DE BERLIN, DE MANHEIM^ DE LA HAYE^ DE PARIS
DE PÉROUSE (ITALIE
Je reriens sur celles de mes notes (|ui concernenl des monuments étrusques ou examinés de nouveau, ou rencontrés ou vérinés par moi dans plusieurs de mes excursions et en plusieurs endroits que j'ai visités. En donnant suite à Tidée d'entretenir encore une fois mes lecteurs d'un pareil sujet, je crains de soumettre leur patience à de dures- épreuves; cependant ils voudront bien me le pardonner, je l'espère, en vue de l'avantage que peuvent en tirer ceux qui s'intéressent au progrès des études étrusques, ou qui s'occupent de la classification et de la publication des antiquités de l'Étrurie.
A la fin d'une lettre adressée au savant docteur Henzen, j'ai déjà parlé, cette année même, dans le Bulletin de l'Institut archéologique de Rome (l), de quelques monuments de l'Italie ancienne, existant actuellement au Musée britannique. Ce même Musée me fournira le sujet des premières pages de ce nouveau travail qu'on peut regarder comme la continuation des deux autres pri^cédemment publiés (2).
Parmi les produits très-nombreux provenant des fouilles exécutées en Ëtrurie par M. François, et récemment décrites par M. Noël des
(1) 1S61, p. 310 et sut?. ^ 1S6S, p. 11 et sui?., p. 60 et sut?.
(2) V. BulL cit., pag. cit.,— et le premier Spicilegium dans la RevM archéologique^ 1801, décembre.
Vergers (1), on compte une série d'urnes cinéraires tirées du sol de Clusium, et déjà signalées dans le Bulletin de l'Institut de 1849 (2). Trois des plus remarquables, qui sont SiU British Muséum, outre le travail de sculpture dont elles sont ornées sur leur côté principal, ont des inscriptions de famille jointes aux couvercles ; ce sont ces inscriptions que je me permets de publier de nouveau à cause de quelques fautes de leçons dans la copie de M. François, fautes relevées en partie par Orioli (3), mais qui, malgré cela, rendaient nécessaire une nouvelle inspection des originaux. — Une figure de femme richement vêtue, avec collier auquel se rattachent des bulles et des figures ovoïdales à double tour, avec ceinture serrant la tunique et fermoir rond au milieu, ayant de plus une feuille dans la main droite, des pendants d'oreilks, des bagues et autres ornements, se trouve couchée à demi sur le couvercle. Le bas-relief qui est au-dessous représente le fait de la mort de Troïlus par les mains d'Achille aidé de Patrocle. Nu, avec la chlamyde flottante, et \e parazonium dans la main droite, le héros est sur le point d'entraîner et de renverser de son cheval le jeune fils dePriam, nu comme lui, mais sans chlamyde. Les pieds du cheval passent par-dessus un bouclier en forme de pelta^ qu'on voit jeté par terre de même qu'un casque en forme de pileus. L'autre héros, qui prend part à l'action, armé du bouclier rond et du casque conique, tourne le dos au spectateur et la tête vers Troïlus, tandis qu'une Furie ailée, avec bretelles croisées sur la poitrine, petite tunique et cothurnes, suivant leur costume habituel, termine le groupe à la droite. Les trois noms de la femme figurée sur le couvercle sont ainsi qu'il suit :
■•/^^/ w?yTjvî.iTn?3iwwo
(tHANNA (4) PRESNTI : PULTUSAL ISA :)
Le second nom est sans doute Praesentia; quant au troisième, qui est le nom matronymique, il me parait n'être que le nom des Yoltii
(1) VÈlrurie et les Étrusques^ ou Dix ans de fouilles dans les Maremmes toscanes, Paris, 1862.
(2) P. 6 et suiv.
(3) Bull, cit., 1. c, p. 182.
(4) Nous Usons thanna au lieu de thana, car évidemment la seconde forme alphabétique de ce prénom comprend ici les deux lettres A n. C'est la première fois que je le trouve écrit avec double nasale.
OU VoUei (l); par conséquent je traduis, vu la désinence, Yolteiae (fllia), ou peut-être plus régulièrement Foftet — uxoris (filia). Il me semble, en effet, que Ton doit tenir compte de la double ou triple terminaison, qu'on aperçoit sous cette forme, pultusa-l-isa, la première indiquant le lien conjugal, la sec nde, la dérivation maternelle avec une désinence finale, qui, pour M. Maury et M. Fabretli serait un diminulif répondant à la terminaison latine — t'Wa, ou —ioto (d'après Fabretti) (2), — culus (d'après le savant François (3) —cf. tnaiusculus^ minu8culu8\ et pour moi serait un simple complément d'un nominatif en alis <4). — Il y a quel qu'intérêt à mettre Tinscription qui précède à côlé d'une autre, écrite sur un couvercle d'une urne cinéraire de p^pmno du même musée, et de la même trouvaille, avec une figure d'homme demi-couché, semiamictus^ avec collier en laine, patère dans la main et couronne sur la tête. Cette inscription se lit :
(AULE : LATI NI (5) : PULTUS : LARTHAL)
et si Ton veut m'accorder l'explication Aulus Latinius VolHi^ ou Voltel (filius) Lartiae (natus), d'accord avec les terminaisons des noms, nous aurons le fait de deux individus provenant de femmes ayant des liens conjugaux avec les Volteiy mais qui, malgré cela, ne prennent ni l'un ni Tautre ce nom, c'est-à-dire le nom du père. Ceci mé-
(i) Cf. Ulthb, ulthnas^ qu'on devra expliquer probablement d'une manière identique {Iscriz» Etr, Fior,^ p. 159) et qui, comme cela arrive ici à pdltds, auraient perdu le digamma initial, que nous croyons devoir reconnaître dans le p placé ici par échange au lieu du digamma, comme dans plusieurs exemples qu'on pourrait citer : piiLSiiTiNA=Fo/^/ta chez Vermiglloli, Iscriz, Perug., p. 230, no 138, Fabretti, Gloss,^ s. V., AD S 3; PiPiNANAS = viBiNANAs= Vibinioni de l'inscription de Tuscania dans le Giorn, Arcad.y. p. 323, t. CXIX^ pipi = Vibia^ puninbi = vipininbi d'une inscription en couleur rouge d'une urne du musée Campana, et une autre de Clusium (Bull, Inst,, 1861, p. 310), THANCHPiL=THANCHViL d'une umo au musée de Leyde (Janssen, Jnscr. mus, Lug. Bat., n. 25 a) ; pebti = vrti d'une inscription de Pérouse, et en sens contraire vetruni = pbtruni, vbtrdi= pbtrdi d'autres monuments.
(2) GIOSS., s. V., LARTHIALISA, IJkRHiALISVLB.
(3) Rev. arch,, 1800, p. 173, 1«' semestre.
(4) hcrix. Fior,y préf. p. Lxv.
(5) D'après la copie erronée de François, on rencontre la îorm^LkiMi = Laeniw(t) cbes M. Fabretti^ Gloss.^ s. vv., aûlb, larthal, launi..
rite d'être remarqué, car on pourrait peut-être penser à Tusage constaté chez les Romains, de donner aux enfants illégitimes le nom de la mère, qui dans le premier cas serait une Praesentia^ femme infidèle d'un Volteius^ et dans le second cas une Lartia Latinia^ concubine d'un personnage de la même famille. — Dans lurne placée au-dessous de ce couvercle on voit en bas-relief le malheureux événement de la mort d'Oenomaûs. Au milieu est le groupe du char avec le héros presque entièrement renversé et tombé sous le poids de deux chevaux qui se cabrent et trépignent au-dessus de lui. Une figure d'homme paraît entre les mêmes chevaux. Deux autres chevaux sont gisants par terre, presque sans vie, aux deux côtés du même groupe, et l'un d'eux semble, de plus, affaissé soiis le poids du char. Un cinquième cheval est en course à droite ; un autre personnage se trouve à l'un des côtés extrêmes, avec tunique, cothurnes aux pieds et bouclier au bras gauche; il porte la main droite sur le parazonium, et semble vouloir prendre part à l'action. Au centre se voit une autre figure qui est, je crois, une Furie avec un flambeau dans la main, poursuivant le héros tombé par terre sur lequel elle appuie son genou. Une autre Erinnys ailée, avec tunique et bretelles croisées sur la poitrine, se montre au côté gauche; elle porte en main un flambeau renversé, et est dans l'altitude de la marche, tenant en même temps par la bride un cheval qui est à côté d'elle.
Sur un troisième couvercle d'albâtre, avec une figure de femme, est écrit :
(lârthi : HELi : gâinâl : ugrsâ :)
que M. François lisait incorrectement quant au dernier mot, et qu'on peut expliquer Lartf a ilefia Caiae Ocrisiaeon Acrisiae (?) (filia), ou Caii (filia) Ocrisiae (riata), en supposant dans le texte le retranchement, plusieurs fois constaté dans les inscriptions d'un I final, dans le dernier nom (uGRSA = ugrsa(l) (1), pour lequel je m'empresse de renvoyer le lecteur aux remarques qu'il rencontrera au seizième paragraphe de ce Sptct'kfl'mm. — L'événement héroïque que nous rappelions tout
(1) UcRS sur une tuile de Clusium, dans le Bulletin de ^Institut de Rome, 1836, p. 35. — ?B : FDLB II DCR8 : = Velius Fulvius Ocrisius (ou Àcrisius (?) V. ici § 16»
à rheure est répété sur cette urne d^une manière même un peu plus développée, et qui mérite peut-être davantage de prendre une place distinguée parmi les reproductions qu'on en rencontre dans la nombreuse série des cinéraires étrusques.
Dans le même Musée britannique se trouve un sarcophage en pierre (travertincl) avec couvercle à double fronton, orné de masques bachiques, et de sphinx ailés assis aux extrémités. Un des deux frontons dudit couvercle présente, en outre, en bas-relief un combat d'animaux; l'autre, plusieurs objets gracieux, mais n'étant que de simples ornements. De la même manière que ce dernier fronton sont ornés en bas-relief les deux côtés plus longs du sarcophage, dont les quatre extrémités présentent chacune un personnage différent : d'un côté on voit une figure de femme ailée, s^vecun marteau dans la main droite et un fourreau d'épée dans la gauche, et un homme armé d'épée et de bouclier, avec chlamyde flottante ; aux deux extrémités, de l'autre côté, nous trouvons une figure ailée de Charon, rechignante, avec serpent dans la main gauche et marteau levé dans la droite, et une figure de femme ailée nue, sauf un petit manteau qui paraît sur ses bras^ avec un rouleau dans la main qu'elle tient de manière à faire croire qu'elle le monire ou le présente à celui qui regarde le monument Au même sarcophage appartient la toute petite inscription
l-^t /iV\l(}V\l:l
(l : LURINA TE : s)
que je crois inédite (1). La première lettre me semble écrite fautivement au lieu de ^ ou de 's^. Dans le premier cas, elle serait là conmie initiale isolée de lar, ou lars, conformément à ce que nous
(1) Chez Fabretti Je ne trouve qne la forme lurinatbsa (▼. Gloss, liai,, s. y.) qui se rencontre sur une urne du musée de la Società colombaria de Florence (V. BulU' Un, n. 3 des fouiUes de cette Société, pag. 10 de Textrait de VArch, stor. ItaL de Florence, t. XII, p. 2), faisant partie des monuments funéraires de la famille Urinafia.
avons déjà remarqué plusieurs fois. Dans le second cas, on pourrait la' rattacher à la lettre suivante, et y lire v : l=vel ; d'où les traductions Lars^ ou Velius Urinatii^ en considérant ce dernier nom comme un génitif à cause de la séparation, par deux points, de la sifflante du reste du nom lurinate, hypothèse que je crois plus probable que Tautre , qu'on pourrait aussi mettre en avant, et par laquelle on verrait dans Vs le commencement d'un mot s (as) pour sex, par exemple (1), sous entendu ril =an»orttm, ou bien s (e) = Sexti (filius) (2). De ces deux cas, le premier demanderait, en effet, dans sa concision un supplément trop hardi; le second s'éloignerait des usages des inscriptions étru?ques, où ledit prénom s'écrit généralement se. D'un autre côté, il me semble que plusieurs exemples, cités par nous ailleurs, confirment l'opinion que nous préférons ici (3). Celte manière de rendre en latin les noms du défunt (en supposant identité entre le prénom du père et celui du fils) est bien d'accord avec la pratique et le caractère des inscriptions funéraires étrusques, quoique, selon nous, ce ne soit pas là cependant une règle générale, suivant l'opinion d'Orioli (4), ihais seulement une exception reconnaissable avec raison dans certains cas, en vue d'indices spéciaux offerts, comme dans le cas dont il s'agit, par certaines inscriptions. Quant à la séparation de la lettre finale du reste du mot^ cet exemple viendrait se placer dans la série de ceux que j'ai cités ailleurs en parlant de la ponctuation, et de la manière dont se trouvent disposés dans plusieurs épigraphes les éléments d'un mot (5). A ces exemples, puisque j'en ai l'occasion, je me permets d'ajouter ici le mot pultu- SAL ISA de la première épigraphe reproduite dans le § précédent; I'aniie s de Tinscription peinte sur les parois de la célèbre grotte
(1) Iscriz, Etr. Fior., p. 116-117.
(2) Cf. s. CALOSTLA du broDzo de Florence (Lanîi, Saggio di Lingua etrusca^ II, AA5-522} — Fabretti, Gloss,, s. y., caldstla.
(3) Iscriz. Etr, Fior,^ p. 279, 281.
(U) Cf. Orioli dans le Giom. Arcad, do Rome, t. GXX, p. 228 et suiv.; t. CXL, et Album de Rome, Ann. XXIII, p, 130 à propos surtout du vBLiMNAsdu grand tombeau des Volumnii à Pérouse. Mon. di Per. Etr. e Romana^ III, p. 97-99.
(5) Préf. aux Iscriz: Etr. Fior.y p. lxxxvï, et p. 279. — Rev. arch.y 1861, 2« semestre, p. 450. Je ne m'étais pas aperçu (lors de mon premier spicilegium) que rinscription du musée Vatican renfermant le nom asprb *s, rappelé par moi dans la Revue (1. c.) n'est autre que l'inscription publiée incorrectement par Vermiglioli, p. 233, n. 141 des Iscriz. Perug. (n© 260-588 de nôtre recueil des Mon. di Perugia Etr. eRom.) (IV» partie inédite).
Tarquinienne apparlenant à M. Lucidi (1), d'après les copies à facsimilé que j'ai examinées au Musée britannique; le velia: spatu- RiA : s ( = Yelia Petorii (?) filia ou uxor) de l'inscription de Clusium du tombeau Giulietli, dont j'ai pu rectifier devant l'original la leçon défectueuse du Museo Chiusino (2) ; lar. is vipi d'une inscription de Pérouse (3); aule s d'un monument du Musée de Leyde (4), methln : AL d'une autre urne (5), et enfin quelques autres exemples que nous rencontrerons plus loin.
A la planche LXXII, jointe à la page 389 de VEtruria Regalis de Dempster, se trouve une petite urne en terre cuite avec inscrip* tion à la pointe, donnée d'une manière incorrecte. Orioli, ayant ou l'occasion de la voir, en envoya une nouvelle copie à M. Migliarini, et d'après cette copie je la rappelai, en passant, dans mes Inscriptions du Musée de Florence (6). Ayant pu examiner de nouveau l'original au Musée britannique , je me suis aperçu que la vraie leçon est ainsi qu'il suit :
AU vf^Ji-^ ^^ ^yj?
([V] ELT AE S : VLATURIA.)
Dans sa concision, ce petit monument épigraphique n'est pas à mépriser. Je suis enclin à y reconnaître une transposition, pas trop
(1) Bull. Inst., 1833. Tav, onn., n» 28. Journ. dessav., 1828, fé?., n* 2. — Cf. Fabretti^ Gloss., s. v.
(3) Cf. Verra., Iscriz, Parug.^ n. 363, p. 308.
(4) Janssen, Insctipt, Mus, Lugd, Bat., n. 9.
(5) Fabretti, Gloss. y s. y. J'ajoute encore les exemples cainb i d'une urne au musée de Leyde (Janssen, ouv. cit., n. 22); heu al d*un monument de Clusium (Bull. des fouilles de la Société colombaria de Florence, n. 3, p. 8, de l'extrait de VArch, Stov. liai., de Florence, XII, p. 2) ; mdti a d'une autre urne de la même ville (fin//, cit., p. 15) ; ARNTL. Bt d'un autre monument à Leyde (Janssen, 1. c, n. 17 a) ; vbil ia, LAR IS. LARSTiALis. A, dos tTois autres inscriptions de Pérouse. (Notre recueil, 4« part, n. 533, 783^ 790).
commune, de noms (1), en traduisant Veltii (uxor) Plaetoria (2), et un nouvel exemple de la lettre s^ signe du génitif, détachée du restant du mot, de môme que Tae = e (3), terminaison du nominatif, d*où suit Tisolement de la forme primitive du nom velt.
M. Fabretti dit que dans Tépigraphie étrusque on n*a pas d'exemple du nominatif ÂNE = ilnnius, lorsque ce mot est employé comme nom de famille (4). L'inscription suivante sur une urne du musée de Londres
fl l^V^^ 3^ :3 v\ f\ :34 V/?
(au LE : AN E : VE L U S A.)
vient modifier celte assertion; soit qu'on y lise Au\u% Annius Veliae fîlius (vELUSA = velusal) (5), ou bien Velii-^uxoris (filius), en supposant, dans cette seconde hypothèse, le prénom du père indiqué par l'entremise de l'expression du mariage. — Le front de l'urne dont nous avons parlé, est orné d'un bas-relief représentant un Centaure barbu avec une peau de lion flottante^ portant dans ses bras une femme nue qu'il a enlevée ; il est facile d'y voir Nessus accomplissant l'enlèvement de Déjanire, dont la nudité n'est pas chose inusitée dans les bas-reliefs étrusques. Un vase à double anse est renversé par terre, et deux pins sont aux deux extrémités de la représentation. Le couvercle, enfin, superposé à la même urne nous présente une figure de femme avec une patëre, et l'inscription suivante :
i^atA : Jfll1+V+ : fl2V13q+ : 1+1+ : HlIflO (thana : titi : trepusa : tutnal : 'sech.)
C'est-à-dire, Tannia Titia Trebii (uxor) e génère Tutoniae ou Tutoniae nata. D'après l'opinion de M. Maury, que nous avons rappelée
(1) Moins rare est la transposition du prénom et du nom, comme ce serait dans CRisu AULB — Àulus CHsus 4'une inscription étrusque de Polimartium (Vittori, Mem. di Polim.^ p. 46) et dans phisieurs autres exemples.
(2) Je suppose l'échange ou Terreur du digamma "^ mis pour ^, comme dans les
deux premières inscriptions, qae nous venons de reproduire ici, on a vu le ^^^^^ .
(3) AB diphthofigue pour e comme abl = el = Velius d'autres monuments.
(k) GlOSS., s. V., ANE § a. ~ Cf. ADLB § 1.
(5) Cf. LBGETiSAL (dc Lecetis) = Lucetiac (uatus) (?) d'une insciiption de Pérouse.
dans notre précédent spidlegium^ sech signifiant uxoTj on serait forcé de traduire Tannia Titia Trebii, Tutoniae (filia), wrcor, avec une transposition peu satisfaisante (1)^ ou bien, plus naturellement, Tannia Titia Trebii Tutoniae (filii) uxor^ ce qui nous offrirait, contre les pratiques connues de l'épigraphie étrusque, une mention de la belle-mère. En effet, le segh, par la position qu*il occupe dans toutes les inscriptions, toujours à la fin, et presque constamment précédé par des noms terminés en al, qui expriment la dérivation paternelle ou maternelle, nous mettrait dans la nécessité d'expliquer la dernière partie des inscriptions de famille, dans lesquelles il se trouve, ou dans Tune ou dans l'autre des manières que j'ai proposées, si l'on voulait adopter pour le segh l'interprétation de notre illustre ami. Jusqu'à un meilleur et plus sûr examen cependant, et en présence du mot TusuRTHi ou TUsuRTHiR que nous avons rappelé ailleurs (2), et dans lequel avec assez de sagacité on avait déjà précédemment reconnu un équivalent de uxor (3), nous pensons ne devoir pas abandonner l'opinion que le segh soit employé pour exprimer une dérivation du sang> à peu près comme la particule clan, dont nous avons longuement parlé dans un précédent article (4).
D'autres monuments étrusques en pierre , accompagnés d'inscriptions, existent au British Muséum^ comme par exemple l'urne en terre cuite, avec figure de femme, d'une Tannia Ancaria^ publiée dans le Bulletin de l'Institut de Rome (8), assez exactement^ si ce n'est que l'original a deux points à la fin après helesa (=£tiî) (uxor); et la grande urne en marbre avec bas-relief représentant regorgement de Penthésilée par la main d'Achille, et figure d'homme sur le couvercle, où se lit le nom Velius Umbranius (vel : umrana : arnthalisa) (6), nom que nous sommes heureux de pouvoir rapprocher de celui qui se lit sur une urne du musée Campana de la même fa-
(i) Cf. Rev. arch.^ 1861, décembre.
(2) Spicil. cit., Rev, arch., 1. c, p. 436, n. (2),
(3) tusur-thir; t initial au lieu d'aspiration, et suffixe thir identique au tvip grec, ter latin, tri o tar scr. qui se rencontre dans plusieurs mots exprimant des relations de famille.
(4) V. Rev.arch,, 1860,p. 171 etsuiv. Iscriz, Etrusche FVor., Prefazione. — Cf. Fabretti, s. ?t.^ clbnar^ clbnarasi, cbstnal^ clan.
(e) Museo Chiusino^ n» 102.
mille et de la même trouvaille, et dont rinscription, généralement mal lue dans le premier mot, est, comme je m'en suis assuré :
■/ilN/lOV\'\A'AV\P<<\\y\\/:Rfi^3-l
(VENZA : UMRANA : ARNTHALISA.)
Au-dessous d'une figure d'homme avec collier et bague au quatrième doigt de la gauche ; ce qui m'amène à lire le premier nom (venta ou venza) dans le sens masculin, et par conséquent à traduire Yensius Umbranius Aruntis^ o Aruntiae (filius) (1).
Parmi les monuments du British Muséum^ je citerai encore les deux grands sarcophages de Tuscania, en pierre {travertino\ avec figure d'homme à demi couché sur le couvercle, sarcophages bien connus par la publication de S. Campanari et d'Orioli (2). Quoique cette publication nous vienne de savants très-expérimentés dans la transcription et dans l'examen des antiquités de tout genre, j'ai trouvé en présence des originaux que la copie que ces archéologues en ont donnée est en partie fautive, et après avoir beaucoup hésité, je me suis décidé à reproduire de nouveau ces deux inscriptions; mais ne voulant pas m'en tenir seulement à mes copies, j'ai mis à contribution l'obligeance bien connue des savants conservateurs du Musée britannique, MM. Newton et Birch, qui m'en ont envoyé de suite de nouveaux estampages.
Sur celui dont le bas-relief représente deux hippocampes et une patère au milieu, on lit (V. la pi. lilh. jointe à ce Mémoire, n. 1) :
VIPINANS : 'SETHRE (OU 'SETHRIE) : VELTHUR.... MEGLASIAL (?) (OU ME- CLASTAL, OU MECILASIAL) : THANCHVILU : AVILS : CIS : CEALCH : S.
Sur l'autre, avec une procession funéraire, char précédé d'un génie ailé, et suivi de personnages en tuniques, est écrit (V. la même planche, n. 2) :
ATNAS. VEL. LARTHAL. SVAN. SVALCE. AVIL LXIII (?).. Z... A TH MARU CHVA. TARILS. CEPTAPHE (OU CENTAPHE) LUCU (OU LUCTU (?)•
Si l'on compare notre leçon avec celle de Campanari, il sera facile de remarquer des différences assez importantes. Il lisait la première
(1) Cf. VENZA sur ane autre urne deClusium (Museo Chiusino^ n. 112), vbnsi d'une épigraphe étrusco-Iatine du musée de Florence (Iscriz, Fïor,, p. 242^ n. 29).
(2) Giom. Arcad., CXIX, p. 322, n. viii etUS/i, n. xxix, t. CXX, p. 228 et 239. — BulL Inst. de Rome,1836, p.l47. Dennis, The cit. and, Cemet of.Étr,^ I, p. 458-460.
INSCRIPTIONS ÉTRUSQUES. iS
inscription : yipinanas : sethre : yelthur... : meclasul: thanchviLU : AviLS : cis : ceal : chs, qu'il expliquait : Vibinianus Setriuê Velturii fil. Meclasid natus Tanaquillae. An. {YÏxii) plus minus f (gis ceal) lv (!)• Pour la seconde inscription la leçon du même savant était :
ATNAS. VEL. LARTHAL CLAN. STALCE. AYIL LXIII.... TH. MARUIVA. TA-
RiLS. GENATHE Lupu., dont la traJuction était : Attius Velius Larthiae nditns vixit an. lxiii, integer intégras (Arun) thia Maria Theres f. Genatii uxor cinerarium (posait) (2).
La lecture Méglasial pour le quatrième mot D'étant pas aussi sûre qu'on le pensait et pouvant d'après ces rectifications^ se modifier aussi en meglastal, ou megilastal, ou megilasial^ les mots ceal : CHS devenant gealgh : s (3), le clan se changeant en svan» le stalgb en svALGE, le maruiva en marughva, genathe (M. Campanari, devait lire ainsi» pour expliquer Genatii) en geptaphe ou gentaphe, LUPU en Lucu, les explications de ce savant devront être modifiées. Laissant à H. Fabretti le soin de prendre note de ces remarques dont il pourra profiter dans son Glossarium , et dans les addenda, dont il aura besoin, je me borne ici seulement à faire quelques observations sur le mot geptaphe. Si dans ce mot la troisième lettre pouvait être regardée comme un n laissé incomplet par je ne sais quelle rai-
(1) V. Giom. Arcadico, t. CXIX, p. 322. — Orioli (i. c, t. CXX, p. 229), d'après la copie de Campanaii proposait, mais d*une manière douteuse, Vibiniani {Sathrius Velthoris{ei) Thamquilis Meclasiae fliius) aetatis quinque et quinquaginta; cis identique à CI = quinque (cinque en italien), et ceal comparé au grec xaC = atque; cas, note numérique 50 avec la s du génitif pour la mettre d*accord avec avils, second cas.
(2) Giom, Arcad., 1. c, p. 334-335. La leçon stalcb ramenait a reconnaître le thème de ce verbe dans le grec teXéco pris dans le sens de finir, bien accomplir, d*uBe manière digne, intègre, etc., et, par conséquent, il traduisait stalgb ss t;txtï (annos) integros, — Orioli n'osa pas se prononcer sur les mots les plus obscurs de cette inscription, STALCE, MARUIVA, TARIL8, CBNAPHB, Lupu^ ot il expliqua los premiers mots seulement Vel. Attiae e génère Larthis . . . aetatis LXIV {annorum),
(3) Suivant la vrai leçon de l'original, le mot se prête mieux au rapprochement de M. Maury qui lisait cbalchs, et expliquait cent en le mettant à côté du céad, cud*, ciuD des idiomes celtiques {Mém. cit. Compt, rend, de l'Acad., 1858, p. 173. — > Cf. Pictet, De Vaffinité des long, celt, avec le ser,, etc., p. 143. V. aussi Migliarini dans VArch, St, ItaL, de Florence, n. s. T. XII. Dt«p. 2, p. 10, où il explique cis CBALssctn^ue e cinquantesimo, et il considère les dernières lettres chs comme représentant une formule dont on ignore la signification. Après nos rectifications, ce raisonnement perd sa base. — Nous rappellerons enfin ici ce que disait M. Lepsius à propos de ces mômes mots lus par lui cis cbalchs, plus près de la vérité : « Nous « nous contentons de supposer (dit-il) qu'il y a là un nombre quelconque exprimé non « par des chiffres, comme à rordiDaire,mais par dos paroles. » (Bull. Inst. de Rome, 1836, p. 147-140).
son (1 pour M) comme cela se rencontre ailleurs dans des monogrammes (1), je ferais remarquer les rapports frappants de ce mot avec le xevoTacpiov des Grecs (cenotaphium latin). Et si l'on m'objectait que la dénomination de cenotaphium s'appliquait chez les Grecs à un monument purement honoraire qui ne contenait pas les restes mortels du défunt, je pourrais faire observer d'abord, que ce mot peut avoir modifié sa signification en passant d'une langue à l'autre^ et ensuite que cette forme ckntaphe (en supposant qu'on doive lire ainsi) très -probablement comprend dans la syllabe initiale cen (comme M. Fabretli aussi me semble l'avoir soupçonné (2), le pronom démonstratif hoc^ que nous retrouvons dans le cen de la statue de l'orateur du Musée de Florence, et dans le cehen de la grande inscription de S. Manno à Pérouse (3), sur lequel il est bon de renvoyer le lecteur aux savantes études de M. Orioli (4), d'accord, dans leurs résultats^ avec les idées de M. Migliarini et d'autres éminents archéologues (5). Or, nous aurions ainsi cen taphe avec la signification de hoc cinerariumj nous savons, en effet, queTa^oç servait aussi à désigner chez les Grecs l'endroit dans lequel se trouvaient réellement le corps, ou les cendres du mort (6). Que si, au contraire, les archéologues préféraient s'en tenir strictement à la leçon geptaphe, ne seraitil pas possible de se souvenir du grec xtifc^f^^ (latin cepotaphium) el de s'arrêter quelques instants sur cet autre rapport ?
Qu'on me permette de ne pas quitter le British Muséum, sans faire mention de l'impression très- vive qu'ont produite en moi, en parcourant les richesses ramassées par M. Newton en Asie- Mineure, les huit statues découvertes par lui dans la rue sacrée du temple d'Apollon Didyméen (7). Le caractère, le style archaïque, le vêtement, l'attitude, l'arrangement des cheveux de ces figures assises, font de suite penser aux monuments nationaux de rEtrurie, aux plus anciens produits de l'art étrusque, et surtout aux basreliefs des cippes de Pérouse et de Clusium, aux objets les plus
(1) Par exemple dans les Inscr. de Florence, n. 60.
(2) Cf. Gl09S.y s. V., CENAPHB.
(3) Iscriz, Etr, Fior,, p. 176-177. V. aussi Iscriz. Perug., î, p. 118, n. 2.
(4) Album^ XXUI, p. 151, et chez Gonestabile^ Mon, diPer. Etr. eRom,^ II>137.
(5) Cf. aussi M. Bertani dans son Essai de déchiffrement de quelques inscriptûms étrusques (Leipzig^ 1860). p. 50-51.
(6) V. la belle dissertation de notre sa?ant Seb. Giampi sur les mots xdifoc, xevorà^iovy 8EPQLCHRUH, otc, prémiso au troisième volume de son Pausanias traduit en itaUen.
(7) V. Jonian aniiquitie, I. BulL inst, de Rome^ 1860, p. 106-107, et surtout le grand ouvrage de M. Newton^ History of Discovefies at Halicamassus^ Cnidus et Branchidne (London, 1862), pi. LXXIV (n. 2), LXXV (n. &), LXXVI.
INSCRIPTIONS lÎTRUSQtES. ^ i7
archaïques de Gère, aux statues assises de Clusium que les savants connaissent. Les rapports sont évidents, comme on l'avait déjà remarqué au sujet des antiquités mises §u jour précédemment en Lydie, etc., par Steward et Fellows (1); les conséquences de ces similitudes pour la solution des questions concernant les origines de la nation étrusque, de àes liens avec TAsie-Mineure et l'Orient en général, et ce qui se rattache au célèbre récit d'Hérodote (2), ne peuvent échapper à personne. D'où il suit que de pareils monuments sont on ne peut plus utiles à étudier.
Je reviens maintenant sur le continent, et je vais fouiller dans la partie du cahier de mes notes de voyage qui concerne le grand Musée de Berlin, où la disposition et le classement admirable des monuments rend encore plus faciles qu'ailleurs les recherches qu'on se propose d'accomplir parmi ses trésors. Je ne m'occuperai encore ici que des objets qui concernent l'Etrurie dont le classement, particulièrement dans les salles destinées aux produits vasculaires et aux monuments de pierre et de marbre, révèle immédiatement la haute expérience et le savoir profond du vénérable professeur Gerhard, à qui principalement appartient le mérite du choix et de la disposition de ces deux séries d'antiquités. Je devrais parler avant tout à ce propos de tout ce que je dois à la bienveillance de ce savant, pendant et après mon séjour à Berlin ; mais si je voulais ici exprimer pleinement les sentiments que je nourris à son égard, je risquerais d'offenser sa modestie et d'avoir l'air de faire de la flatterie. Par conséquent, je me tais là-dessus, et mettant le pied dans la salle des monuments étrusques en pierre, je me laisse préoccuper sans délai
(1) V. aussi les Antiquités du Bospfiore eimm&ien, par Gilles (Saint-Pétembourg), pour quelques types d'architecture des tombeaux, et les découvertes de Gamiros (Rhodes) par Salzmanu (Rev, orcA., 1861^ décembre, 1862, octobre).
(2) Voir pour la manière dont nous comprenons la narration de ce grand historien relative à l'origine lydienne de nos ancêtres, les idées que nous avons ailleurs soumises au jugement des savants. Mon. di Per. Etr, e Rom, Parte U*. VHa di Vermigiioli, p. 21 et suiv. >- J*al été bien aise de vohr tout récemment soutenue la thèse •or Torientalisme en Étrurie, à laquelle j'avais touché il y a sept ans^ par Tautorité du savant M. Ko«l des Vergers, grand connaisseur des antiquités de .rÉtrurie, qui, d'après Texamen de ces trésors, est porté à croire fermement à Tactlon la plus ancienne de l'élément asiatique sur le développement de la civilisation étrusque {VÉtrurie et hs Étrusques, p. 134 et suiv. V. aussi sa notice ^sur le Mmé^ Nuipoiéon JJJy p. 28, extrait de le^èioue oon^emporame du 81 mai 1B62),
18 ^ INSCRIPTIONS ÉTRtSOtJES.
^ar la rencontre inattendue que j'eus ici de Turne clusine en albâtre, dont le docteur Brunn et autres archéologues avaient fait mention dans le Bulletin de V Institut ^ Rome (1). Moi-même j'en ai parlé à Toccasion de deux représentations tirées du même fait de Thistoire héroïque d'Oreste, publiées dans mon volume des inscriplions du Musée de Florence, auxquelles se rattache d'une manière trèsfrappante le bas-relief de cette urne , dont j'ignorais complètement le sort final lorsqu'il m'arriva, il y a peu d'années, d'en entretenir les amateurs de l'archéologie étrusque.
A cause des rapprochements qu'il offre avec les deux précédemment publiés, des rapports qu'il y a entre eux, et par lesquels l'explication même peut-être, ou le sujet s'éclaircit davantage, il m'a Semblé opportun de joindre à ces notes la gravure dudit monument (V. la planche ci-jointe) d'après un dessin très-soigné, que le professeur Gerhard, donnant suite au désir que je lui en avais manifesté, eut l'obligeance de faire faire par un artiste habile de Berlin. L'illustre savant, que je viens de nommer, lorsqu'il parle de l'urne en question dans son excellent catalogue des œuvres de sculpture du Musée de cette capitale, ajoute qu'elle provient de Vôlterra, et il la décrit de la manière suivante: (2) « Le relief c semble se rapporter à Taffliction d'Achille qui, au milieu de la re- € présentation, se laisse reconnaître assis en accordant sa lyre, tandis € qu'à gauche sur un chapiteau, s'asseoit pensif le vieux Phœnix, et € vis-à-vis de lui, appuyée sur une colonne ionique, se montre f Briséis nue. Adroite marche, en s'éloignant, un guerrier, entre les 't pieds duquel est couché un vase à trois anses, peut-être avec relac tion au moment, qui succède, des honneurs funèbres commandés € par Achille pour Patrocle. » Le respect dû aux paroles des grands maîtres n'empêche pas des rectifications et des observations faites avec tous les égards auxquels elles obligent. Nous dirons d'abord >que, quant à la provenance, nous savons positivement qu'elle est de Clusium au lieu de Yol terra; quant au sujet du bas-relief, d'après la comparaison très-curieuse avec les deux autres urnes précédemment publiées, il me semble qu'on doit le rattacher sans contestation au môme fait qu'on a voulu traiter dans celles-ci. Tel fut l'avis de M. Brunn, et il aurait été aussi celui de M. Gerhard, si, en rédigeant cet article de son catalogue, l'illustre archéologue de Berlin s'était rappelé les pages du Bulletin archéologique, oi ont été examinés
(1) Année 1840, p. 5, 62, 152.
(2) Verzeichniss der Bildhauer Werke, 54* édit. Berlin, 1858 (n. 520j«
INSCRIPTIONS éTRt7SQUE9. 19
tous ensemble pour la première fois les trois monuments dont nous parlons. Par conséquent, je ne saurais pas m'éloigner de Topinion qui veut que sur celui-ci, comme sur les deux autres, se trouvent figurés Oreste^ Pilade, Electre au tombeau d'Agamemnon, plutôt que leur rencontre en Tauride, comme le pensait M. Brunn; et pendant que pour ne pas me perdre dans des répétitions inutiles, je prie le lecteur d'avoir la patience de prendre en main les deux planches avec les pages de mon volume, où j'ai longuement parlé soit des deux premières, soit de cette troisième scène sculptée, je me bornerai ici à mettre en évidence les points principaux du bas-relief dont le dessin accompagne ce spicilegium. Je pose avant tout que le fait, dont il s'agit dans cette urne, doit avoir été pris par l'artiste à la fin de ces instants d'agitation et de douleur (précédant de bien peu la secousse et Taccomplissement du parricide) où Electre, esclave, avait été sur le point d'être immolée, à cause de sa complicité avec le frère et l'ami, h la colère indomptable d'Egisthc sur la tombe du père; après cela, et aussi avec ce que nous ferons remarquer ensuite sur l'oracle delpbique, on peut se rendre compte de l'état de méditation et d'angoisse dans lequel nous voyons encore Oreste, assis sur un cbapiteau, et, près de lui, sa sœur, nue, appuyée sur une colonne. Nous voyons celle-ci dans notre b. r. moins accablée de douleur et plus soulevée que sur les deux autres urnes (1); ce qui veut dire peutêtre que ridée de la vengeance a pris le dessus dans son esprit et que préoccupée déjà de cette pensée prédominante, eHe va se mettre d'ac* cord avec Oreste pour l'accomplir. Quant à celui-^ci, après les observations très-justes àê M. Brunn, je ne saurais pas expliquer sa situation dans notre monument par l'horreur que lui inspirait d'avance l'idée du parricide^ comme l'avait fait le savant M. Conze à propos d'un groupe en terre cuite de Mélos, faisant partie de la collection d'antiquités du professeur Komnos à Athènes (2). C'est au moment même de donner suite à son terrible projet, et pas devant le tombeau du père, lorsqu'il s'y préparait, que l'hésitation d'Oreste eut lieu. La colonne, sur laquelle Electre s'appuie, est destinée, selon ce que je pense^ à représenter le tombeau d'Agamemnon, quoique celui-ci par la comparaison même de la tête de cheval qui se présente sur une des urnes précédemment publiées (3), puisse avoir déjà son expression dans
(1) V. Iscfnz, Fior,, pi. cit. A. B. — Ct.Mon. de VInst de Rome, VI, pi. LVII. n. 1. Atm. du môme Inst., iS^i, p. 841-843.
(2) Ànn, de Vlnst, de Rome, 1. c, p. 846-351. ifon., ]. c^ pi. cit., n. 3.
(3) Ucriz, Fior, Jat;., B.
lécherai que nous y voyons. Les Étrusqaes se servaient en effet de cet animal comme emblème funéraire du passage de la vie présente à la vie future, et avaient l'usage de placer sa tête comme décoration des tombeaux et de leur entrée. Cependant, je ne voudrais pas m'opposer à ceux qui préféreraient y reconnaître plutôt le cheval d'Oreste, comme on te rencontre ailleurs sur les monuments, entre autres sur une terre cuite grecque publiée récemment et dont plusieurs particularités, comme par exemple la position d'Electre, le vase, le tombeau, le cheval viennent très-utilement en aide à Texplication des trois monuments qui se font suite et sur lesquels nous nous permettons de rappeler l'attention des savants (1). Dans le guerrier qui (dans le présent b. r.) se trouve à droite, j'aime à reconnaître ce même Pilade que, désarmé et prisonnier, nous vîmes sur les deux autres b. r. Ici, délivré de ses liens, redevenu possesseur de ses armes et Toreille attentive aux bruits qui se font entendre dans la demeure royale et dont il veut se rendre compte, il s'apprête à la scène terrible du parricide par lequel nécessairement Tâme d'Oreste tombera dans la souffrance des plus profonds remords. À ceux-ci se rattache la présence du personnage assis, dans lequel on peut reconnaître le Dieu de Delphe, dont la présence (allusion à Toracle funeste qu'on connaît) a servi à l'artiste pour exprimer d'avance les aventures bien affligeantes et les arrêts divins qui suivirent le grand méfait des deux amis; particularité dont les bas-reliefs des urnes déjà publiées nous avaient montré l'expression. Quant au vase couché par terre qui revient ici comme sur la première des urnes précédentes, il peut bien faire allusion aux victimes et aoK libations, et il me semble y trouver un rapprochement (comme nous l'avons fait remarquer ailleurs) (2) avec la présence de vases pareils disposés de différentes manières soit sur les autres monuments qui figurent Oreste et Electre au tombeau de leur père, soit sur les œuvres de l'art antique, où l'on représente le meurtre d'Egisthe et de Gytemnestre. — Tandis que j'attends que les archéologues ju^^ent si mon explication de ce bas-relief est la véritable, je m'empresse d'avertir que, pour les deux autres, l'opinion du docteur Brunn est venue tout récemment confirmer qu'ils appartiennent au mythe il'Oreste (3), et je crois que^ cela admis, on ne pourra pas chercher ailleurs que dans le cycle héroïque mentionné, l'interprétation du
(1) V. Ànn, de Rome, 1. cit., 1861, p. 3&0 et soir. Mon^t c.>pl. cit., n. 1.
(2) iscris, Etr,^ p.. 28.
(3) Atm. Jnst, arch, de Rome, 1859^ p. 363.
monument du Musée de Berlin.— Le couvercle mperpo8é(l)à cette urne a une figure de femme voilée et avec pallium, tenant une pomme de grenade dans la main droite, symbole trés-connu des régions inférieures ; le souvenir de la famille de la défunte est conservé dans une inscription très-courte qui dit clairement
/? ;v ^:?-7 :ivu^
(vELUi : VETUSA = Veliù (2) Vetii (uxor),
et que le savant M. Janssen, de Leyde^ fit connaître avant moi dans son intéressant rapport sur un voyage archéologique fait en Allemagne en 1859 (3), dans lequel il lui arriva naturellement de prendre des notes sur la plus grande partie des monuments qui fixèrent mon attention. Cependant, bien que, avec le zèle et avec le savoir qu'on lui connaît, il ait tenu compte aussi des monuments écrits et des antiquités diverses de l'Ëtrurie, de la collection de Berlin, je pense n'avoir pas fait une chose entièrement inutile, si pour répondre aussi à l'excessive bienveillance des paroles insérées à mon égard dans son rapport (4) et au gracieux cadeau de tous ses fac-similé^ je publie ici de nouveau quelques-unes des inscriptions qu'on y rencontre, en suppléant en outre à quelques vides de ce rapport même quant aux reliefs des urnes étrusques, qu'il était du reste bien naturel qu'il laissât de côté, puisque ce n'était pas là le but principal de ses recherches.
De la même provenance, c'est-à-dire de Clusium, parait être le couvercle d'une autre urne en albâtre avec figure de femme à demicoucbée> avec couronne radiée sur la tète^ et une coupe à sacrifice
(1) Gerhard^ Verzeichniss^ n. 521.
(2) Cf. différents monaments où nous avons vbtcI| pbtbuIj aucardi, etc. s Veiia, Petria, Ancaria, etc.
(3) Oudheidkundige Reisberigtenmit Duilschland^Hongarye, etc.^1861^ l>«part., p. 31. Extrait des matériaux pour servir à ^histoire et à l'archéologie nationale^ t. II (en langue hollandaise).
(4) Ibid.^ p. 30.
22 INSCRIPTIONS ÉTBUSQUES.
datis ]a main droite (1). Les trois noms écrits qui la rappellent sont sans contestation (2) :
(larthi : gupslnëi : tutnasa), ou Lartia Cupiennia (3) TuHniiy
Tutonii (uxor).
Parmi les inscriptions les plus remarquables qui commencent par la syllabe mi, je dois citer Tinscription suivante qui se lit sur un grand morceau de pierre (travertino)^ dans lequel on doit probablement reconnaître une indication sépulcrale placée à l'entrée, au-dessus, ou à proximité d'un tombeau (4). La copie que j'en avais prise s'accorde presque complètement avec un calque que M. Gerhard a eu l'extrême obligeance de m'envoyer pour ma tranquillité (5). Elle est écrite et conçue ainsi que nous l'avons fait reproduire sur la ph lilhogr. jointe à ce Mémoire (n. 3). — Ni la lecture ni l'explication cx)mplëte ne sont sans difficulté, surtout pour la seconde partie. Il faut remarquer, en général^ que le graveur s'est trouvé dans le cas, peut-être par sa propre faute, de devoir ajouter ou faire ressortir des lettres après coup, le mieux qu'il a pu. Après le commencement, mi laru, incontestable, et le point qui fait suite, je crois voir, non une lettre isolée, mais une nouvelle combinaison graphique (à ajouter aux autres qu'on connaît déjà dans les inscriptions étrusques) établie, avec quelque trait môme superflu, iur l'initial du mot lartial , - pour exprimer le prénom du père yE(= VELii). Je suppose ensuite que la ligne verticale après lartial est destinée à séparer les deux moitiés de l'inscription comme ailleurs (6); quant au reste, il est bien difficile de direpréci-
(1) Catalogue Gerhard, no 523.
(2) Cf. Janssen, 1. c.^ p. 31, n» 5.
(3) Cf. Fabretti, s. w., cupslnbi, copslna.
(4) Gerhard, Verzeichniss^ n. 501.
(5) Cf. Janssen, L c^ p. 30, n. 1.
(6) Cf. îscrii, Etr, Fiar,, n. 9 et 81^ et pref., p. ulzxvil
sëioent où est la yérité. Peut-être fautril lire numnu ou numunu = numonius (1), laissant le mot suivant dans son incertitude. Ainsi contentons-nous d'expliquer avec réserve Sum (2) Larae Velii (filius) Larti (natus) Numonius (?),— en faisant observer que cette inscription offre pour la première fois le nominatif laru = lar, que nous avions au génitif, larus '=^ Loris (3), sur plusieurs monuments, parmi lesquels le petit nasitheme^ déjà connu, à vernis noii* du Musée Gampana, sur lequel sont tracés à la pointe ces deux mots :