‹ Second mémoire de CarnotChapitre 2 sur 2 · NOTICES · texte numérisé non relu

NOTICES

a mon

Il me semble juste de ne pas les oublier* Je les ai connus assez particulièrement pour avoir le droit d’en parler. Si ce que j ai a en dire ressembloit à l’inimitié qui se venge , ou à l’amour-propre qui se console , j en appellerois à la vérité elle-meme. La paix dans mon cœur , la haine en est loin ; mon 1 but est d’éclairer mes concitoyens et faire encore quelque 1

Tl est assez connu par la loi des suspects , à laquelle cependant , il a eu moins de part que Danton, qui en fut le véritable auteur. Si elle devint entre les mains des tyrans , l’instrument de tant d’iniquités , il est vrai de dire cependant qu’elle n’avoit été imaginée d’abord que pour comprimer les factions, et qu’elle pouvoit être très-utile dans cette transition difficile de la monarchie a la république. Il est probable que Merlin été séduit , comme beaucoup

la perspective de ces avantages. Ce que Ton peut dire de lui , du moins , c’est qu’il a toujours marche dans la meme ligne révolutionnaire , qu’il n’a jamais dévié de ses principes, que jamais il n’a accepté de commission sanguinaire ou spoliatrice dans les départemens. Toujours livré aux fatigues d’un travail assidu, il n’a point manifesté d’ambition excessive. Il n’a peut-être pas le courage et la fermeté qui conviennent à un véritable homme d’état 5 mais il a quelques qualités désirables dans un administrateur. Plus adroit que fort, il réussit dans toutes qu’il entreprend, parla patience, Pàttentioh et cette opiniâtreté d’esprit qui n’est- pas le caractère, mais qui souvent en tient lieu, A tout prendre, on pouvoit faire un plus mauvais choix , et c’est ce qui est arrivé.

Sur François ( de Neufchâteau. )

Si un homme comblé des grâces de l’ancien régime , et surtout de celles qui méritent d’autant plus d’attention , qu’elles sont moins méritées , venoit tout-à-coup à quitter avec- éclat Ses bienfaiteurs , et à sô jeter dans les rangs de ceux qui ont eu des motifs légitimes pour les détruire , pourroi t-on croire facilement à la moralité de ce transfuge, et douter raisonnablement de §ou penchant à l’ingratitude? Si cç meme

homme presqu’encore tout couvert des

livrées de la monarchie, montoit sur des

àrcrierXàT P!'Ce PurbKtfue> et se mettait

pourrott ajouter foi à une conversions!

iot erie P T •P;'S T Ino'luer d>une pareille l’histoire ‘ ^ vien?de traccren peu de mots, i Histoire du peut François. Il y a des

hommes a qui il était défendu de se proclamer amis de la liberté et de l’égalité puisqu ils dévoient leur existence au des! P /“?' S,1.le.l!rsPrinciPes P°li tiques étaient

tTons d t Ctl0n tr°P f°rie aVec les aflfec- ‘ ;in f leur cœur , üs dévoient du moins e condamner a une obscurité prudente et meme nécessaire. François était dans cette

in üg0ri,e* Tout le monde sait qu’il se fit

jour d s le mond à la fayeur d,Je chansohn£

composée pour le régiment de la Reine Diagons , en garnison à Nancy, lors de là

valut3 dU daUphîn; ClUe celte chanson valut a son auteur la place de procureur--

genéral au conseil supérieur du Cap à Saint-

°2mêZ’ 3VeC’, 20 000 fr‘ d"ppomt

mens, mais ce qu’on ne sait pas aussi gé-

exactement’-eî qUi cependant e«t trèsexact ce qui donne la mesure juste de la

^ de François, sous un cLubie^

sknté c qT ,JS0US prétexfe de mauvaise Santé, et au fond, par l’effet d’une sordide

économie , dont toute la colonie se moquoit

don/If > d hal>.lterla maison de la Charité,

Ü Dt etoU supérieur un certain père Séraà

f rfi >

-jourd’hui

le lems de ses plus condamnables «cm, a autrefois prostitue sa muse a 1 eloge d un mole qu’ilVt maintenant couvrm de --

f- * « ^sSrSu. ™ £&£

ces caméléons pontiqiies , J j sanS

comment il est possible üe^ ^ ^

cn^a^i hautement abandonné la cause , et

. »»“ 1» to,<?Sr .eT.S

mille fois mieux se retrouver en lace üe ceux

cu’o'i auroit franchement offenses. On peu

souvent effacer une injure ; on ne répare

jamais une bassesse. j*.

' François a resté trop peu de tems au eu

rectoire pour établir d’une maniéré quelconque sa réputation comme gpwqpMïM ^ ce ati’on peut présumer, c est qu arec uie foiblesse extrême de caractère et une gr n nullité de moyens , \ denses auatre

ÏÏTw t£ïï 5e ver’ el n— ' «•£

«S*!W*Sâ

Ce n’est pas là un sujet qu’on puisse traiter en deux mots. On peint d?un seul trait un caractère simple et franc; on a plus des peine à Vîéméler un homme composé et factice à travers toutes les formes d’emprunt dont il s’enveloppe ; -il faut souvent une longue analyse pour conduire à un très-mince résultat. Mais ne perdons point de fems à disserter : racontons.

Tout le monde connoît l’origine de Treilhard. On sait que c’est à la ci-devant province du Limousin , que la capitale de la France doit l’acquisition de cet avocate Un conseiller de grand’chambrô , son compatriote , l’abbé d’Espagnac , fut son protecteur au parlement. D’autres encore se mêlèrent de sa fortune, tels que l’abbé Lenoic et l’abbé de Fournies treaux. Treilhard lo-

négociateur ! quelle plaisanterie de bon genre imaginée par M. de Cobentzel défaire jouer Paméla à Seitz pour capter la bienveillance de l’auteur, et le distraire d’ün rôle plus important ! enfin le directoire a senti qu’il étoit tems'de faire finir cette mauvaise comédie. L’un des acteurs est revenu en France au bruit des sifflets de toute l’Europe. Le voilà enterré de nouveau au ministère de l’intérieur; ne troublons plus sa cendre.

( lô )

geoit chez l’un, mangeoit chez l’autre , étoît prôné partout, et s’avançoit ainsi dans le monde. Avec de tels appuis , il étoit difficile de ne pas alors avoir de succès. D’ailleürs , un certain flux de parlage qu’on prenoit pour du talent , malgré le désagrément d’un organe rauque et faux, une vigilance assidue dans l’anti - chambre des gens en place, un certain patelinage de courtisan qui contrastoit ridiculement avec sa figure ignoble et dure , un certain bonheur qui s’attache aux gens qui en sont les moins dignes , lui valurent l’avantage de défendre et de gagner la cause célèbre de deux gentilshommes qui déployèrent dans cette occasion toutes les prétentions de l’orgueil nobiliaire , et firent triompher par l’organe de leur avocat les principes odieux de la plus tyrannique féodalité. Treilhard devint alors l’orateur à la mode. Pour consolider son bien-être ses protecteurs parlementaires lui firent épouser la fille d’un nommé Boudot , homme honnête , quoique procureur et riche , et obtenir en même tems une place dans le conseil de Monsieur , aujourd’hui prétendant gous le nom de Louis XVIII .

11 faut convenir qu’une telle existence n’étoit guère propre à former ni le cœur ni l’esprit d’un républicain. Il falloit pour changer d’opinion, rompre tant d’obligations, désavouer tant de principes que l’homme le moins délicat eût été effrayé d’une telle métamorphose. Mais Treilhard étoit au-

dessus de ces petitesses vulgaires. H se dit à lui - même , comme Narcisse dans tannictis :

Et pour Uoas rendre heureux ) perdons les misérables.

Et il agit en conséquence.

Nommé député à l’assemblée constituante, tant que la lutte parut incertaine entre Je parti monarchique et celui de \a ^ber ,» c’es -à-dire , pendant six mois environ , on b vit assez constamment siéger ave o c droit, blâmant même avec quelque .«g* les innovations que les patriotes prononcés favorisaient de tout leur pouvoir. Depuis, U se lassa d’un rôle de dupe , etde son atta chement inutile à un parti qui aUoit avoid le dessous; il abandonna brusquement ses amis et se jeta dans la faction contraire dont’ il devint un des sectateurs les plus exagérés. En révolution, disoit-i , J toujours être du parti des brigands. 1 elles sont les proores paroles qu’on a entendu sor-

ür de si bouche1; telle est la juste —

de son patriotisme , et il la justifier

La convention nationale le vit une

fois au nombre des législateurs de da i France. Il ne faut pas demander si Trei.har, montra le partisan outré des mesures révolutionnaires. Il fat chargé d’une mission à

r. ( so )

Bordeaux , et ce fut lui qui ouvrit dans ce.te malheureuse cité le champ de carnage ou Tallren a immortalisé ses fureurs. §

tout lëXSecrélfS/araCtdnjtiqUeS Voat ré''é]w rout te secret de sa conduite dans ces moyens orageux de la révolution.

ici nar nn,Te’qUe,enj V6UX Pas nommer res lontl '1’63 considdradons parliculièes dont il me saura gre , disoit à Treilbard

)a C0I]damilàti0n de rOUIS Qudtez-* vous faire de cet

homme ? prenez -y garde , si vous ne le tuez

^ ’ c ét°lt a sa propre sûreté et non rm-

(tir" ?ubiic ’ ^ m oloi t une" vicdme*

Çuel patriote que Treillwrd 1 Pascons à là seconde anecdote. 1

Dans le iems de la terreur nu r!»

Seaux* è6t ?h' 2é!éS ’ 1,ab’bé de Four!

autre! - Je,e en P«son avec mille autres , mais sa position étoit plus critiaue que celle de personne. Un prêtre nn T

deanseicet‘!Parlement’ COUroit ^idemment a. ans cette circonstance le danuer le

imminent. Un ami commun , Xoin' Autrefois des procédés généreux •

vraiment paternels daiagi^tpot 1W cat limousin, se dévoue fquoiqL a vec ^

5a» U TümTdeqUe Ch- Se e" faveur

--edep^rL^—

tant , en rappelant dans son esprit le moindre souvenir du passé. Il pénètre chez Treilhard , il se jette à ses pieds qu’il inonde de larmes , et lui demande la vie d’un honnête homme , d’un innocent , d’un bienfaiteur. Treilhard hésite, rougit un peu (sans doute pour la dernière fois de sa vie ) ; enfin il s’écrie : Si ces b . . . là revenoient en place , ils nous fer oient tous pendre ; non , quil périsse . . et il a pérL Un pareil fait dispense de toute réflexion.

Je ne suivrai point Treilhard dans sa carié re diplomatique. On sait le rôle qu’il a joué à Lille. L’Europe l’a jugé , l’Europe le jugera encore à Rastadt , où il a dirigé les premiers' pas du congrès. On a pu voir en général combien il étoit déplacé clans un pareil poste. Etranger à toutes les formes conciliatrices , ignorant l’art de tourner une difficulté , il préfère une occasion de rompre brutalemen , à la douceur de persuader, pour laquelle il ne se sent ni instinct ni talent. Son élément es la violence, pourvu toutefois qu’il joue à coup sûr.

Son arme favorite , c’est le sophisme ; son moyen banal, c’est la dissimulation. Soit que la pratique de soh ancien métier qui n’est , comme on l’a fort bien dit , que l’art d’embrouiller la qbose la plus claire, lui ait donné l’habitude dé l’obscurité , soit qu’il croie nécessaire à un homme d’état comme lui de se rendre profond et impénétrable, il est toujours difficile de deviner ce qu’il pense ?

ou ae comprendre ce qu’il dit. Il combat sans cesse l’opinion d’aurrui , meme lorsqu’elle devient la sienne , de manière qu’on 3ie le quitte jamais avec la certitude d’avoir gagné sa confiance , ou avec le plaisir de l’a- .Voir persuadé.

^ Mais 3 autant il met d’entortillage dans ses discussions, autant il affecte de franchise et d’ouverture dans ses manières. Ce qu’on m’écrit de France à ce sujet , est vraiment curieux. Treilhard qui veut sans doute singer les grands de l’ancien régime , se tourmente en tous sens pour paroîfre affable , accessible et bon prince . Tous les soirs, on peut lui faire sa cour. Il a un mot obligeant à dire à chacun. Un homme paroît 5 il le «aîue gracieusement : Bonjour , mon cher confrère du barreau de Paris. Un second s’avance ( ici un serrement de main ). Bonjour , mon cher collègue de V assemblée constituante . Il court à un troisième , les bras ouverts l’embrasse à l’étouffer , et la formule se répète : Bonjour, mon cher collègue de la convention nationale . Ainsi, de politesses en politesses , s’écoule l’illustre soirée du moderne directeur. La foule se retire , et l’on va répétant dans les cercles de la bonne compagnie et écrivant dans les journaux officiels * Treilhard est un bon homme au fond ; il reçoit son monde à merveille .

Ce bonhomme est sujet cependant à des accès de colère et d’impatience. On sait qu’il bat ses secrétaires, et qu’il estropie sse

«ens. Il n’y a pas de Midas dont le secret ne passe de son barbier à des roseaux qui le répètent. Ce dernier trait achève la peinture de mon modèle. Souple et docile vis-a-vis de ses supérieurs , c’est contre des subalternes que se déploient sa morgue et sa brutalité naturelles. 11 redevient lui-même , aussi-tôt qu’il n’a plus rien à craindre.

Telle est la décomposition exacte de ce détestable amalgame. L’hypocrisie en fait la base , et tous les vices analogues en sont les accessoires. Avec la conscience de sa foiblesse et une certaine imitation qui accuse même son impuissance, Treilhard veut toujours être ce qu’il n’est pas , et ne^ jamais laisser voir ce qu’il est. Il croit etre fin, et n’est que faux; il a des prétentions aux manières affectueuses et ne montre que de la gaucherie et de la familiarité ; il se fait méchant pour paraître fort. Il est bien loin de l’astuce de Merlin , des airs de cour de Barras , et de la franche dureté de Rewbel. Reveillère est le seul à qui il n ait

rien à envier. .... . ,

Quand on réfléchit a la bisarrerie des choix de la fortune, combien de fois n’eston pas tenté de s’écrier avec le poète de Ferney :

O sagesse des dieux, )e te crois très-profonde, Mais, à (juels plats tyrans as-tu livré le monde?

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