gens de l’ancien régime , à qui Barras veut du bien , et qu’il ne peut pas décemment faire revêtir de places administratives, tels que des B — une, un G — is , un ex-vicaire de C— ne (qu’il ne faut pas confondre avec son frère) , unM — ilie, un J y tous connus depuis long-tems comme le martre de Gilblas , pour ne perdre au jeu mie ce qu’ils vouloient , et quand iis vouloient, et tant d’autres composant cette canaille nobiliaire dont les mœurs corrompues on t he ure use m en t nécessité et favorisé la révolution , mais dont la lacliete est indigne et incapable de la soutenir.

N’est-ce pas toujours ce protégé de Barras, ce Sotin , qui , accusé de pillage et de concussion à" C bolet , ce dont il ne s’est jamais j.ustifié , a multiplié les espions de police à nu point effrayant, même pour le génie infernal qui a constitué le premier cette parue honteuse du gouvernement? N’est-ce pas lui qui a nommé général en chef de cette troupe d'argus , un homme plus horrible que lui-! même (s’il est possible.) le genevois Veyrat ?

frauduleux, accusé d’assas^ 3t marqué comme receleur de ction , avant le 18 fructidor.

banqueroutier

sinat, fouetté A

vols avec effraction , avant 1 double espion du comité des inspecteurs < conseils, qui le paj^oit bien, et du gouvernement qui le payoit encore mieux, auf d’un plat mémoire parvenu jusqu’au fond dé l’Allemagne, dans lequel il se vante d’avoir séduit et escroqué * ™ '

un

François , qui se donne pour un

imbécille nommé agent de

Louis XVII I , et n’est qu’un casse-cou ; balterne du ministère anglais ? Je sais i. qu’il est difficile ( il y a long-tems qu’on l’a dit) de -trouver des gens honnêtes pour un pareil métier ; mais , il y a des bornes a tout. Quelle foi peut-on ajouter à des gens qui ont trafiqué de leur honneur , et à qui une condamnation publique a ô té tout moyen, tou e espèce de retour à la vertu? Il n’y a que des brigands et des assassins qui puissent choisir pour instrumens de leurs rapines ou de leur fureur, des criminels flétris parla justice ou échappés au glaive de sa vengeance.

A vous encore , illustre Rewbell , ce sera , j’espère , pour la dernière fois. J’ai indiqué légèrement , (page i33 de mon mémoire) , vos petites fredaines à Mayence , dont vous partagez la gloire avec l’ami Merlin (de Thionville ). Savez-vous- bien qu’il y a , comme disoit Barère , de l’écho dans l’Europe? Savez-vous qu’il se trouve en Allemagne un maudit officier prussien qui’ s’en

ra disant, à qui veut l’entendre, qu’il vous a compté à tous deux 12,000 frédérilcs d’or pour le prix de la livraison de la place? Ce que je sais très-bien , moi, c’est que le comité de salut public n’a pu' obtenir dans le tems , la communication d’un certain mémoire sur cette affaire, quoiqu’il ait été demandé à trois reprises differentes. li existe un fournisseur, votre complice, ou peu s’en faut, qui pourroit faire à ce sujet des révélations utiles. D’autres encore donneroient au besoin des renseigne mens positifs. Patience. Cette œuvre d’iniquité sera connue un jour 5 et certes, les pièces n’en seront pas déposées chez, vos ministres .

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