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Seconde lettre sur les Hiéroglyphes adressée à M. de S

Il est de ces Puissances mal établies , de ces États nouvellement fondés , où l’on craint avec raison les moindres causes de trouble, les plus légères agitations , parce qu’elles peuvent causer un ébranlement funeste et conduire à la ruine une autorité trop faible encore et trop précaire. La prudence y commande d’éviter des discussions animées , des dissensions intestines, et sur-tout des guerres étrangères. Tel m’avait paru l’empire que M. Champollion le jeune s’est créé sur les ruines et les tombeaux de l’antique Égypte.

Ma Lettre sur les hiéroglyphes acrologiques ne contient rien dont il eût pu être personnellement choqué s’il n’eût eu en vue que l’amour de la vérité. Je n’avais parlé de lui , dans cet écrit , qu’en ayant soin de joindre à son nom des expressions honorables ; mais j’y traitais d’un objet qu’il semble s’être approprié. M. Champollion n’aime pas qu’on

parle de l’Egypte sans sa permission , et il n’aime pas sur-tout qu’on mentionne ceux qui s’en sont occupés avant lui : c’est là un crime irrémissible. On devrait, pour la sûreté de M. Champollion, défendre de rappeler le nom et les découvertes de M. Young, et jamais ne s’astreindre, en parlant de travaux hiéroglyphiques, à suivre l’ordre des temps, en plaçant, comme je l’ai fait, le nom de M. Young avant le sien. C’est là, je n’en doute pas, le motif qui lui a mis la plume à la main et l’a engagé à composer contre moi une critique aussi virulente que peu fondée (i).

M. Champollion a l’air de croire que c’est attaquer l’honneur français que de supposer qu’un autre que lui eût pu le devancer dans cette partie de sa carrière littéraire : qu’il se souvienne que rien ne peut porter honneur que ce qui est vrai. Il ne persuadera jamais aux personnes impartiales et en état de juger d’après les faits, que ses travaux sur l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques puissent ravir à M. Young le droit de réclamer pour lui l’honneur de la découverte de cet alphabet, selon la maxime universellement adoptée : Prior in tempore, potior in jure.

L’attaque peu réfléchie de M. Champollion m’obligeairt à me défendre, je me propose de déinon-

(1) Cette Analyse de ma Lettre sur les hiéroglyphes acrologiques se trouve insérée dans le Bulletin universel des Sciences , publié par M. le baron de Férussac, Section VII, avril 18275 mais M. Cliampollion a mis beaucoup d’empressement à en distribuer des exemplaires long-temps avant la publication du Bulletin.

trer qu’il s’est trompé dans toutes les objections qu’i l m’a faites. La suite de cette discussion fera voir si celui qui l’a entamée a été mieux conseillé par la prudence que servi par sa mémoire et son érudition. A la vérité, il a cru devoir confbatlre pro aris etfocis : pour l’autel

Où fume chaque mois un encens fraternel ;

Et pour ses foyers , car chacun a les siens , et s’ils étaient attaqués, il est excusable de les défendre.

Heureusement pour les profanes il ne s’agit ici ni d’hiéroglyphes purs ou linéaires , ni d 'écriture hiératique ou démotique. M. Champollion se contente de m’avertir que je suis un ignorant, et que je n’ai aucune connaissance de la langue cophte. Il prétend être en droit de me donner cet avis, parce qu’il déclare que je me suis servi dans mes recherches du dictionnaire cophto-arabe publié par le P. Athanase Kircher, sous le titre de Lingua ægyptiaca restituta y Romœ , i644 •> in-4°* ■> sans me douter que cet ouvrage est rempli de fautes grossières. M. Champollion est si fortement persuadé de cette idée, qu’il ne s’est pas même rappelé que l’original de ce dictionnaire existe à la Bibliothèque du Roi, où il porte le numéro 5o, parmi les manuscrits cophtes de l’ancien fonds. C’est la Scala magna de Semnoudi. Avant de commencer mon travail sur les hiéroglyphes acrologiques , j’ai pris la précaution de comparer soigneusement l’édition de Kircher avec ce manuscrit précieux, et je me suis occupé de corriger les er-

reurs graves qui déparent le livre imprimé. Plus tard , M. Marcel , ancien directeur de l’Imprimerie impériale, et possesseur d’une précieuse collection de manuscrits orientaux, parmi lesquels se trouve un grand nombre de livres cophtes, a eu l’extrême bonté de me prêter une autre copie très-belle du mémelexique. Ellelui aété donnée par le patriarche cophte du Caire, auquel il avait rendu un service important lorsque l’armée française entra dans la capitale de l’Égypte. Ce manuscrit in-folio porte

le titre de Jowxlî jJLi! Li-

vre de l’échelle principale et de l'or pur ; il est d’une belle écriture, sur deux colonnes, et se compose de cent quatre-vingts feuillets. Ainsi c’est dans l'original de la Scala magna, et non pas dans l’édition de Kircher, que j’ai pris une partie des mots cophtes employés dans ma première Lettre. M. Champollion m’impute donc à tort d’avoir aveuglément copié les méprises du célèbre jésuite. Il en est de même de tous les autres reproches qu'il m’adresse dans son Analyse. Cette diatribe est si faible de raisonnement et semble faite avec tant de précipitation , que c’est réellement un jeu de la réfuter complètement. Son auteur n’y prouve qu’une chose, c’est que ses connaissances en cophte et en arabe sont bien moins profondes qu’on ne l’avait cru jusqu’à présent; de plus, il n’a pas, j’ose le dire, montré toute la bonne foi convenable, par la manière dont il aborde la question.

Après avoir rapporté mon résumé sur la nature des hiéroglyphes acrologiques , il ajoute : « Nous

» ferons observer, en premier lieu, que la dé- » monstration d’un tel énoncé infirmerait le té- » moignage des auteurs les plus estimés de l’anti- » quité entière , qui spécifient unanimement des » caractères symboliques ou idéographiques parmi » les élémens constitutifs de l’écriture hiérogly- » pbique. »

Pourquoi M. Champollion passe-t-il ici sous silence ce passage de la page 33 de ma Lettre, où j’ai dit : « Au point où nous en sommes dans la » connaissance de l’écriture hiéroglyphique des » Égyptiens , on voit que les signes qui formaient » cette écriture étaient :

» i°. Des caractères phonétiques reconnus par » MM. Young et Champollion.

» 2 °. Des signes représentant les initiales des » mots, que j’appelle acrologiques .

» 3°. De 'Véritables images , qui signifiaient ce » qu’elles représentaient, vraisemblablement en » très-petit nombre.

» 4°. Des hiéroglyphes symboliques , classe en- » core peu connue.

» 5°. Des anaglyphes , que nous espérons de » connaître plus particulièrement par les recher- » ches deM. de Goulianoff. »

. M. Champollion a dû voir qu’avec les auteurs anciens , j’admettais des caractères symboliques et idéographiques parmi les hiéroglyphes ; le critique a donc tort de changer le sens de mes paroles : et que me répondrait-il si je lui faisais observer que les caractères phonétiques n’étant mentionnés par

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