‹ Seconde lettre sur les Hiéroglyphes adressée à M. de SChapitre 2 sur 5 · IO · texte numérisé non relu

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aucun auteur de l'antiquité, ce silence serait une raison d’en révoquer en doute l’existence? Un semblable raisonnement manquerait de justesse tout comme le sien.

M. Champollion , se croyant en droit de rejeter tout-à-fait la découverte des hiéroglyphes acrologiques, s’efforce de combattre ce que j’ai rapporté pour la prouver. Il dit à cette occasion :

« Une telle illusion ne peut avoir pour cause » directe qu’une connaissance très-superficielle de » la langue cophte, et l’on comprend que M. Klap- » roth , livré spécialement à l’étude des langues » asiatiques , n’ait point été fort difficile sur les » applications de M . de Goul ianoff; mais c’étai tune » obligation indispensable pour celui-ci, l’auteur » de ce nouveau système , que d’étudier le cophte » avec plus' de soin , et de ne point s’exposer, dans « le but de renverser ou de modifier des doctrines » qui reposent sur des faits avérés , à présenter des » suppositions dénuées de fondement , en les ap- » puyant sur des citations de mots qui ne prouvent » rien , puisque , parmi ces mots , les uns n’ont » jamais été connus des Égyptiens, d’autres ont » une signification différente de celle qu’on leur » attribue; un grand nombre enfin, cités en té- » moignage, ne démontrent autre chose, sinon » que l’auteur du système ne connaît même pas » les premiers élémens de la grammaire cophte ou » égyptienne.

» Ce jugement, poursuit M. Champollion, peut » paraître sévère : aussi nous hâterons -nous de

» 1 établir sur des preuves matérielles , en mon- « trant que la plus grande partie des applications » des idées de M. de Goulianoff au livre d’Hora- » pollon n’ont aucun résultat raisonnable. »

Cet exposé est suivi de vingt-quatre chefs d’accusation , que je vais examiner et réfuter l’un après l’autre , en démontrant non-seulement leur nullité , mais en faisant en même temps connaître les méprises graves commises à cette occasion par M. Champollion le jeune.

J’avais dit , à la page 6 de ma Lettre : « Que >> pour désigner un homme vil et pernicieux , on » peignait un porc , rire n langue cophte, et que » Yhomme abject y était nommé rodji. »

M. Champollion remarque :

« On a voulu dire rodjp, qui ne signifie point » abject , mais simplement abandonné , délaissé 3 » comme les brebis de l’Évangile. (Saint Mathieu, » IX, 36, de la version cophte.) »

Poüs rodj ou paîüsn rodjp signifie en cophte être rejeté , abjici, et représente dans la version de la Bible le mot grec tppifiptvoi, dérivé de ra>, je jette, je lance avec force; j’ai donc très-bien traduit rodji par un homme abject ou rejeté , et M. Champollion, avant d’écrire sa note, aurait hien fait de consulter son helléniste sur la signification du mot grec p 'rrreaS-cu, que Lacroze donne comme synonyme de rodjp.

« Un lièvre, en cophte saradjôf (i), avais-je » dit, représentait ce qui est ouvert, et sbé, en » cophte, veut dire ouverture , porte. »

M. Champollion remarque :

« En cophte, l’idée d’ouvrir s’exprime par » oxjon, et porte par ro. Le mot sbé n’indique, au » contraire, qu’une portion de la fermeture d une » porte. (Voy. Catalog. manuscr. Muscei Bor- » giani, pag. 352.) »

Dans la Scala magna, page 269 de l’édition de Kircher , le mot c&E sbé est rendu par l’arabe *>!# bâb, qui est le terme le plus usité pour porte. Un autre dictionnaire manuscrit (2), queM.Champol-

(1) Ce mot s’écrit en cophte Ci>p2>-2£CIiq saradjôf. Voyez Scala magna. (Mss. copht. 5 o de la Bibl. , fol. 99, recto, col. 2, et* Mss. de M. Marcel, fol. g 5 , verso, col. 2. ) M. Champollion a imprimé gakadjôf , vraisemblablement pour insinuer qu’on ne pouvait comparer son initiale avec celle de sbe , porte; mais personne n’est dupe d’un artifice aussi palpable. 11 est filcheux d’être obligé de remarquer que M. Champollion , dans tous ses ouvrages , altère trop souvent les mots cophtes , selon ses convenances.

(2) Vocabulaire cophto-arabe, précédé d’une préface, qui est un abrégé de grammaire cophte. La première partie de ce Vocabulaire contient l’interprétation des mots les plus difficiles , sans autre ordre que celui des livres de l’Écritnre, des liturgies, des théotokies, etc. , d’où ces mots sont tirés. Cette collection de mots est suivie d’un vocabulaire rangé par ordre de matières et partagé en chapitres : il commence au feuillet 119. On trouve à la fin du volume une liste de mots hébreux et grecs, extraits de l’Écriture et accompagnes de leur signification en cophte et en arabe. Les six premiers feuillets et celui numéroté 229 manquent.

Ce Vocabulaire fut terminé le 12 du mois Barmoudeh de l’an io 34 do l’ère des martyrs, c’est-à-dire le 7 avril de l’an 1 3 1 S de J.-C.

lion cite souvent (N°. XVII , Supplément du fonds St.-Germain de la Bibliothèque du Roi , fol. 14.1 , recto), explique également c&E par Za porte.

Lacroze (page 89) traduit c&E sbé par 9 -ufei, ostium , janua , et Notre-Seigneur dit (Saint Jean, X, 9, version cophte) : «hokïtctu c&e srrEmÈcu.TO'it Anok pe pi-SBE entenïesôou, « Je suis la porte » des brebis. » M. Champollion suppose donc que notre divin Législateur aura voulu dire : « Je suis » une portion de la fermeture de la porte des » brebis? »

Poursuivons et voyons ce que le critique dit sur le passage suivant de ma Lettre :

« Un homme sans bile est désigné par une co- »' lombe a dos élevé. Colombe ^ en cophte , se dit » shrompi (1) , et chachi exprime la bile. »

Toute la réfutation deM. Champollion est contenue dans ce peu de mots :

« Le mot scHAspm désigne le fiel. »

M. Champollion aurait-il oublié le français depuis tant d’années qu’il s’occupe de recherches sur

(1) Dans la citation de M. Champollion règne la même mauvaise foi que je viens de signaler à l'occasion de saradjôf ; car il imprime ■ghrompi pour shrompi. Je sais bien que dans son Précis du système hiéroglyhique , page 60 , il prétend avoir découvert que le 6" cophte devait se prononcer comme un J hébreu; mais cette assertion n’est nullement démontrée, et est d’ailleurs insoutenable. Le & n’est qu’une forme de sigma grec , qui sert à désigner un s aspiré. La chose est de toute évidence. * . ■

les hiéroglyphes , ou bien aurait-il laissé son Dictionnaire de l Académie dans le Musée de Turin?

Tous les Dictionnaires donnent fiel et bile comme des synonymes. D’ailleurs, M. Champollion ayant un helléniste à sa disposition , je suppose qu’il doit avoir aussi son latiniste , et je l’engage à s’adresser à celui-ci pour apprendre la signification de fel et de bilis , mots desquels et bile sont formés en français. Il verra alors qu’on pourrait également dire : « La découverte des hié— roglyphes acrologiques a échauffé la bile de telle ou telle personne, ou elle a ému son fiel. »

« Une femme faisant une fausse couche, ai-je » dit, fut représentée par une cavale foulant aux » pieds un loup : oukhé, en cophte , est fausse » couche, et le loup ouonch. Le nom de la cavale » en égyptien est inconnu. »

Voici ce que M. Champollion croit devoir objecter :

« La vraie forme antique de oukhé est le thé- » bain houhé , qui commence par un h , et le nom » hiéroglyphique phonétique de la cavale est » SeMSeM ou SeMSoM, qui commence par » un S. »

Quant à la plus grande antiquité de la forme' houhé au lieu de oukhé , il aurait été à désirer que M. Champollion eût daigné accompagner son assertion de quelque preuve j car si ses simples discours peuvent suffire pour convaincre les brillantes

sociétés qu’il endoctrine et les bénévoles lecteurs de son Bulletin, il n’en est pas de même des personnes qui s’occupent sérieusement d’études archéologiques et philologiques (i). La même observation s’applique au mot SeMSeM, qui me paraît de la fabrique de M. Champollion ; j’invite donc ce savant à le montrer dans un texte cophte quelconque. Avant que M. Champollion pût faire croire qu’il est en état d’enrichir le lexique égyptien par ses découvertes hiéroglyphiques, il faudrait qu’il démontrât la justesse de ces découvertes, en les soumettant sans réserve à l’épreuve d’une saine critique.

Page 7 de ma Lettre, on lit : « Un homme » impudent, ou qui regardait avec vitesse ( et non pas, comme M. Champollion cite avec peu d’exactitude, un homme impudent ou qui voit vite ) , « était exprimé par une grenouille : vi- » tesse en cophte est kholem, et grenouille khrour. » Il paraît que jeter avec vitesse des regards sur » quelqu’un était, chez les Égyptiens, un signe » d’impudence. »

(j) 11 est possible que M. Champollion ait quelque intérêt systématique à soutenir la grande antiquité du dialecte thébain ou sahidique, ou son antériorité sur le memphi tique; mais les personnes habituées à suivre et à analyser les progrès et les altérations des idiomes , et livrées à l’étude comparative des langues , n’ont aucune peine à reconnaître dans les formes du dialecte thébain tous les caractères d’un langage évidemment altéré , et qui ne doit en aucune façon être considéré comme type primitif de la langue égyptienne.

( iG ) '

Remarque de M. Champollion :

« Le mot cophte , qui signifie impudent , est » djarbal, mot rendant exactement Opawm o%w, » l’idée d’Horapollon , qui avait constamment ce » mot en vue ( notez qu’il n’en parle que dans une » seule ligne),- car il signifie celui qui a l’œil » aigu ou pointu. »

OÇùç, en grec, signifie également vite et aigu , comme le substantif ’oÇvtyiç, qui en est dérivé, désigne la vitesse de T action et le tranchant, la pointe. La citation do. djarbal ne peut donc infirmer en rien mon explication du passage d’Horapollon. Je laisse à d’autres le soin de décider si l’expression d'œil aigu ou pointu de M. Champollion est française. Je n’ai pas la prétention de m’ériger en censeur pour ce qui concerne le français; mais il me semble que les raisons de M. Champollion ne pourraient que gagner, s’il en confiait la rédaction à des plumes un peu plus exercées que la sienne.

Pour donner une idée de l’absurdité qu’on retrouve dans presque toutes les interprétations données par Horapollon (qui cependant est, suivant M. Champollion , l’auteur par excellence pour l’explication des hiéroglyphes) , je transcris ici celle dont il est question (II, toi); elle peut faire juger du reste de son livre.

JÏv&furtov avai^n, xet) x.a.Tet rw ofxcnv S-éAovreç S'nAuxTa.i , {&!tT foC/ou yfcitpHtriv. «toj yàf auua. *'x. *%«, « fin tv fxovoiç to7ç cfâa.AfAott;. tb ç S't tx.ûaifMi tXovTctç, àvau- «fé?ç xaÀ« otV, cTio xa) b UontTtlç • OhoÇaftç, xuyoç 'bfifxax'

iX m i xfctMw cT’eA âipoio. «Voulant indiquer un homme » impudent et qui regarde avec vitesse, ils peignent » une grenouille, parce que celle-ci n’a du sang » que dans les yeux : or on appelle impudens ceux » qui ont du sang dans l’œil, ainsi que le dit le » poète : « Ivrogne à l’œil de chien , au cœur » de cerf. »

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