AVANT-PROPOS
ÎL est sans doute. malheureux pour l'espèce humaine, que toute nouvelle idée, quelque utile et avantageuse quMle puisse être, éprouve toujours dans le commencement une contradiction et une résistance plus ou moins forte , de la part même de ceux , qui seraient le plus évidemment intéressés à l'adopter. C'est ce que nous voyons arriver dans les sciences, dans la politique, dans le sort des inventions et des découvertes, et jusque dans les branches de 1 industrie, et dans les sources de la prospérité et des richesses nationales.
L'habitude étend son sceptre de fer même sur les domaines de l'esprit ; et tout ce qui contrarie une prévention ou un préjugé quelconque, quelque absurde et déraisonnable qu'il soit, est sujet à une opposition d'autant plus forte, que ce préjugé a été plus ou moins enraciné par le temps.
C'est en conséquence de cette vérité de faits , fondée sur la nature de notre organisation , que j'ai été également exposé à une pareille atteinte, après la publication de mon premier Mémoire relatif à MM. les anciens Colons de Saint-Domiogue ;
(ii) ^
écrit rédigé déjà dans le mois de juillet de Fan 1819; mûri ensuite dans différentes conféreoces avec quelques respectables réfugiés de cette île , (dont l'expérience égale la sagacité); et communiqué ensuite à différens autres Colons. Car ce ne fut qu'après toutes ces discussions préliminaires , qu'il fut enfm livré à l'impression , et présenté au Gouvernement dans l'année 1820.
Or pour répondre aux différentes objections , dont il a été l'objet , sur l'impossibilité de la^ réussite de ce projet , et les difficultés insurmontables 5 qui se présenteraient à son exécution • je me suis vu obligé de rédiger aussitôt ce second Mémoire , afin de donner un plus grand développement à mes idées ; de dissiper des préventions défavorables d'autant plus fortes , que différentes tentatives de ce genre avaient déjà échoué; de rectifier quelques opinions erronées , accréditées par le temps ; et de prouver enfin non-seulement la possibilité , mais aussi l'extrême facilité , d'établir en très-peu de temps dans la Guyane , (regardée jusqu'ici comme presque inhabitable), sous les auspices d'un Gouvernement aussi sage et aussi (éclairé que le nôtre, une colonie florissante, qui pourrait sous peu, rivaliser^ ainsi que Surinam , avec les colonies les plus célèbres , et même avec peu de frais fondamentaux.
J'ai donc crayonné ces faibles idées, bien éloigné alors de pressentie, qae j'aurais le bonheur de me.
rencontrer un jour avec les intentions bienveillantes de SA MAJESTÉ, dont le rapport de S. Ex. lé Ministre de la marine, publié dans le Moniteur du 6 juillet 1821 , m'a donné depuis une attesta* tion officielle : et cet assentiment flatteur était pour moi un nouvel encouragement à la publication de ces idées.
Je souhaite , que le Gouvernement veuille les accueillir, et qu'il puisse en juger quelques-unes applicables , et propres à avancer le succès de cette intéressante colonie. Sa sagacité lui en suggérera le choix, étant plus à portée de se procurer tous les détails possibles sur les localités, et tout ce qui concerne l'administration de cet établissement.
On ne m'imputera pas, j'espère, la vaine présomption , ou la folle témérité de vouloir dicter des mesures au Gouvernement. Ses lumières, la justesse et l'étendue de ses vues, (se trouvant au centre des affaires , )" lui en feront sans doute découvrir de meilleures ; mais en qualité de citoyen français , j'ai cru de mon devoir, de payer à ma patrie le tribut de mes méditations sur ce sujet , auxquelles j'ai consacré mes veilles ; dans la ferme persuasion , que l'utilité générale qui résulterait delà réussite de ce projet, ne pourrait pas être achetée par trop d'efforts et de travaux.
Trop heureux, si je pouvais contribuer un jour, par ceux-ci, pour quelque faible part à la pros-
péiîté publique : convaincu , que cette pïospérité ^ dèâ qu'elle aura pris racine dans ce pays précieux , croîtra et augmentera en peu de temps ^ et pourra être comparée à un arbre bienfaisant , dont les branches, devenues majestueuses, répandront nonseulement par leurs feuillages , une ombre salutaire sur toute leur circonférence ; mais dont les graines , transportées au loin par les vents , fructifieront à leur tour, et multipliercfnt ainsi ses bienfaits, sur d'immenses étendues de territoire.