‹ Seconde lettre particuli`ereChapitre 2 sur 2 · COURIER · texte numérisé non relu

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P. S. M. le Tissier, le dernier de nos députés (j'entends dernier nommé) nous assure, par une circulaire, qu'il a de la vertu plus que nous ne croyons. Il n'acceptera, nous dit-il, ni places, ni titres, ni argent. Beau sacrifice! car sans doute on ne manquera pas de lui tout offrir. Ses talents oratoires, ses rares connoissances , sa grande réputation vont lui donner une influence prodigieuse sur l'assemblée des députés de la nation. Les ministres tenteront tout pour s'acquérir un homme comme M. le Tissier j mais leurs avances seront perdues , il n'acceptera rien , dit-il , quand on voudroit le faire gentilhomme et le mettre à la garderobe.

On va ici couper le cou à un pauvre diable pour tentative d'homicide. Il se plaint et dit à SCS juges : Supposons qu'en effe# j'aie vouhi tuer un homme. Vous connoissez des gens qui ont tenté de faire tuer la moitié de la Franco

par les puissances étrangères. Ils vouloient de l'argent , moi aussi. Le cas est tout pareil. Vous n'avez contre moi que des preuves douteuses ; vous avez leurs notes secrètes signées d'eux ; vous me coupez le cou, et vous leur faites la révérence.

Je lis avec grand plaisir les mémoires de Montluc. C'est un homme admirable, il raconte des choses ! par exemple ceci : Un jour il avoit pris quinze cents huguenots, etne sachant qu'en faire , il écrit à la cour. Le roi lui mande de les bien traiter. La reine lui fait dire de les tuer. Le roi j qui alors négocioit avec leur parti, se flattoit d'un accommodement. Mais la reine mère ne vouloit point d'accommodement. Voilà le bon maréchal en peine entre deux ordres si contraires. Enfin il se décide. Je crus , dit-il , ne pouvoir faillir en obéissant à la reine. Je tuai mes huguenots et fis bien ; car le traité manqua , la guerre continua et la reine me sçut gré de tout. Ce livre est plein de traits pareils. Mais pour en entendre le fin, il faut sçavoir l'histoire du temps. Il y avoit en France alors deux gouvernement^

Est-il donc vrai que les notes secrètes ne sçavent plus où s'adresser et que tout se brouille làbas. Leurs excellences européennes veulent, diton, secouperlagorgejrAngloisdéfiel'Allemand.

Celui-ci, plus rusé, lui joue d'un tour de diploraate^ gagne le postillon de milord qui verse sa Grâce dans un trou , pensant bien lui rompre le cou. Mais l'Anglois roule jusqu'au fond sans s'éveiller et cuve son vin j puis, sorti de \hj demande raison. Voilà les contes qu'on nous fait, et nous écoutons tout cela. Que vous êtes heureux à Paris de sçavoir ce qui se passe , et <Ie voir les choses de près^ surtout la garderobe etRnpp dans ses fondions. C'est là ce que je vous envie.

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