‹ Second voyage de Mungo Park dans l'interieur de l'Afrique, pendant l'année 1805 précédé d'une notice historique et biographique sur la mort de ce celébre voyageurChapitre 78 sur 86 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Départ de Fankia. — Monts Tambaura, et difficulte's de les traverser, — Toumbin. — Grand embarras en route. — Serinianna. — ^Fajemmia. — Accroissement du nombre des malades. ^ — Malakalla. — Rivière Ba-Lee. — Bountoun-Kouran. — Douggikotta. — ■ Falifing. — Pertes faites en route. — Gimbia ; accueil inhospitalier. — Sullo. — Aspect du p^j'S. — Secoba. Kronkronio. — Passage de la Ba-Fing. — • Manière de fondre et de travailler l’or. — Funeste accident an passage de la Ba-Fiug. — Hippopotkmes. — Morts et pertes sur la route. — Augmentation des malades. — Arrive'e à Viandry. — Korena. *— Danger cansd par de jeunes lions. — Koumbandi. Grand em-* barras sur k» route. — Fouilla. — Rivière Ba-Wou- • lima } difficulte’s de la passer. — Isaac saisi par un crocodile. Bouliokounbo. — • Triste situation de toute la troupe. — Serrababou. — Saboscera.

s4 /uin. Je fis halte à Fankia, pour donner aux malades un peu de repos , et sachant quâ nous aurions à monter , près de ce lieu , une montagne escarpée. Je me trouvai moi* même

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très-malade , ayant eu la fièvre toute la nuit. • J’achetai du grain pour les ânes, et quantité, de volaille pour les malades.

i5 juin. Nous quittâmes Fankia. Nos malades étaient encore dans un triste état , et quelques-uns d’entre eux légèrement en délire. A environ un milfe nord-est de ce village, est le passage aux monts Tamboura, appelés Toumbinjeena. La moitié est trèsescarpée et très-rude ; la perpendiculaire des lieux les plus escarpés n’excédait pas de beaucoup trois cents pieds. Les ânes étant pesamment chargés , dans le dessein d’en réserver le plus possible pour les malades, nous eûmes beaucoup de difficultés à faire ^franchir ce passage à nos marchandises. Le nombre des ânes excédant celui des conducteurs , cette marche, en montant à travers des rochers, .

présentait un spectacle de confusion fort alarmant. Des ânes se renversant parmi les rochers avec leur charge, des soldats nialades et hors d’état de marcher , des noirs du pays nous volctnt en secret ; réellement ce fut un terrible

ouvrage pour nous , que de traverser cette jnontagne. Quand nous eûmes rassemblé tous les paquets et tous les ânes, nous continuâmes notre route ; et à environ deux milles du passage, arrivâmes au délicieux village de Toumbin.

A la réunion de nos paquets , nous trouvâmes que les naturels nous avaient dérobé sept pistolets , deux redingotes et un havresac , outre de plus petits effets. Nous renvoyâmes les clievaux à deux soldats malades qui, hors d’état de nous«suivre, avaient été laissés en arrière dans la montagne. Nous dressâmes la tente , et mîmes le bagage en sûreté contre la pluie.

i6 y«i«. Nous quittâmes Toumbin. Au moment même où les gens et les bêtes de somme venaient de partir, :je vis arriver le bon vieux maître d’école dont j’ai parlé dans mon premier voyage. Il avait entendu dire la veille que j’étais avec la caravane , et il s’était mis en marr. cbe pendant toute. la nuit pour me venir voir. Comme les paquets étaient en avant , je lui dis que je le priais de venir avec moi jusqu’au lieu de la halte, afin que je pusse reconnaître / jus^

qu’à un certain degré, ses anciens bons offices. Je recouvrai trois des pistolets, et un des habits volés. Nous finies route. A un mille à l’est du village, je trouvai Hinton,' un des malades, qui était parti monté sur le cheval de M. Anderson. Il était étendu sous un arbre , et le cheval paissait à peu de distance de là. Quelques-uns des naturels avaient retiré les pistoletsde leurs fourreaux, et volé la valise attachée derrière la selle, un morceau de corail, tout l’ambre et les grains de collier qu’elle contenait, et un barraloulo. Par bonheur, ils ne songèrent pas à mon sextant de poche, ni à mon horizon artificiel, qui étaient au même endroit. Je mis le malade sur le cheval, que je fis marcher devant moi. Je le soutins quelque temps , et fis tout ce qui me fut possible pour qu'il restât en selle ; mais je

vis que j’étab incapable de l’emmener; et après m’être beaucoup fatigué à le conduire pendant environ six milles, je lus forcé de l’abandonner.

Environ un mille plus loin , j’en trouvai deux autres couchés à l’ombre d’un arbre. J’en fis monter un sur le cheval de M. Anderson , et

DigilizecTby

le second sur le mien : puis je les fis marcher devant moi. J’arrivai au village de Serimanna vers midi et demi. Dans la fraîcheur de la soirée, j’envoyai un cheval chercher tlinton; il fut amené au village, après qu’on eut été obligé de le lier sur sa monture.

Je donnai au maître d’école cinq barres d’écarlate , un bârraloulo, dix barres de grains de collier, quatorze d’ambre et deux dollars, ce qui le rendit tout à fait heureux. Je lui donnai aussi un nouveau testament, en arabe, qu’il me promit de lire avec attention.

17 juin. Voyant que Hinton allait plus mal, et que Sparks avait le délire , je les confiai aux soins du douty du village, lui laissant assez d’ambre et de grains de collier ptmr leur acheter de la nourriture, s’ils vivaient, et les enterrer s’ils venaient à mourir. S’ils se rétablissaient , il s’engagea à les réunir à la première coffle qui voyagerait pour la Gambie. Nous arrivâmes en deux heures à Fajemraia. Ce n’est qu’un petit viHage; mais il est foriifié d’une haute muraille. Le chef, dont le village porte le nom ,

résidait auparavant à Faramba, à lest de cet endroit; mais depuis peu il s’y était retiré, laissant à Faramba ses gens et ses esclaves. Fajemmia est le plus puissent chei de Konkodoa, et il tient assujéti toute la contrée, depuis Toumbin jusqu’à la Ba-Fing,

Les tributs payés par les voyageurs étant toujours en proportion du pouvoir et des mauvaises dispositions des chefs, ceux qui se payent à Fajemmia sont très-forts. Je lui payai ce qui suit :

Barres.

Ambre i5

Graines de collier 5o

Ecarlate 20

Ambre 5S

Ambre., >4

Barraloulo i5

Plus, un fusil de soldat , une belle paire de pistolets, une belle e’pe’e, un habit long, et cent pierres à fusil.

Je m’estimai très-heureux de terminer si

llien le palaver , car Fajemmia insistait pour avoir le tribut d’usage , qui c-taiL de quatre bouteilles de poudre à tirer pour chaque âne j ce qui nous eût fait grand tort ; et d’ailleurs , étant si malades, nous n’aurions pu faire qu’une faible, résislance.

Le i8 juin , j’observai une émersion du premier salel^ite de Jupiter.

Notre palaver avec Fajemmia ne finit que le matin du 19. Les 18, 19 et 20, je fus trèsrmalade , et quoique, en général , je fusse en état de m’asseoir pendant une partie du jour, cepen^ dant j’étais très-faible, et incapable de surveiller les achats de grain , de lait et de volaille. En conséquence, M. Anderson acheta ces articles^ il eut l’œil sur les bêtes de somme , etc. Le lieutenant Martyn, le sergent, le caporal et la moitié des soldats fureot malades de lai fièvre. Chaque jour, jusqu’au départ de Dindikou, je fis bouillir une chaudière de forte décoction de kinkina. J’achetai trois ânes, et louai les gens de notre guide pour conduire quatre de nos ânes en sus des deux qu’ils conduisaient déjà ,

ce.qui fit six ânes en tout , moyennant tes cei^' vingt barres.

i8 juin. M. Anderson et un des soldats re^ tournèrent à Serimanna pour voir les deux hommes que nous y avions laissés, et S’assurer s’ils pourraient être emmenés. Ils revinrent lé ig, et nous rapportèrent f[ue tous deux étaient vivans, mais hors d’état de pouvoir être transportés. Ils avaient désiré eux-mêmes avec ardeur rester où ils étaient, parce que ce seul parti leur offrait quelque chànce de établissement. <

30 j’uin. Quand nous eûmes chargé leS ânes , nous trouvâmes un des soldats , le vieux Rowe, hors d’état de monter à cheval. Je payai dix barres d’ambre, et donnai du riz pour dix-huit johrs â l’un des meilleurs hommes du viHage, à qui je le laissai, et qui, je n’en doute pas, en aura eu grand soin. Peu de' temps après noire ' départ de Fa jemmia , le tonnerre commença à «e faire entendre ; et lorsque nous eûmes parcouru quatre m^s, nous éprouvâmes un ouf a* gan terrible, qui mouilla un • grand nombre' de

ballots , et rendit le chemin très-bourbeux et très-glissant. Vers midi, nous arrivâmes à un village presque désert, appelé Nealakalla.'^o\x% vîmes alors que l'âne chargé de la provision d'habits n’était pas encore venu \ et comme la plupart des hommes étaient en ibrt mauvais étal, particulièrement sous le rapport de la chaussure, je jugeai convenable de renvoyer en arrière pendant plusieurs milles , deux d’entre nous , pour tâcher de retrouver l’animal. Je fus très-inquiet de ce que ces hommes ne fussent pas revenus au coucher du soleil. Nous tirâmes plusieurs coups de fusils, mais n’enlendimes point de réponse. Le village de Nealakalla est tout auprès de la Ba-Lee , ou rivière de miel , que nous trouvâmes décolorée , mais pas sensiblement gonflée. Nous vîmes deux crocodiles, et une incroyable quantité de gros poissons.

:2i ^uin. Comme les deux hommes n’étaient pas encore de retour , j’envoyai la coffle passer la rivière, et je priai M. Scott de tirer un coup de fusil, quand ils l’auraient tous traversée. M.' Anderson et moi, nous résolûmes

de rester à Nealakalla jusqu a midi , dans l’espoir d’entendre parler de nos deux hommes.

Ils arrivèrent vers onze heures , ayant trouvé l’âne et sa charge si près de Fajemmia , qu’ils y étaient entrés, et avaient couché dans la hutte du vieux Rowe. Ils ajoutèrent qu’il sè rétablissait, et était fort content de sa situation. Nous allâmes en avant; et , â environ un mille

au nord-est du village , nous passâmes la rivière dans un lieu où son cours est interrompu par un amas de rochers , qui obligent la rivière de former plusieurs petites cataractes. Nos gens avaient- été obligés de transporter tous les ballots sur leurs tètes. Nous les trouvâmes faisant la cuisine sur le bord oriental de la rivière , et près de se remettre en roule. M. Anderson et moi , nous traversâmes la rivière de roche en roche, sans nous mouiller les pieds. : ‘ ' Aussitôt que nos hommes eurent fini de déjeuner , nous allâmes en avant ; et à- environ deux milles à l’est,' nous arrivâmes â une crique étroite et profonde, dans laquelle était une source d’eau bourbeuse. Nous la traversâmes

avec tant de difficulté, que quelques-uns vou-’ laicnt l’appeler la Crique vinaigrée. Vers quatre heures nous passâmes par le village de Bountoun Rouran , délicieusement situé au fond d’une montagne escarpée et remplie de rochers. A deux milles à l’est, nous fîmes halte, pour la nuit,' au village de Douggikotta, où la culture est très-considérable, et nous eûmes beaucoup de difficulté à empêcher nos bêtes d’aller dans les champs de grains. Pendant la nuit, il y eut un ouragan.

23 juin. Nous ne partîmes qu’à* près de dix heures f car il y avait grande apparence de pluie. Williams Roberts, un des charpentiers * qui avait été malade depuis que nous avions quitté Fajemmia, déclara qu’il était hors d’état d’aller plus loin , et signa un écrit portant qu’il était délaissé par son propre consentement. Nous passâmes par un petit village à environ quatre milles à l’est , et fîmes route en montant, près d’une rivière, presque pendant tout le jour. Nous eûmes une belle vue de Roullallie , rocher haut, isolé et de forme

carrée, que nous avions toujours vu depuis que nous eûmes quitté Fajemmia. Cette montagne est entièrement inaccessible de tous côtés , unie et verdoyante à son sommet. Les naturels aifirment que là se trouve un lac ; ils vont fréquemment autour du pied des précipices,, pendant la saison pluvieuse , et prennent de grandes tortues, qni se sont tuées en tombant de ces lieux escarpés. Nous vimes pendant notre marche plusieurs montagties rocailleuses et très-pittoresques ; et le soir nous fîmes balte au village de Falifing, situé au sommet du terrain montant qui sépare là Ba-Lee de la Ba-Fing. Nous perdîmes un âne et quatrevingts livres de balles pendant la marche.

, a3 yuirt. Nous recommençâmes notre voyage de grand matin ; et après une marche de deux heures dans une plaine unie, bornée à droite et à gauche par de hauts rochers et des pré- ' cipices, nous descendîmes doucement vers l’est, et arrivâmes bientôt au village de Gimbia ou Kimbia. Jé restai par hasard en arrière, pour ramener des ânes qui avaient jeté leurs pa-

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quëts J et quand je rejoignis la caravane , je trouvai tout dans le village ayant une apparence hoslÜQ ; les habitans accourant des champs de blé et se saisissant de leurs carquois. La cause de ce tumulte était , selon l'usage , t amour de l’argent. Le village avait entendu dire ique les hommes blancs allaient passer, mais qu'ils étaient fort malades, et incapables de faire aucune résistance , ou de défendre les immenses richesses qu'ils possédaient. En conséquence , lorsqu'une partie de la coffle eut traversé le village , le peuple en sortit ; et , sous prétexte que la coffle ne passerait pas jusqu’à ce que le douty le permit, ces gens tentèrent de faire Rétrograder les ânes. Un d’eux prit par la bride le cheval du sergent, pour le conduire dans le village ; mais quand ce militaire arma son pistolet et le lui présenta, il laissa la bride. D’autres hommes emmenèrent les ânes avec leurs charges , et tout' parut en confusion. Les soldats chargèrent leurs fusils à balles , et y mirent leurs baïonnettes avec beaucoup de sang-froid. Acette vue , les paysans

hésitèrent : les soldais conduisirent les ânes à travers le lit d’un torrent, et revinrent ensuite , laissant assez de monde pour les

Les naturels se l’éunirent sous un arbre à la porte du village. J’y trouvai le douty et Isaac, se querellant avec violence. Quand je demandai la cause du tumulte I Isaac me dit que les paysans avaient lâché d’enlever les charges des ânes. Je me tournai vers le douty, et je lui demandai qui avait osé faire une telle tentative. Il me montra environ vingt hommes armés d’arcs. Je me mis à rire , et le priai de me dire s’il croyait que qes gens là pussent

se baUfe ; ajoutant -que s’il lui prenait envie d’en faire l’expérience , ils n’avaient besoin que de se mettre en mesure d’enlever un des paquets. Ils parurent alors fermement persuades qu’ils avaient fait une tentative inutile , et le douty me pressa de dire à nos hommes de partir avec les ânes. Comme je ne savais pas si quelqu’un de nos malades ne serait point dans la nécessité de reprendre cette

m^me route,* je jugeai convenable que la séparation se fît avec amitié. En conséquence, je donnai au douty quatre barres d’ambre, et je lui dis que nous n’étions pas venus pour .faire la guerre, mais que si quelqu’un nous ■la faisait , nous nous défendrions jusqu’au dernier liomnie.

Nous allâmes en avant , et à un demi-mille, à l’est , nous descendîmes dans une vallée pleine de rochers. Un grand nombre d’ânes tombèrent à la descente. Vers midi, nous arrivâmes à Sullo , village sans murailles , au fond d’une montagne. Peu d’instans après notre halte , le cheval du lieutenant Martyn mourut. Ce fut un présent du ciel pour les habitans de Sullo, qui le dépecèrent , comme' s’il eût été un boeuf, et en vinrent presque aux coups pour - se le partager , tant en ce lieu la chair de cheval est estimée. Les rochers qui sont audessus de la ville ont un grand nombre de singes.

a4 Juin. .Nous quittâmes Sullo , et traversâmes un pays charmant au-delà de toute ima-

■^Inalion. Il nous offrait toutes les variétés •possibles de sites garnis de rochers; c’étaient des tours naturelles , semblables à des châteaux en ruines , des aiguilles , des pyramides , etc. Nous passâmes dans un lieu si ressemblant à une abbaye gothique ruinée , que nous fîmes halte quelques momens, pour nous convaincre qüe les niches , les fenêtres , l’escalier en ruines , etc. y étaient tous naturellement formés par le rocher. Une description fidèle de ce lieu serait certainement regardée comme une fiction. ^

Nous passâmes une montagne composée d'une masse homogène de roche solide ( le granit rouge) , sans une seule pierre détachée, ‘ ou un seul brin d’herbe. Je n’ai vu de ma vie une pareille montagne. J’aperçus pendant la marche plusieurs villages situés d’une manière romantique , dans les creux formés par les précipices et les rochers. La hauteur de ces précipices est de cent à cinq ou six cents pieds en ligne perpendiculaire. Toute la contrée , entre la Ba-Fing et la Ba-Lee , est plus sauvage

cl plus imposante qu’aucun autre pays que j’aie jamais vu.

A midi , nous vînmes à Secoba. Le douty de celte ville est le frère *puîné de Fajemmia. Je lui présentai des marchandises pour la valeur de cinquante barres. Il en fut si charmé , qu’il dit qu’il voulait aller avec 'nous, jusqu’à ce que nous eussions traversé la Ba-Fing, pour s’ass surer que les bateliers ne nous tromperaient pas. ' ’ ,

a 5 juin. Halte à Secoba , pour reposer les hommes de la caravane. J’achetai pour eux de la volaille et du lait en abondance. ^

26 juin. Nous partîmes de Secoba , 'accompagnés du douty et de plusieurs habilans. Je louai trois des amis du douty pour nous servir de guides jusqu’à Randy, dans ce district , de Fouladou , appelé Gangaran. A sept milles à l’orient de Secoba , nous vînmes au village de Konkromo, où nous dressâmes nos tentes sur le bord de la rivière. Le jour était très-avancé , l^que nous eûmes fait notre marché avec les maîtres des canots; et comme nous n’aurions

probablement pas pu transporter tous, les paquets, nous jugeâmes plus à propos d’atleiidre * ' • ■ jusqu’au matin. Après avoir pris plusieurs

hauteurs , j’observai l’émersion du premier satellite de Jupiter.

27 Juin. De très-grand matin, je payai aux

maîtres des canots cinquante barres pour transporter notre bagage et notre bétail. Je pré- .sentai aussi au douty deSecoba quelques graines de collier. On disposa quatre canots, Suffisans

pour transporter à ^chaque fois la charge d’un âne et une demi-charge. J’envoyai M-. Anderson ♦^avec six hommes, tous arinés, pour recevoir .les paquets à la sortie du canot, et les porter sous les tentes. On fit nager les ânes , un à .chaque côté du canot, tandis que deux pëtits garçons , assis dans le canot , les tenaient pâr les oreilles.

J’eus en ce lieu l’occasion de voir leur manière de fondre* l’or. Isaac en avait acheté en ^ traversantRonkodou , et il en fit faire un grand anneau. L’ouvrier fit ,un creuset d’argile •commune, et le sécha au. soleil. Il y plaça l’or

^sâns aucun alliage quelconque. Il mit au-dessus et au-dessous du charb^ de bois, et soufHant ■ le feu avec un des doubles soufflets , prodiiîsit bientôt assez de chaleur pour mettre for en fusion. Il fit alors dans la terre une petite fosse, et y plaça l’or fondi^. Quand il fut refroidi , il l’ôta, et, le chauffant de nouveau, en forgea

bientôt une barre carrée. Il le chauffa encore,

puis , au moyen d’une paire* de tenailles , il le tordit en forme de vis. Alors étendant les extrémités , il le contourna de manière à former un anneau massif et précieux.

Quand le bagage et les bêtes eurent été transportés de l’autre côté de l’eau , je fis passer les hommes et m’embarquai moi-même dans le dernier canot; mais comme un des soldats de l’autre canot débarqua pour acheter quelque chose, je fis avancer le fnien, en disant aux hommes de ce second canot de partir aussi, dès qu’il y serait revenu. Je trouvai difficile d’être assis dans le canot de manière à le tenir en équilibre , quoiqu’il ne contint que trois personnes, outre le rameur. Nous venions

de débarquer sur la rive orientale, lorsque nous remarquâmes le canot , dans lequel* il y avait trois soldat* partait de l’autre bord. Peu de temps après , il se renversa ; et quoique les naturels nageassent a*u secours de nos gens, F. Cartvvrigbt eut le malheur de se noyer. Les naturels plongèrent : ils recouvrèrent deux fusils avec le corps de Cartvvright. Ils mirent le corps daps le canot , et nous rapportèrent. J’usai de tous les moyens recommandes par la société d’Humanilé , mais en vain. Nous enterrâmes Cartwright, le soir, sur le bord de la rivière. *

La Ba-Fing est là une rivière entièrement navigable. Elle est gonflée , dans cette saison , d’environ deux pieds, et son courant est de trois nœuds par heure. Les gens de ce lieu sont tous voleurs ; ils tentèrent de voler plusieurs de nos ballots , et nous en découvrîmes un qui emportait celui où étaient tous nos médicamens. Le bruit des hippopotames nous empêcha de dormir. Ils vinrent tout près du bord , ronflant et soufflant pendant la nuit en-

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tière. Comme celte nuit était claire, j’observai Fémersion dü second satellite de Jupiter.

28 juin. J’achetai un âne pour quatre min-^ kallis d’or , et un cheval pour quarante-cincf barres. Nous partîmes vers sept heures du matin. Après un voyage de quatre milles, l’âneque j’avais acheté se coucha , et il me fut impossible de le faire relever. Je lui ôtai son paquet, elle laissai. A dix heures, nous vînmes tout au pied d’une roche élevée , qui s’élève , comme un immense chôtea^ , du sein d’une plaine unie. On appelle cetlfr montagne Sankaree. Je m’informai d’an autre monceau de pierres entassées près du pied du précipice J on me dit que la ville d® Madina',, qui était dans le «voisinage , avait été prise d’assaut , if y avait quelques années , par les Raartons, et que la plus grande partie des.

habitans s’étaie'nt enfuis vers la montagne. Cependant quelques-uns furent tués en chemin,, et on* assembla ces pierres sur la tombe de L’un, d’entre eux. On ajouta qu’il y en avait cinq autres près de la montagne, et que chaque-

personne qui passe , si elle appartient à là même famille ou conlong , se croit obligée d’ajouter une pierre au monceau , pour perpétuer la mémoire de son ami. Ces tas sont précisément ce qu’en Écosse on appelle caitns. La roche n’est accessible que par un sentier fort étroit et fort difficile. On m’assura qu’il y avait au sommet une grande abondance d’eau , dans toutes les saisons, et que les huttes ,construite^par les habitans de Madina y étaient encore au sommet, mais délabrées.

A onze heures nous traversâmes un ruisseau, tel que ceux sur lesquels l’on place des moulins , et dont le cours* était au nord. Nous fîmes ^halte sur son bord oriental , et nous aperçûmes qu’un de nos ânes', chargé de graines à collier, était resté en arrière. Bloore , le soldat qui le conduisait , retourna pour le chercher , sans en avertir pèrsonne. Peu d’ins-' tans après, l’âne et sa charge furent retrouvés dans le bois. J’envoyai le sergent sur un des chevaux chercher Bloore. Il retourna jusqu’à Sankaree sans le voir, et conclut cju'il s’était

égaré. Je trouvai Walter, un des malades, qui avait erré en perdant nos traces (car il n’y avait pas de chemins), et s’était couché dans les buissons jusqu’à ce que quelques-uns des naturel* l’eussent découvert. Je leur payai dix barres d’ambre , et les priai de chercher Bloore,

Dans l’àprès-inidi , nous rassemblâmes les ânes pour la marche. J’éprouvai de grandes difficultés pour réunir les chevaux, dont un, celui du sergent, ne put., malgré nos recher- . îlies , être retrouvé. Comme nous eussions O vainement attendu Bloore, nous chargeâmes les paquets , et nous nous remîmes en chemin. 11 • faut observer qu’il n’y a point de sentiers tracés dans ces bois ; nous eûmes donc beaucoup de difficultés à nous tenir rassemblés, et tirâmes de fréquens coups de fusil , pour maintenir notre ligne de marche. Après avoir parcouru quatre milles, Shadoy Walter, le malade dont j’ai parlé, fut tellement épuisé, qu’il ne put se tenir assis sur son âne. 11 y était attaché , et on l’y tenait droit. Il devint de plus en plus

faible y et peu (3e temps après , mourut. On le porta en avant , dans un lieu où la tête de la coffle avait fait halte , pour donner à l’arrière la facilité de la rejoindre. Là , tandis que tous les autres se remettaient en route , deux soldats avec leurs baïonnettes , et moi aveo»mon épée^ nous creusâmes sa tombe dans ce désert sauvage ; et quelques branches d’arbres furent les seuls lauriers qui couvrirent la sépulture du brave. •

Nous ne rejoignîmes la coffle que lorsqu’elle eut fait halte, potir-la nuit, près d’un étan^ ombragé de palmiers. J’appris alors que deux soldats ne l’avaient point rejointe. Baron, l’un« d’eux , avait été vu à environ un mille du lieu de repos. On pensait que l’autre, appelé *

Hill , était en arrière à trois ou (piatre milles. Chaque quart - d’heure , nous tirâmes deux coups de fusil ; l’un pour attirer l’attention des

deux hommes égarés, l’autre, après une demi-

minute, pour leur donner la direction. A sept heures et demie, Hill arriva dirigé par le bruit des fusils.^ A onze heures , nous aperçûmes.

quelques lumières clans les bois , et entendîmes des gens qui appelaient par des cris. Peu de temps après, cinq hommes arrivèrent amenant avec eux Bloore, qui avait été à la recherche de l’âne. Il était revenu sur ses pas jusqu’à la rivière noire, et l’avait traversée en demandant, par signes, aux naturels, l’âne et sa charge. Comme ils ne le comprenaient pas bien , ils crurent que la caravane avait été attaquée, et que le soldat s’était enfui. En conséquence, ils l’accompagnèrent pour savoir s’ils pourraient avoir part au butin , ou du moins être récompensés de ce qu’ils ramenaient notre homme.

Je leur payai dix barres d’ambre, et je les * invitai à chercher Baron , leur promettant, s’ils le trouvaient, dix autre» barres*

29 juin. Au point du" jour, nous tirâmes des coups de fusil pour Baron. Il était évideni qu’il avait perdu la trace des ânes, et qu’on l’aurait vainement cherché dans un si immense désert; ainsi, à six heures et demie, nous chargeâmes nos bêtes et fîmes roule. Deux soldats êntore eurent des attaques de fièvre. . ^ . •

Nous marchâmes tout le matin sur un terrain pierreux. Nous fîmes douze milles sans arrêter, pour trouver un abreuvoir. Environ déux milles avant d’y arriver, Bloore, ce soldat revenu pendant la nuit, s’assit à l’ombre d’un arbre; quand je le pressai d’arriver, il me dit qu’il était fatigué , et qu’après selre reposé, il nous suivrait. Je l’assurai que la halte n’était qu’à une très-petite distance , et je l’invitai à faire tous ses efforts pour ne pas s’endormir. Nous nous arrêtâmes Sur uh terrain élevé et uni. L’eau

(jue nous eûmes n’était que dè la pluie rassemblée dans la concavité du rocher. A quatre heures et demie , Bloore n’était pas encor^ "revenu. J’envoyai le sergent sur un des chevaux pour le ramener. Il revint au coucher du soleil, sans lavoir, vu, et après avoit été à plusieurs Viilles au-delà du lieu désigné. Je soupçonnai que le sergent favait dépassé ,' tandis qu’il était endormi sous l’arbre. Je pris donc trois volontaires avec moi, et nous allâmes à sa recherche. 11 était alors tout à fait nuit. Nous ramassâmes

un grand paquet d’herbes desséchées, dont nous ’ * >

tenions une portion enflammée dans notre mam ; nous eûmes ainsi constamment de la lumière, pour effrayer les lions, qui sont très-

nombreux dans ces forêts. Quand nous arrivâmes à l’arbre sous lequel Bloore s’était couché , nous fîmes feu. Nous aperçûmes la place où il avait pressé l’herbe , et les traces de ses

pas. Nous allâmes à l’ouest, èt nous cherchâmes les marques de ses pas, dans la pensée qm^il aurait pu se tromper de direction. Nous ne le trouvâmes point. Après avoir .poussé des cris , tiré des coups de fusil et mis le feu aux herbes , nous revînmes à l’arbre , çt regardâmes tout à l’entour. (Nous n’aperçûmes ni sang, ni

pas de bêtes féroces. *Nous tirâmes encore sjx

coups de fusil. Comme toute recherche ulté-

rieurc eût été inutile, car nous. n’osâmes^ pas nous éloigner des traces de. la coffle, dans la crairite.de nous, égarer, , nous retournâmes aux

tenîea. Un des gens d’Isaac tua , dans la soirée , une antelppe , qui nous fournit â tous un abondant souper.^ Les loups nous fatiguèrent beaucoup pendant la nuit.

3o juin. De bonne heure , nous nous re-

mimes en chemin , et descendîmes du terrain uni dans une plaine plus fertile. Nous aperçûmes , sur les rochers , un grand nombre de singes. Après une marche de dix milles, nous arrivâmes à Kandy , tous très-harassés. Kandy n’est plus qu’une petite ville; la grande ayant été prise , et brûlée par le fils de Daisy , et tous les habitans emmenés en esclavage, environ deux années auparavant. M. Anderson et M. Scott furent atteints de la fièvre.

juillet. Nous couvrîmes des balais avec

la peau de l’antelope. Un de nos paquets, contenant toutes nos semences de menus grains, fut volé pendant la nuit. Je fis toutes les recherches possibles |)ôur le recouvrer ; mais ce fut en vain. Nous avions peu de riz , et nous no pouvions en acheter en cet endroit ; nous résolûmes donc d’avancer le plus vite que nous pour- ^ rions; mais les hommes étaient si malades, que je jugeai imprudent de faire continuer la route aux bêtes de somme et à leurs fardeaux , sans leur donner des conducteurs spéciaux. J’em-,

ployai celle journée à partager la conduite des ânes, entre ceux qui se portaient bien.

2 juillet. Départ. Deux autres soldats encore eurent la fièvre. Quapd nous eûmes voyagé pendant trois milles , l’un d’eux , Roger- M’Millan , eut un tel accès de délire , qu’il fut reconnu impossible de lui faire continuer la marche.* Je le laissai dans un village appelé Sanjeekotta. Je fus très-désolé d’être forcé d’abandonner dans l’heure de la maladie et de la détresse, un homme qui avait vieilli dans le'service de son pays. Il avait été soldat pendant trente-un ans; douze fois on l’aviit nommé caporal, et 9 fois sergent; mais un malheureux attachement pour '/a bouteille , l’avait toujours fait descendre dans les rangs des soldats.

Nous arrivâmes â Koeena vers trois heures, tous très-fatigués. Je me sentis malade , ayant relevé et rechargé un grand nombre d’ânes pendant la marche. Le village de Koeena est entouré de murailles, et a près de lui, de trois côtés, des rochers et des précipices. A sept heures, nous éprouvâmes un fort ouragan, qui

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éteignit notre feu de veille, et nous força de nous réfugier sous nos tentes. Quand la fureur de l'orage fut apaisée, nous entendîmes une espèce singulière de murmure et de gro-

gnement’, assez semblable au cri d’un san- "glier. Ces animaux paraissaient être plusieurs , "et ils tournèrent tout auiour de notre -bétail. ‘^Nous tirâmes deux coups de fusil , pour les tenir à distance; mais comme ils rôdaient toujours autour de nous, nous allumânies une torclie d’herbes'sèches , et allârnes , avec le lieutenant Màrtyn, à la'recberche de ces bôtes saii- ' vages , que nous soupçonnions être des San-

gliers. Nous arrivâmes près de Hune d’elles , et ‘lui tirâmes plusieurs coups dans un < buisson, ' ainsi qu’un autre encore , lorsqu’elle s’enfuit parmi*de hauts herbages. Quand nous fûmes de < retour à nos tentes, j’appris des naturels, d’a-

* près 'les questions que je leur'fis, que les animaux, objets'de nos recherches, n’étaient point

■* des sangliers , mais de* jeunes- lions.^lls m’ajs- ‘ sucèrent, dë plusjqüè si nous n étions pas irès- ‘‘-vigilans, ces lions tueraient 'probablement pen-

dant la nuit quelques-unes de nos bêtes. Vers minuit, en effet, ils essayèrent de saisir un des ânes, ce qui alarma si fort les autres, qu’ils rompirent leurs liens, et vinrent au grand galop se jeter parmi les cordes des tentes. Deux lions les suivirent , et arrivèrent si près de nous, que la sentinelle en blessa un d’un coup d’épée ; mais elle n’osa pas faire feu , dans la crainte de tuer quelque âne.

3 juillet. Départ de Roeena , et halle pendant la chaleur du jour, àKoumbandi , éloigné de six milles. Là, les guides que j’avais loués à Kandy devaient s’en retourner. Je convins avec eux qu’ils emporteraient le havresac de M. Millan , avec de l’ambre et des grains à collier, pour lui acheter des provisions; mais trois naturels vinrent à nous pour nous vendre deux ânes. Ils me dirent que , de grand malin , ils étaient partis de Sanjeekotta ; que le soldat que nous y avions laissé était mort pendant la nuit, et que les habitans l’avaient enterré dans un champ de blé. J’achetai leurs ânes pour servir au transport des malades.

Vers trois heures, nous quittâmes Roumbandi. M. Anderson et M. Scott étaient si mal, qu’ils désirèrent y passer la nuit. A force de prières , je leur persuadai de remonter sur leurs chevaux, et de nous accompagner. A trois milles à l’orient du village, un des marins que j’avais reçus du vaisseau de S. M. L’Écureuil, devint si faible qu’il tomba de son âne, et le laissa s’échapper. Je le mis sur mon cheval^ mais je m’aperçus qu’il ne pouvait s’y tenir sans être s:)utenu. Je le replaçai sur son âne; mais il retombait toujours. Je le fis monter de rechef sur le cheval , où un homme le soulenqit, tandis que je conduisais l’animal; mais comme il ne faisait aucun effort pour se tenir droit , il était impossible de le maintenir à cheval j et après plusieurs chutes , il me demanda d’élre laissé dans les bois jusqu’au matin. Je lui donnai un pistolet chargé, et je laissai dans son chapeau plusieurs cartouches. Au coucher du soleil , nous arrivâmes à Fonilla , petit village muré sur le bord de la Wonda, qui est appelée en cet endroit Ba~WouUma , la rivière Rouge.

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Vers source, elje a le noua de Ba-Qui, rivière }31anche; le milieu de sou cours est appelé W onda. Elle était enflée de deux pieds , paf les pluies tombées dans le sud , et se trouvait fort bourbeuse; niais, même dans cet état, elle ne pouvait être considérée comme une grande rivière.

4 Juillet. Je convins avec leis bateliers de leur faire transporter le bagage et les bêtes de somme pour soixante barres. Comme il ny avait là qu’un canot i il était presque nuit avant que tous les ballots fussent transportés. Le passage des ânes fut très-difdcile. La rivière ^taut peu profonde , sur un fond de roche , par-tout où leurs pieds touchaient ,ce fond , ils , s'arrêtaient tout court. Isaac, notre guide, montrait beaucoup d’activité à pousser les ânes dans l’eau, et à les faire avancer près du canot; mab craignant que nous ne» pussions pas leur faire passer à tous la rivière dans le courant du jour, il essaya de la faire traverser à six de ses ânes beaucoup plus bas, et dans un endroit où il y avait fort peu d’eau. Quand

il eul atteint le milieu de la rivière , un crocodile s’approcha de lui, et le saisissant aussitôt par la cuisse gauche , l’entraîna sous l’eau. Avec une présence d’esprit merveilleuse, Isaac chercha la tète de l’animal , et lui enfonça son doigt dans l’œil. Le crocodile lâcha sa proie, et Isaac tâcha de gagner le bord opposé , en criant qu’on lui donnât un couteau. Mais le crocodile revint, le saisit par son autre cuisse, et de rechef l’entraîna sous l’eau. Isaac eql • recours au même expédient. Il enfonça ses doigts dans les deux yeux de l’amphibie avec lant de violence , qu’il le força de nouveau à l’abandonner. Le crocodile reparut à la surface de l’eau , comme privé de toute connaissance, puis il plongea vers le milieu de la rivière. Isaac s’avança au rivage opposé , en répandant une grande quantité de sang. Aussitôt que le canot fut de retour, je passai, et trouvai notre guide cruellement déchiré. Sa blessure à la cuisse gauche avait quatre pouces de long :

celle de droite n’était pas aussi grande ; mais elle avait beaucoup de profondeur. Il avait, de

plus, dans le dos, plusieurs coups de dents. Jecouvris ses blessures de taffetas gommé , fixé par une ligature ; et le village- n’étant pas éloigné , Isaac jugea à propos de s’y rendre avant que ses plaies fussent devenues plus douloureuses. Il alla donc sur un des chevaux à ce village , appelé Boulinkoutnhou, Je me * trouvai très- malade,- et incapable de me tenir debout , sans éprouver la crainte de tomber évanoui. Nos gens étaient aussi tellement affaiblis , que nous eûmes quelque difficulté à placer les ballots dans nos tentes , quoique BOUS fussions menacés de- pluie. A ma grande • surprise, Alston , ce marin que j’avais laissé ^ans les bois , le soir précédent , vint nous rejoindre, entièrement nu. Ses habits lui avaient été enlevés , pendant la nuit , par trois desi naturels. Je trouvai sa fièvre fort diminuée.

5 juillet. Nous eûmes beaucoup de peine à charger les ânes J* et ne pûmes en réserver pour les malades. J'en mis un sur mon cheval , et je fis roule à pied. La fièvre me laissait un peu de relâche ; mais j’étais toujours mal à moa

aise , ei j’éprouvai des vertiges. Nous arrivât mes bientôt à Boulinkoumbou , qui n’était qu’à deux, railles du passage de la rivière. Ce village porte quelquefois le nom de Màiaharra : il n’a pas plus de cent babitans. Quand nous rassemblâmes nos ânes , nous vîmes qu’il nous en manquait trois, qui, étant malades et trop faibles pour passer la rivière , avaient été man- * gés par les babitans de Fonilla. Tout cela di-< minuait nos moyens de transporter les ma- • lades.

Je me trouvai alors dans une situation fort , inquiétante. Je savais que j’éprouverais de grandes difficultés, si j’allais à 'Keminoum sans Isaac ; car les babitans de Keminoum sont re-^ connus pour les plus grands voleurs et les plus déterminés coquins de toute la route.

Attendre la guérison d’isaac , évènement qui paraissait fort douteux , c’était nous exposer à la plus grande violence de la 'Saison pluvieuse. Je ne pouvais me fier à d’autres qu’à lui ; et , ce qu’il y avait de pire , nous n’ayions plus de ris que pour deux joUrs, tandis que le pays

était aceablé d’une grande disette. Je résolus d’attendre trois jours , pour savoir ce que deviendraient les blessures d’Isaac , et d’envoyer à Serraeolla deux de ses gens avec un âne et trois morceaux d’ambre n“ 5, pour y acheter du riz.

ê juillet. Tous nos hommes, à r.exceplion d’un seul> farem malades , ou extrêmement faiblés. J’achetai tout le lait que Je pus trouver ; et chaque jour j’y fis bouillir du quinquina plein une grande chairdière.

y juillet. Je pansai les blessures d’Isaac :

elles avaient une très-belle apparence.

8 juillet. J’attendis avec une grande anxiété . le retour des gens d’Isaac avec le riz ; car nous

n’avions plus guère de provisions.

9 juillet. JLes gens d’Isaac revinrent dans l’après-midi, apportant cent vingt-trois livres d’ex*cellent riz. Les blessures d’Isaac étaient dans un fort bon état de suppuration.

10 juillet. Départ de Boulinkoumbou. A huit milles au nord-est, nous passâmes par le village de Serra babou , près duquel est un

ruisseau appelé Kinjaco , coulant au nordouest , et où l’on a de l’eau jusqu’aux genoux. Il fut cependant très-difficile à passer , à cause des crevasses qui forment son lit. Plusieurs ânes tombèrent , et leurs fardeaux se trouvèrent mouillés. De là nous voyageâmes droit au nord, à travers un sentier pierreux , seul passage qui se trouva parmi une chaîne de montagnes.

Quand nous en fûmes sortis, nous finies six milles dans un chemin de roches presque impraticable. Un peu avant le coucher du soleil , nous arrivâmes , à notre grande joie, à Sabouserra, dont Matta était le douty. C’est un mauvais village sans murailles.

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