CHAPITRE PREMIER
Parallèle entre Sainte Dommgu3 et la Guyane française y sous le rapport colonial.
XjORSQu'une popiilalion entière, estimable (i) , paisible , utile et heureuse , a été obligée , par une épouvantable catastrophe , de quitter ses foyers pour se transporter dans d'autres climats , elle emporte avec
(i) « Les Créoles, dit Tabbé Raynal, ont naturellement de la pénétration , de la franchise , de 1 élévation , et un certain amour de la justice, qui naît de ces belles qualités ». Voyez son Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, Amsl. 1773, vol. V, p. 25o. D'autres détails y relatifs se trouvent dans des extraits du même auteur, ajoutés' à la fin de ce Mémoire.
eHe h dard qui lui a percé le coeur; h senliment de son malheur la poursuit partout ; il lui devient même plus insupportable par le contraste de son ancienne prospérité j celle-ci se relrace sans cesse à sa mémoire, la fatigue constamment, et amortit à k fin, totalement son énergie.
Gette population erre alors de contrées en contrées, pour y retrouver son bonheur perdu et l'oubli de ses peines, et finit par se persuader , qu'elle ne peut plus le recouvrer que sur le même sol , qui fut autre* fois témoin de sa félicité. Quelques avantages qu'on lui présentera, ils ne lui paraîtront jamais comparables à ceux dont elle avait joui autrefois, parce <^u'elle a conservé le souvenir de ceux-ci, sans avoir encore la même persuasion des autres.
C'est ce que nous voyons arriver, en partie, à un très-orand nombre de MM. les anciens Colons de Saint-Domingue , el ils prouvent , avec la plus grande évidence , la vérité de ce beau vers de Tancrède :
A toute âme bien née, que la -patrie est chère l
Séparés de leurs anciennes propriétés par des obstacles toujours plus insurmontables; éloignés toujours de plus en plus de tout espoir de rentrer dans leurs foyers , de réduire leurs anciens cultivateurs sous leur première domination , et de renverser un trône établi sur les bases d'un gouvernement populaire , ils désespèrent presqu entièrement de leur sort futur; iU croient le retour à leur ancienne prospérité
'/ri^} .
( 3 ) perdu pour toujours, et s'abandonnent à mille idées ^ dictées plutôt par le désir de se retrouver dans leur patrie, que par des vues et des principes dignes d\iii ^gouvernement sage et éclairé.
Sans doute le souvenir des localités , celui des contrées fertiles qu'ils avaient si souvent parcourues, et des sites agréables et variés, qui y avaient réjoui leur vue; celui de leurs anciens amis, qu'ils pourraient peut-être y rencontrer encore 5 celui de leurs affranchis et de leurs anciens cultivateurs, qui peut-être leur sont encore attachés, par la reconnaissance des soins, dont ils ont été autrefois l'objet: tous ces souvenirs, dis-je, doivent les y attirer de préférence ; mais dès qu'ils feront la réflexion, que, dans ce long intervalle de temps, tout y a changé de face, et y a pris une teinte différente; que les hommes, de même que les choses, ne sont plus les mêmes; que leurs propriétés ne se ressemblent plus ; qu'elles ont passé en plusieurs autres mains , dont il serait difficile de les arracher; qu'elles sont actuellement divisées , morcelées , et pour ainsi dire , dénaturées; que l'esprit public y est altéré et totalement opposé à l'ancien ; que le sol même n'y est plus aussi productif; qu'il est entièrement négligé et demande une restauration totale et foncière; et que de plus les nègres ne voudront plusse soumettre à leur ancien joug ; ils reviendront bientôt de leur opinion erronée, et ils béniront avec enthousiasme le Gouvernement paternel, qui voudra bien les dédommager en partie de .kurs longues souffrances, et de la privation du pro-
dnit de leurs terres pendant près de trente ans • par k concession d'auires terres , qui pourront les reporter en peu de temps dans leur ancien état de prospérité , et avec des avantages beaucoup plus sûrs, que ne leur en aurait offert actuellement Saint-Domingue : cette indemnité (la seule possible dans les circonstances présentes), ne pouvant annuler, en aucune manière, leursanciensdroitssurleurspi'opriétés respectives dans cette île , dont aucun titre légal ne les a privés, (ainsi que je l'ai dit dans mon premier Mémoire , pag. 18 ). Le commencement eu sera sans doute pénible et difficultueux, comme celui de tout nouvel établissement; mais ces premières peines se compenseront dans la suite avec beaucoup d'usure, par la fertilité d'un terrain vierge et la tranquillité, dont ils en jouiraient; vu qu'ils seraient en possession de propriétés, dans la culture desquelles aucune autre personne ne pourrait les troubler; et qu'ils n'auraient pa^ à vaincre constamment mille obstacles civils et politiques, qui, en empoisonnant leurs travaux et leurs jouissances, altéreraient cette harmonie complète, qui régnerait parmi eux à la Guyane, et qui serait toujours contrariée à Saint-Domingue, par d'autres maîtres qu'ils auraient dépossédés.
Car il n'y a aucun doute, que les possesseurs actuels des ces mêmes terres, s'en voyant dessaisis, se permettraient toujours mille outrages et mille invectives, pour vexer, chagriner et tourmenter les anciens propriétaires; et cela avec d'autant plus d'audace,
qu'ils auraient toujours leurs compagnons pour aides.
L'on sait , qu'il y a l^eaucoup de préjugés contre la Guyane , accrédités sur parole , et répandus aveu^ glément sans aucun exanieii; mais ces préjugés se dissiperont comme des nuages, dès qu'on se donnera la peine de les analyser et de les approfondir.
Or, sans entrer ici dans des raisonnemens politiques, sur la possibilité de reconquérir St.-Domingue, surtout dans ce moment . où toute ]a partie française de cette île, ne forme plus qu'une seule république; sans peser les immenses difficultés, qui se présentent pour y parvenir par la force des armes* et sans scruter si les habitans d'Aïti se résoudraient, après trente ans de liberté, et après avoir travaillé pour leurs propres intérêts , s'ils se résoudraient , dis-je , à retravailler pour le compte de leurs anciens maîtres, et s'ils voudraient changer leur organisation politiqiie actuelle, contre celle, sous laquelle ils avaient vécu autrefois f sans entrer, dis-je , dans aucune de ces discussions, je vais supposer pour un instant, (afin de calmer les regrets de quelques Colons) , que Saint-Domingue fût enlièrement disponible, et qu'ils eussent le libre choix entre cette île et la Guyane, et examiner lequel des deux territoires leur serait le plus avantageux, dans les circonstances actuelles.
Pour éclaircir cette question et en peser le pour et le contre , avec toute l'exactitude et l'impartialité possibles, examinons d'abord les avantages et les désavantages de chacune.
■jftaP!»»
Une considération , qui mérite certainement de fixer l'attention, relativement à la Guyane, est : qu'on pouria plus aisément y faire usage de la charrue y qu'on ne Fa pu à Saint-Domingue ; vu que , d'après le rapport de plusieurs Colons , il y a dans cette île un très-grand nombre d'endroits , où k bonne terre végétale , fertile et fructifiante, a très-peu de profondeur au-dessus du tuf , et parait être un limon, que la mer avait déposé autrefois , dans une de ces grandes révolutions de la terre (i) , sur des montagnes arides ou sur des rochers- et où , en inondant leurs immenses vallées ou plaines, elle a laissé leurs sommets ou plateaux à découvert 3, lesquels sont devenus par 14 pour nous des îles.
Ce limon paraît devoir sa qualité fertilisante à la quantité de substances végétales et animales, putréfiées dans la mer- parmi lesquelles il y a beaucoup de parties grasses et huileuses , lesquelles , combinées avec le sel marin , nagent à sa surface , se déposent sur les terres que la première baigne ou inonde, et leur cornmuniquent une espèce de principe savonneux, quis hâte la végétation (2).
(i) Voyez l'abbé Raynal , Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce desEuî opéeiis dans les. deux [iides. Amsterdam, 1773, voL IV, p. •?., 5.
{2) Cette hypothèse : Qu& la fertilité de Saint-Domingue provient de ce limon ^ paraît acquérir un degré de probabilité de plus, par urne assertion de M. Malouet, qui dit avoir trouvé.
■ ( 7 ) Le peu de profondeur de cette terre fertile ou de €e limon, y rendait donc Fusage delà cbarrue peu. praticable : usage cependant si précieux (fans toutes les cultures, et qui épargne les deux tiers des ouvriers ou cultivateurs, lescpiels deviennent nécessaires sans elle : et si MM. les Colons de Saint-Domingue ne l'ont pa.s employée, ce n'était certainement pas par défaut de
la connaître..
Car quelques-uns d'entre e\m en avaient essayé Femploi; mais s'il eût été généralement praticable, d'autres Colons n'auraient assurément pas manqué de suivre un exemple aussi salutaire ; et ce seul fait prouve l'impossibilité de son usage dans la plupart des terres, dont rien ne paraît avoir été la première et principale eause^ que le peu de profondeur de la bonne terre vé-gétale , fertile et fructifiante.
. j^u défaut de la charrue, les Colons ont doncété rdduits à la nécessité d'y suppléer par un si grand nombre de nègres, et de les acheter à si grands frais; nègres^ dont le labourage (surtout àlahoue),a été le travail le plus fatigant; celui qui les a le plus épuisés. sous un ciel brûlant, et qui les a exposés par là bien souvent à périr, au grand dommage dés propriétaires. Qu on se représente en effet un fermier de nos contrées, qui aurait quatre ou cinq cents a rpens à cultiver
que les meilleures terres à la Guyane, étaient celles , qui sont îe plus souvent expogée.5 à des marées et à, des débordemeias; de la mer il.
avec soin , et où il ne voudrait pas laisser un seul pied de terrain inculte ^ ou sans en tirer quelque bénéfice; s'il était privé de la charrue, et de nos autres instrumens aratoires , quelle quantité de bras et d'ouvriers ne lui faudrait-il pas pour labourer en temps .convenable et propice , c'est-à-dire, d la fois, par les seules forces d'hommes, cette grande étendue de territoire , afin d'en tirer le parti désiré ? tandis que cinquante ou soixante ouvriers par an, peuvent lui suffire en Europe, à l'aide de la charrue.
Ce grand nombre de nègres n'était donc nécessaire aux ci-devant Colons de Saint-Domingue, que pour suppléer principalement à la charrue.
De plus, ils n'ont pu employer pour des ouvrages aussi pénibles, que des esclaves, arrachés par une humanité éclairée (i),à un autre esclavage mille fois plus affreux en Afrique , où ils avaient éprouvé le sort le plus horrible, et où, après avoir été fait prisonniers de guerre, ils avaient couru le risque à chaque instant , d'être (d'après les usages barbares de ce pays, et les droits de vie et de mort, que les chefs africains se sont arrogés sur leurs captifs) , d'être, dis- je, égorgés, et
(i) Il est aujourd'hui constaté, par des observations multipliées , notamment par celles de Mungo-PnrJc , qui vient de parcourir en philosophe, l'intérieur de l'Afrique ; qu'en achetant des^esclaves dans cette partie an monde , on les soustrait à une mort certaine , ou à des traitemens pires que la mort, Vojez M. Malouet , Collection de Mémoires sur les Colonies. Paris, an X;, voL IV, p. y5.
(ce qui fait frémir la nature) , mangés par leurs semblables (i).
L'on prétend faussement elarbitrairementj que ces sauvages africains ne se font la guerre, que pour pouvoir vendre des esclaves* et qu'en défendant la traite des nègres, ils cesseraient leurs liosûlité§ : mais au-^ moindres difficultés qui surviennent entre eux , ils..se mettent en campagne pour les vider de cette manière. Et n'y a-t-il donc point d'autres motifs pour se faire la guerre, que la traite des nègres ? Les diverses passions et les vices de ITiomme, l'égoïsme , ramour-prôpre, la jalousie, l'orgueil, la cupidité, le despotisme, l'esprit de conquête et l'envie d'étendre sa domination , (ce teriible fléau du repos des nations), etc., pourraienl-elles être étrangères à ces nations l)arbares , immorales et cruelles , qui ne connaissent d'autres lois que leur volonté , et d'autres moyens d'exécution que la force (2)?
li;
(i) Surtout par les Mondon gués , les Bamhnra , et .'uitres peuples anthropophages, qui, d'après les relations de leurs propres compatriotes, font limer e:!çprès leurr, dents incisives en pointes , afin de pouvoir mieux savourer leurs cruautés, en les dévorant. ,
Lorsqu'on a reproché à l'un d'eux sa férocité, il a répondu: Nous ne trouvons rien de plus doux, que la chair de nos ennemis !
(2) Il a paru en Angleterre la traduction française d'un ouvrage intitule' : le Cri des Africains; dont l'éloquence est dirigée avec une extrême véhémence contre la traite des
( lO )
Et pourquoi se fait-on la guerre en Europe? est-ce pour faire et vendre des esclaves? et ces peuplades féroces
nègres; ouvrage , dans lequel son auteur lui impute, eommç cause preraiëre^ toutes les horreurs qui se commettent en Afrique»; tandis qu'elles n'ont ieur source que dans le caractère national féroce et barljare des kabitans de ces contrées; dans leur éducation , leurs meeurs , leurs lois et leurs gou- Tcrnemens y caractère ,.. que les négriers , qui ne restent pour la plupart que sur les côtes, ne peuvent pas changer^ ni corriger, ni éteindre, et qui subsisterait toujours le même^ quand même la traite avec aucun peuple du globe, n'aurait plus lieu-, mais qui n'agirait alors qu'avec plus de fureur, contre ces malheureuses victimes y que la traite , coran»e remèdebienfaisant, soustrait à leurs passions violentes et féroces.
L'auteur y rapporte les faits avec la juste indignation qu'ils méritent; et l'accent avec lequel il les expose, honore son caractère : mais il nous semble qu'il se trompe sur leurs véritables causes, faute de s'être donné la peine d'approfondir les. premiers principes des. actions humaines ; lesquels résident dans le cœur et dans le caractère , qui les dirigent toutes par îa volonté , et dont les faits ne sont que les conséquences.
J^iû cum hoe^ ssd non propter hoc.
Car il est évident, que si leur caractère n'était pas aussi; barbare, pour qu'ils se vendissent entre eux-mêmes au premier venu, ( indépendamment desmarchands négriers), il n'y aurait point de traite. Ce sont donc ceux , qui mettent au marché leurs propres compatriotes, qui senties véritables^ criminels. Car ce ne sont ni les négriers, ni aucun Européen, ^ai rendent qui que ce soit, esclave.
L'auteur, après nous avoir dépeint les cruautés et les atro-
(Il)
pourraient-elles être pins paisibles que nos nations européennes, soi-disant civilisées?..... et religieuses?
cités ^ qui se commettent sur le sol de l'Afrique', atrocités commises par les seuls nègres sur leurs semblal)les, ne nou* a pas tracé en même temps, pour nous convaincre tle son ' imparlioUté, le véritable tableau de Famélioralion de leur sort dans les colonies :il s'efforce, au contraire, de nous peindre eelui-ci sous une forme bideuse (p. ^^), absolument démentie par \ç.%.faits', (ainsi que nous le prouverons à la fin de ce Mémoire ). H nous présente donc seulement le mal supposé, et non pas le bien réel de la traite; son ombre, et non pas la lumière, qui doit toujours l'accompagner j le contre,, et non pa6 le pour; et il nous insinue par là, sans s'en douter, uu; poison, en nous en cacbant soigneusement le contre-poison;, ce qui peut le faire soupçonner d'une certaine partialité natio* jaale intéressée.
Je serai donc obligé d'y suppléer dans le courant de cç
Mémoire.
Si les bornes de cet écrit pouvaient me le permettre , i> développerais plus en détail les fausses interprétations çtle faux point de vue, sous lequel cet auteur, d'ailleurs fort estimable,, mais entraîné par sa prévention, et son dessein formel de peindre le commerce des nègres , sous les couleurs les plus noires, les plus révoltantes, et les plus propres à atteindre son but, s'est plu, en torturant la question, à nous représenter l'bistorique de ces faits.
Je ne puis cependant pas me dispenser de relevei^ quelquesunes de ces fausses interprétations.
L'auteur attribue, par exemple, les guerres qui se succèdent continuellement dans cette malbeureuse Afrique , et tous les maux qui s'ensuivent^ exclusivement à Ta traite (parce
î, li
Les Colons de Saint-Domingue n'ont donc pu employer pour ces labours surtout , que des neuves
que c'est le but de son ouvrage ) , comme si le seul mobile des actions humaines ne pouvait être que l'intérêt, et comme si les passions n'étaient pas beaucoup plus fortes que lui! tandis que cependant la traite n'est que Vefet naturel de ces guerres, et que de son propre aveu ( p. 5 ) , Mungo-Parck en développe les véritables motifs, qui sont :
Uâs haines héréditaires de nation a nation, de tribu à tribu, devillageàvillage,etsouventdhinefamille aune autre. Ce sont donc ces haines indestructibles dans leurs cœurs féroces, absolument indépendantes de la traite , et qui datent de temps immémorial , puisqu'elles sont même héréditaires, qui alimentent sans cesse parmi eux cette succession non interrompue d'hostilités; lesquelles, exaspérées par les alternatives de succès, et envenimâmes par des défaites, et les atrocités qui s y commettent, entretiennent parmi eux cette série interminable de représailles continuelles, sans cesse renaissantes de leurs cendres, « qui ne font (d'après Tassertion de M. Bryan- Edwards, planteur à la Jamaïque, rapporté p. 1 1 , de'notre ' auteur), d'une grande partie du continent africain, qu'uni vaste champ de carnage et de désolation; une forêt ou \q% habitans se déchirent entre eux; un théâtre de fraude, de pillage, d'oppression et de sang. »— Et c'est dans un semblable pays, patrie des anthropophages, que notre auteur ose affirmer, (p. 56 ) , que l'esclavage est un paradis de délices , en comparaison de l'esclavage à^s, colonies ! î !
Au moins aucun maître européen n'a le droit de vie et de mort suï- ses esclaves , comme l'ont ceux de l'Afrique !
Or , ces passions haineuses et destructives ont-elles quelque rapport avec l'esprit de spéculation ? et ne sidwisteraient-elfes
attachés à rhabitation pour la vie, et sttT le travail desquels ils pouvaient indubitalDleaient compter;
pas également clans la cœur de ces peuples avides de sang, quand même la traite n'aurait plus lieu? Est-ce qu'ils ii'emmeneraient pas également leurs prisonniers de guerre chez eux , pour les traiter en esclaves (et beaucoup plus durement que parmi les Colons), lors même qu'il n'y -aurait plus de marchands négriers ? ,- ■ ■ ^
Ces derniers n'en sont donc point la cause première, mais uniquement ces guerres , par lesquelles ils font toujours des prisonniers, et conséquemment toujours des esclaves, dont le nombre, sans cesse croissant, a besoin d'un débouché, pour ne pas bouleverser tout- à-fait le paysj besoin, dont les négriers ne font que profiter, à l'avantage des colonies.
La preuve, que l'intérêt est absolument étranger à ces effusions de sang continuelles , est : qu'ils mangent eux-mêmes leurs victimes, qu'ils pourraient vendre pour en tirer du bénélice; ce qui démontre en même temps clairement le sentiment, qui est le véritable motif de leurs combats sanglans^ motif, auquel les négriers n'ont aucune part.
Ce sont donc ces sentimens nationaux, haineux, antiques et héréditaires, qui sont les Véritables causes de ces guerres de représailles et de vengeances, qui désolent perpctuellcmeot ces malheureuses contrées; l'esclavage; n'en est que la suite immédiate, et la traite en es\ un <?^éff nécessaire , pour soustraire tant de malheureux à une mort certaine.
Elle n'est pour les indigènes qu'un accessoire, dont ils profitent accidentellement lorsqu'elle est à leur portée ; pour se débarrasser d'un grand nombre d'individus, dont ils n'ont pas besoin pour leur usage domestique, dont l'entretien leur deviei^drait à charge, et que, si les négriers européens ne les
parce qn lui homme libre n'aurait jamais consenti à s'assujettir à des travaux aussi pénibles et suivis : de
achetaient pas , ils vendraient à des marchands asiatiques , ou africains, (comme nous le dirons dans la suite), ou à leurs compatriotes , bu qu'ils garderaient à leur propre service, ou qu'ils finiraient par tuer, ou laisser périr d'inanition *.
Ainsi l'alDOÎition de la traite n'empêchant en aucune manière, chez eux, leurs guerres de haine et leur effet naturel >' l'esclavage , ne rendrait au contraire celui-ci que plus dur et plus insupportable.
Un autre genre de guerres , qui se fait très-fréquemment dans ce malheureux pays, est celle de brigandage, de vol et de pillage, qu'on appelle dans le langage du pays Tégria; et qui est produite par la cupidité et l'envie de s'approprier les biens et la fortune de leurs voisins ; où des bandes armées se précipitent nuitamment sur des villages, prennent tout ce qu'elles rencontrent, bommes et clioses, et emmènent les habitans avec tout ce qui leur appartient , pour les transporter chez eux. ( Voyez ouvrage cité , pag. 2,3.)
Mais ces excursions nocturnes auraient également lieu dans tous les pays européens, si la vigilance des gouvernemens ne s'y opposait; quoiqu'il n^y ait point de traite parmi nous : conséquemment ce n'est pas celle-ci, qui les y provoque, mais le seul amour du pillage. Ces brigands vendent alors le superflu de Içurs dépouilles, c'est-à-dire Tes hommes, leurs semblables,
* L'auteur du Cri des Africains dit , p. 55 « Qu'il y a très-peu d'esclaves en Afrique. » Mais c'est, parce qu'ils vendent toujours leur ■superflu. N'ayant point d'industrie, ils n'ont pas besoin de beaucoup d'ouvriers, dont la nourriture leur deviendrait trop dispendieuse; couséquemment ils les vendent, ou ils les tuent! et leurs guerres perpétuelles leur en fournissant pli^s qu'ils ne peuvent nourrir, il ne leur reste que ce» deux expédions.
manière que le maître et le succès important de sa culture, auraient toujours dépendu de ses capricesj
( dont l'entretien leur coûterait trop ) à des négriers , soit asiatiques, soit européens, soit africains, s'il s'en trouve; si non, ils les vouent à la mort, pour se soustraire par là à leur / vengeance.
Ce n'^st donc point par l'abolition de la traite, qu'on pourrait remédier à tous ces maux ; car ils n'en deviendraient qu-e plus graves, aussi long-temps que le caractère national des Africains, leurs mœurs, leurs lois et leurs gouvernemens smfeisisteraient.
L'auteur, poiir appuyer sa supposition, prétend arbitrai* rcment (p. 62 ) « que si jamais un négrier ïi'avait mis le pied «ur le sol de l'Afrique , il n'y aurait que très-peu d'Africains réduits en esclavage )). Mais où a-t-il pris les preuves de cette assertion gratuite , puisqu'ils se vendent et se gardent comme tels, entre eux-mêmes? Où en sont les dooumens bistoriques , puisque de son aveu (préface, p. 5 ) il en existait déjà avant Moyse, et qu'il cite un passage del'Ecriture-Sainte) dans lequel il est dit : « Que dès qu'un marcbé d'hommes futou- Tert en Egypte, les frères de Joseph s'emparèrent de lui , et le vendirent à des marchands égyptiens. )> Il existait dont déjà alors des marcliés entiers d'hommes, par les usages et les lois de leur pays ! Et comment pourrait-il connaître l'état de l'intérieur de l'Afrique avant cette époque antique, tandis que nous ne le connaissons qu'à peine à présent , et que les Romaiiis, plus voisins de l'Afrique que nous, ne le connaissaient pas plus, d'après son aveu , que l'Amérique elle-même, qui alors n'était pas encore découverte (p. 23 ) ?
Il n'a donc pu puiser cette assertion déclamatoire ; ^ue daiis son imagination ! ''-^
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et que le propriétaire n'aurait jamais pu Compter sur uue récolte assurée*
L'auteur appelle de plus (p. 11), les Indes occidentales la patrie de l'esclavage. Mais est-ce de là, qu'on les retire pour les conduire en Afrique ? Est-ce là , où on change des hommes lihres en esclaves? Est-ce là, où on les a conquis par les lois de la guerre ?
Il reproche encore à la traite (p. 52 et autres) , qu'elle a corrompu la jurisprudence africaine , en ce que celle-ci condamne des malfaiteurs à l'esclavage ! Mais est-ce qu'en Europe on ne les condamne pas également à la chaîne, aux galères, et aux travaux forcés?
Ainsi l'auteur veut, pour quelques intérêts commerciaux, (que l'on semble voiler astucieusement sous ceux de l'humanité), abolir, par de vains systèmeSj un ordre de choses, dont l'origine date peut-être déjà d'époques, qui sont hors de la portée de nos connaissances; et dans lequel maîtres et serviteurs se sont trouvés heureux ( voyez l'Extrait de M. M'alouet, ajouté a la fin de ce Mémoire), sans quoi il aurait déjà été changé depuis des siècles.
Convenons donc finalement : qu'on a bâti cet échafaudage de raisonnemens , non pas sur la chose, mais sur le seul mot effiayant c/'t^ôc/a/^e; lequel réduit, chez les nations civilisées, à sa véritable signification , ne veut dire que sen^iteùr à vie. Car en Afrique ils étaient esclaves réels, et dans les colonies ils ne sont que serviteurs et cultivateurs; dont les maîtres sont suborJoLiués aux lois civiles de leur Gouvernement; et dont ils sont les patrons et les conservateurs , tandis que ceux de l'Afrique étaient leurs destructeurs.
i^i^t cette qualité de cultivateurs est-elle contraire à l'ordre divin , civil ou moral , surtout lorsque par cet ordre, on amé-
La terre de la Guyane est au contraire une terre eontinentale (comme la nôtre) , dont la surface fertile et propre à la culture , a plusieurs pieds de profondeur, et est en conséquence facilement labourable par la charrue (i) et maniable par tous les autres instrumens aratoires , inventés en Europe pour le perfectionnement de l'agriculture (2).
Elle peut 5 par là , être traitée par un nombre infiniment moins grand de cultivateurs ou d'ouvriers; ce quij en diminuant de beaucoup les dépenses 5 épargne leur temps, réduit leur fatigue presqu'à rien , et empêche par là leur mortalité , survenue quelquefois par épuisement.
Le restant de leurs travaux se réduit à peu près à
liore non-seulement le sort du maître et du serviteur, mais qu'on contribue encore enfin à la prospérité de nations entières ? — (La suite se trouve à Y Appendice ).
(i) Elle l'est d'autant plus, que c'est un pays, pour la plus grande partie, plat, et beaucoup moins montagneux, que l'est surtout la Martinique et la Guadeloupe.
(2) On pourra consulter sur ces instrumens un ouvrage intéressant , intitulé : Collection de machines . instrumens , ustensiles y constructions, appareils, etc., employés dans l'économie rurale, par M. le comte de Lasteyrie , (où Ton trouvera beaucoup d'outils , qui épargnent bien du temps et de la sueur aux cultivateurs ) : ainsi que celui qui a pour titre : Recueil des machines , instrumens et appareils qui seivent à l'économie rurale, par M. Le Blanc , etc.
celui de nos cultivateurs et de nos jardiniers euro* péens; celui des sucreries excepté , lequel peut être comparé à celui de nos grandes manufactures.
Tous ces ouvrages pourront conséquemment être également bien exécutés par des 6/a/zq«.y ce qui est un avantage inappréciable , surtout depuis la loi , qui supprime la traite des nègres.
Saint-Domingue était de plus très-souvent exposée À la sécheresse, surtout dans la partie située à l'ouest, au sud -ouest (i)- tandis qu'à la Guyane , les pluies qui durent pendant tous nos mois d'hiver , çt la quantité de rivières ,. dont ce pays est traversé, laissent pour les autres mois, au terrain une humidité et une fraîcheur: favorables , qui semblent épargner pendant toute l'année , les irrigations.
La qualité de la terre dans la Guyane est de plus si éminemment bonne dans un grand nonîbie d'endroits , que M. l'administrateur à Cayenne marque dans son rapport au Ministre delà marine (2) : « Que » surtout entre la Mana et le Maroni )) ( où S. M. se propose sans doute défaire le premier établissement), (( le terrain , accessible et maniable, est tel, qu'il est » rare de rencontrer sur le globe des espaces aussi » étendus , présentant autant d'avantages à la popula- » tion et à l'industrie » 3 et M'. Malouet confirme ces
(i) Maloiœt , Collection de Mémoires sur les Colonies. '-Paris, an X, vol. IV, pag. 102.
(a) Voyez le Moniteur, 6 juillet 1821.
mêmes assertions en beaucoup de passages de son ^excellent ouvrage sur la Guyane (i)*
La seconde infériorité que la terre de Saint-Do~ tningue offre comparativement à celle de la Guyane , est que, par sa culture assiduement suivie, et pour ainsi dire forcée, depuis près de deux siècles, elle commence à être fatiguée et usée ^ que les récoltes y deviennent toujours moins abondantes, et qu'elle est menacée du même sort , qui a frappé d'autres colonies , au bout de quelques siècles.
Car tout dans la nature, et surtout la force végé* tative, offre entre autres analogies remarquables, celle des différentes époques de la vie humaine. Tout a sa période d'ascension , c'est-à-dire, de jeunesse, de première vigueur et de son premier feu 5 ce feu se soutient jusqu'à la virilité , après laquelle il diminue progressif
(i) Intitulé : Collection de Mémoires sur les Colonies* JParis, an X, en cinq volumes*
La justice exige , que je rende ici l'hommage le plus écla« tant au mérite supérieur de M. Malouet; ancien Colon de Saint-Domingue; puis administrateur de Gayenne et des co* lonies ^ et Ministre de la marine*
Philanthrope zélé, observateur exact) judicieux et profond; administrateur sage et éclairé 3 homme d'État consommé ; il a justifié à tous les égards la confiance j dont le Gouvernement l'avait honoré; et il a renapli avec intégrité, humanité, le plus grand patriotisme, et avec les vues les plus fines et les plus justes, la tâche dont il l'ayait chargé. — ^La postérité jouira du fruit de ses observations, et sa reconnaissance éte^çisera sa méuioire*
venient, décline et avance peu à peu vers la caducité et le dépérissement : c'est ainsi que dans la terre les' sels fructifians s'épuisent (i) à la longue, et quoiqu'on les entretienne par des engrais- comme on entretient la vie d'un vieillard par une bonne nourriture, cependant dès que la force primitive et radicale s'étënt, celle-ci ne peut plus la rétablir»
Les mines souterraines les plus riches finissent par être épuisées, et leur filon disparaît^u bout de plusieurs siècles.— Tout parcourt ainsi son commencement et son développement, parvient à son plus haut degré de perfection (ou de prospérité) , et finit par la décadente. Tel est le sort des fortunes, des empires, des nations, des sciences et des arts (2) : et il en est ainsi de la force végétative. C'est la roue du temps, par laquelle tout est entraî^iél
Quoique cette décadence soit si imperceptiljle pendant la vie d'un homme ( qui est lui - même entraîné par cette roue ) ; parce qu'elle ne s'opèr© qp'au bout de plus ou moins de siècles , on l'aperçoit^ cependant aisément, en jetant un coup d'oeil générai sur l'ensemble des grands événemens; en planant' sur ■
(i) Cet épuisement a plutôt Heu dans Ifcs îles, dont la terra vé§éfeale a peu de profondeur, que dans les terres continentales, qui communiquent avec la force vitale de tout le continent.
(2) Lesquels changent heureusement de pays, et semblent faire le tour du monde. '
îa série des temps, et en observant soigneusement là ^nande régularité de leurs cliangemens successifs.
; Si donc le sol de Saint-Domingue promet encore quelques restes de son ancienne fertilité, celui delà Guyane présentera au contraire le premier feu^ la première énergie et la première activité de la jeunesse , et dédommagera promptement les Colons au centuple de leurs anciennes pertes et de leurs regrets^ J^a Guyane sera à son aurore , pendant que Saint- Domingue est à son couchant.
, Celle-là non encore usée, offrira un terrain con* tin entai, vierge, frais et neuf, plein de sucs et de vigueur , qiii n'avait encore éprouvé aucune culture , et qui, lorsqu'il sera niis en mouvement par celle-ci, hâtera sa végétation, animée par un ciel brûlant, avec une ardeur au delà de toute espérance ; et les plantes y pomperont leur sève avec une vivacité qui promettra aux Colons les récoltes les plus abondantes. ^Celles-ci se soutiendront ainsi ( sans déchoir ) , pendant plus d'un siècle, et enrichiront conséquemment encore, peiidant nombre de générations, la métropole, par une prospérité toujours croissante, sous les auspices de cultivateurs bien exercés, entendus et industrieux, au grand étbnnement de la mère-patrie. Car si les Colons de Saint-Domingue ont pu procurer à cette mère-patrie des avantages aussi considérables (ainsi que je l'ai prouvé dans mon premier Mémoire), par un terrain en déclin et tendant peu à peu à l'épuisement, quels, succès ne pourrpnt-ils pas ob-
tenir sur nn soi neuf, qui est dans sa première sève,^ çt qui jouit encore de tout le feu de la jeunesse ? H& enrichiront la France ( de même que Surinam enrichit la Hollande), par une culture toujours plus productive , et y rendront le commerce en peu de temps peut-êfre encore plus florissant, qu'il ne Fa jamais été» Mais aux inCanvéniens p^/K'Ç^ï^^^ mentionnés , qui ont lieu à Saint-Domingue, il se joint encore une cause morale , qui devrait faire hésiter MM. les Colons h se rétablir dans leurs anciennes propriétés. C'est le levain contagieux et le germe d'insubordination, de désobéissance et d'insurrection , dont leurs anciens cultivateurs sont encore imprégués , et qui y lorsqu'il a pris racine chez un peuple contre un autre, ne se laisse extirper , qu'avec beaucoup de difficultés et de dangers. Ce germe restera toujours fi^ê dans son coeur , et supposé même, qu'on eût réduit ces cultivateurs sous nos lois, et sous l'ancien ordre de choses , il n'est guère probable , qu'ayant vécu sî long-temps libres , et après en avoir pris rhabilude^ ils voulussent se soumettre à un autre genre de vie y, à d'autres moeurs, à d'autres usages, et s'assujettir à un travail assidu (t) : et au premier mécontentement de leur part, ce germe d'insurrection et derévoîte^v
(i) Car le nègre fait consister sa liberté en la faculté de ne rien faire y penchant , qu'il peut aisément satisfaire à Saint* Domingue, vu que le sol lui offre des ressouixes alûondaùtes pour satisfaire tous ses premiers besoins*
qui a été fbmenté, alimenté et fortifié depuis , par mille insinitations et moyeils politiques, et qu'ils avaient nourri pendant trente ans dans kur âme , éclaterait tout d'un coup de nouveau, par une explosion violente 5 et cela avec d'autant plus de témérité ,, qu'elle leur avait déjà réussi: ou s'ils voyaient la colonie prospérer dans la suite, ils s'en empareraient encore une fois, pour s'en ricliir de ses dépouilles, et fe vie des Colbns serait conséquemment sans cesse endanger. Il faudrait les forcer aux mêmes travaux, auxquels ils ont été habitués autrefois ; habitude , qu'ils ©nt actuellement perdue, et qu^ils ne reprendront plus, - De manière qu'il n'est nullement vraisemblable , qu'on pût jamais reporter cette colonie à l'état brillant, productif et florissant, dans lequel elle s'est trouvée autrefois..
De plus , à Saint-Domingae il fândrait , à défaut de îa charrue , beaucoup de nègres , à cause de la dureté dés travaux; ce qui emporterait un capital considérable ; capital, dont on n'aurait pas besoin à la Guyane (ainsi que nous le prouverons dans la suite ). Car on> pourraitfaire exécuter tous ces t^avavîx par des blancs , qu'on louerait à gages, ou à telles autres conditions, qu'il plairait aux nouveaux Colons , pour tout le temps nécessaire, et qu'ils pourraient renvoyer aussitôt qu'ils en seraient mécontens ; ce qui les dispenserait en même temps de l'obligation de toute autre puni* tion; comme on le fait à l'égard de nos ouvriers dans les manufactures.
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On pourrait les attacher à la culture et aux Intérêts des propriétaires , par des engagemens légaux , faits avec toutes les formes judiciaires.
La Guyane offre encore un autre avantage inappréciable qui manquait à Saint-Domingue; en ce que, lorsqu'il était survenu une guerre entre la France et une puissance maritime , les relations de cette île avec les contiriens étaient totalement interceptées et anéanties pendant toute la série d'années, que cette guerre avait duré j ce qui avait occasion é à ses habitans des pertes incalculables ; tandis que la Guyane ne peut jamais être exposée à cette chance , puisque , par les ressources territoriales^ nécessaires pour tous les premiers besoins de la vie, elle pourra non-seulement se suffire à elle-même en temps de guerre , mais que sa position lui laissera encore une grande latitude et beaucoup d'autres ressources, pour le commerce continental avec le reste de l'Amérique (i) ; ce qui mettra naturellement ses habitans pour toujours à l'abri de ces énormes pertes, et delà stagnation totale de leur commerce.
Ajoutons à cela que, comme il n'est guère probable, que les nations voisines de laGuyane, telles que les Hollandais, les Portugais et les Espagnols soient împhquées toutes en même temps dans la guerre des
(i) Comme le commerce intérieur tîe l'Em^ope n'a pas tari, lorsque pendant la dernière guerre le commerce maritime était obstrué.
Français] j les Colons de la Guyane pourront toujours par leur moyen entretenir leurs relations commerciales 5 si non immédiatement , au moins médiatement avec la métropole^ de sorte qu'elles ne seraient jamais interrompues.
- Tout prouve donc les grands avantages qu'il y aurait, sous tous les rapports , pour la France et MM. les Colons, si Sa Majesté ^ dans sa bienveillance paternelle, daignait favoriser l'établissement des derniers dans la Guyane, en leur accordant des concessions sur le vaste terrain inculte, qui se trouve encore dans cette province-colonie, et en l'encourageant par tous les autres secours et ressources, qui se trouveront dans son pouvoir seul (i), et auxquels des Français, qui avaient tant mérité autrefois de la prospérité publique, par leur industrie et leur utilité générale, auront les plus grands titres à aspirer. •