‹ Seconde patrieChapitre 2 sur 13 · PATRIE · texte numérisé non relu

PATRIE

embrassant Betsie, tu m'as compris!... Oui!... ce serait presque de l'ingratitude envers la Providence que d'abandonner notre Nouvelle- Suisse!... Mais il ne s'agit pas de nous seulement... Nos enfants...

— Nos enfants?... répondit Betsie. Qu'ils tiennent à retourner dans leur patrie, je le comprends... Ils sont jeunes... ils ont l'avenir pour eux... et bien que leur absence doive nous causer un gros chagrin, il convient de les laisser libres...

— Tu as raison, Betsie, et là-dessus je pense comme toi...

— Que nos fils s'embarquent sur la Licorne, mon ami... S'ils partent, ils reviendront...

— Et puis, songeons à Jenny, dit M. Zermatt.

Nous ne pouvons oublier que son père, le colonel Montrose, est de retour en Angleterre depuis deux ans... que depuis deux ans il la pleure. . . Ce n'est que trop naturel qu'elle veuille revoir son père...

— Et ce ne sera pas sans en éprouver grande tristesse que nous verrons partir celle qui est devenue notre fille... répondit Betsie. Fritz a pour elle une affection profonde... affection qui est partagée!... Mais nous ne pouvons disposer de Jenny. »

M. et M"™ Zermatt causèrent longuement de toutes ç<'s choses. Ils comprenaient bien les conséquences qu'entraînait le changement survenu dans leur situation, et le sommeil ne leur

vint qu'à une heure très avancée de la nuit.

Le lendemain, — après avoir quitté la baie, doublé le cap de l'Est et donné dans la baie du Salut, la pinasse débarquait le lieutenant Littlestone, deux de ses officiers, la famille Zermatl

et la famille Wolston à l'embouchure du ruisseau des Chacals.

Les Anglais éprouvèrent le même sentiment d'admiration et de surprise qu'avait éprouvé Jenny Montrose, en visitant pour la première fois Felsenheim. M. Zermatt reçut ses hôtes Idàns l'habitation d'hiver, en attendant qu'il leur fit visiter le château do Falkenhorst, la villa de

Prospect-Hill, les métairies do Waldeg-g et de

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Zuckertop, et l'ermitage d'Eberfurt. Le lieutenant Littlestone et ses officiers ne pourraient qu'admirer la prospérité de cette Terre-Promise due au courage, à l'intelligence, à la commune entente d'une famille de naufragés pendant onze ans d'abandon sur cette île ?. Aussi, à la fin du repas qui leur fut servi dans la grande salle tle Felsenheim, ne manquèrent-ils pas de boire en l'honneur des colons de la Nouvelle- Suisse.

Pendant cette journée, M. Wolston, sa femme et ses deux filles eurent l'occasion de se lier plus intimement avec M. et M me Zermatt. Qu'on ne s'étonne donc pas si, le soir venu, avant de se séparer, M. Wolston, auquel son état de santé imposait un séjour de quelques semaines à terre, prit la parole et dit :

a Monsieur Zermatt, m'autorisez-vous à parler en toute coniiance et toute sincérité?... \

— Assurément... j — ■ L'existence que vous menez sur cette île

ne pourrait que me plaire, dit M. Wolston... Il me semble que je me sens déjà mieux au milieu de cette belle nat ure , et je m'estimerais heureux de vivre dans un coin de votre Terre-Promise, si, toutefois, vous vouliez y donner votre consentement...

— N'en doutez pas, monsieur Wolston ! répondit avec empressement M. Zermatt. Ma femme et moi, nous serons enchantés de vous admettre dans notre petite colonie, de vous y

faire votre part de bonheur... D'ailleurs, en ce qui nous concerne tous les deux, nous avons pris la résolution de finir nos jours sur la Nouvelle-Suisse, qui est devenue notre seconde patrie, et notre intention est de ne jamais la quitter. . .

— Ilurrah pour la Nouvelle- Suisse !.,. »

s'écrièrent joyeusement les convives.

Et ils vidèrent en son honneur leurs verres remplis de ce vin des Canaries que M" l<; Zermatt substituait au vin indigène dans les grandes occasions.

« Et vivent ceux qui veulent y demeurer quand même!... » ajoutèrent Ernest et Jack.

Fritz n'avait pas prononce une parole, Jenny se taisait et baissait la tête.

Puis, lorsque les visiteurs furent partis dans le grand canot de la Licorne qui était venu les prendre, lorsque Fritz se trouva seul avec sa mère, il l'embrassa sans oser parler.

En la voyant si affectée à la pensée que son fils aîné songeait à partir :

« Non... mère..., s'écria-t-il en s'agenouillant devant elle, non!... je ne m'en irai pas!... »

Et Jenny, qui les rejoignit alors, de répéter en se jetant dans les bras de M mo Zermatt :

« Pardon.., pardon... si je vais vous faire do la peine... moi qui vous aime comme ma mère!... Mais... là-bas... mon père... m T est-il permis d'hésiter?... »

M mc Zermatt et Jenny restèrent ensemble. Et.

lorsque leur conversation eut pris fin, il sembla que Betsie tût presque résignée à une séparation.

M. Zermatt et Fritz rentrèrent en ce moment, et Jenny, s' adressant à M. Zermatt :

« Mon père, dit-elle, — c'était la première fois qu'elle lui donnait ce nom, — ■ bénissez-moi^ comme ma mère vient de me bénir!... Laissezmoi... laissez-nous partir pour l'Europe!... Vos enfants vous reviendront, et ne craignez pas que rien puisse jamais les séparer de vous!... Le colonel Montrosc est un homme de cœur, qui voudra payer la dette de sa fille!... Que Fritz vienne le trouver en Angleterre!... Conliex-nous l'un à l'autre !... Votre fils vous répond de moi comme je vous réponds de lui!... »

Finalement, voici ce qui lut convenu après approbation du commandant de la Licorne. Le débarquement de la familleWolston allait laisser des places libres à bord de la corvette. Fritz, François et Jenny s'y embarqueraient en compagnie de Doll.'la plus jeune des demoiselles Wolston. Elle irait rejoindre à Capetown son frère qu'elle ramènerait à la Nouvelle-Suisse avec- sa femme et son enfant. Quant à Ernest et Jack, ils entendaient ne point quitter leurs parents . I

En ce qui concerne le lieutenant Littlestone, la mission dont il avait été chargé était remplie, d'abord parce qu'il avait retrouvé Jenny Montrose, seule survivante des passagers de la

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Dorcas, ensuite parce que cette île de la Nouvelle-Suisse offrait un excellent point de relâche dans l'océan Indien. Or, comme M. Zermatt, qui la possédait en sa qualité de premier occupant, désirait l'offrir à la Grande-Rretague, le lieutenant Littlcstonc promit de mener à bien cette affaire et de rapporter l'acceptation du gouvernement britannique.

! Il était donc à supposer que la Licorne reviendrait en prendre possession. Elle y reconduirait Fritz, François, Jenny Montrose, puis embarquerait, à Capetown, James Wolston v sa sœur Doll, sa femme et son enfant. En ce qui concerne Fritz, il se munirait, d'accord avec M. et M rae Zermatt, des papiers nécessaires pour son mariage, — mariage que le colonel Montrose serait heureux d'approuver, — et on ne doutait même pas qu'il ne voulût accompagner les jeunes époux à la Nouvelle-Suisse.

Oui, tout cela était convenu. Mais, enfin, ce ne serait pas sans un brisement de cœur, que les membres de la famille Zermatt se sépareraient pour quelque temps. 11 est vrai, au retour de Fritz, de François, de Jenny, de son père, et peut-être de quelques colons qui auraient demandé à les suivre, il n'y aurait que du bonheur à attendre, — un bonheur que rien ne troublerait plus, et quel, avenir de prospérité pour la colonie !

On s'occupa aussitôt du départ. Quelques jours encore, et la Licorne serait prête à sortir

de cette baie du littoral est à laquelle fut donne son nom. Des que le gréement aurait été remis en place, la corvette reprendrait la mer et se dirigerait vers le cap de Bonne-Espérance.

On ne s'étonnera pas que Jenny voulût emporter ou plutôt apporter au colonel Montrose les quelques objets qu'elle avait fabriqués de ses propres mains sur la Roche-Fumante. Chacun d'eux ne lui rappelait-il pas cette existence si courageusement supportée pendant plus de deux ans de solitude!... Aussi Fritz se chargeat-il de ces objets sur lesquels il veillerait comme sur un trésor. i

M. Zermatt confia à ses deux (ils tout ce qui offrait une valeur marchande et pouvait être converti en argent sur les marchés de l'Angleterre, les perles recueillies en quantité et qui produiraient une somme considérable, le corail péché le long des îlots de la baie des Nautiles, les noix muscades, les gousses de vanille donl on remplit plusieurs sacs. Avec l'argent de la vente de ces divers produits, Fritz achèterait le matériel nécessaire à la colonie, — matériel qui serait embarqué sur le premier navire où les futurs colons prendraient passage avec leur pacotille. En effet, cela constituerait une cargaison assez importante pour exiger un bâtiment de plusieurs centaines de tonneaux. s

D'autre part, M. Zermatt fit certains échanges avec le lieutenant Littlestone. Il se procura ainsi plusieurs fûts d'eau-de-vie et de vin, des

vêtements, du linge, des munitions, une douzaine de barils de poudre, de balles, de plomb et de boulets. Puisque la Nouvelle-Suisse suffisait aux besoins de ses habitants, il importait surtout d'assurer le service des armes à feu. Il le fallait, non seulement pour la chasse, mais aussi en vue de la défensive, dans le cas, très improbable d'ailleurs, où les colons seraient attaqués par des pirates ou même par des indigènes, si quelques tribus occupaient la partie non reconnue au delà des montagnes du sud.

En même temps, le commandant de la Licorne se chargea de remettre, aux familles des passagers qui avaient péri. les valeurs et les bijoux recueillis à bord du Landlord. 11 s'agissait là de plusieurs milliers de piastres, colliers, bagues, montres d'or et d'argent, tout un stock de ces précieuses inutilités du luxe européen. Indépendamment de leur prix vénal, ces objets devaient avoir celui du souvenir pour les parents des naufragés... Quant au journal de sa vie que M, Zermatt avait tenu chaque jour au courant, Fritz devait le publier en Angleterre, afin d'assurer la place à laquelle avait droit la I Nouvelle-Suisse dans la nomenclature géogra- ! phique 1 .

Ces préparatifs furent achevés la veille du départ. Toutes les heures que ses travaux lui

. C'est ce journal qui a paru sous le titre du Robinsov Suisse.

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laissaient, le lieutenant Littlestone les avai passées dans l'intimité de la famille Zermatt. On espérait bien que dans moins d'un an, après avoir relâché au Cap, après avoir reçu à Londres les ordres de l'Amirauté relativement à la colo nie, il reviendrait prendre possession officielle de celle-ci au nom de la Grande-Bretagne. Au retour de la Licorne, la famille Zermatt serai à jamais réunie. . I

Enfin arriva le 19 octobre.

Dès la veille, la corvette, qui avait quitté la Bi baie de la Licorne, était venue jeter l'ancre à h une encablure de l'îlot du Requin.

Triste journée pour M. et M mu Zermatt, pour s Ernest et Jack, desquels Fritz, François et û Jean y allaient se séparer le lendemain, comme elle le fut pour M. et M me \Volston, puisque leu fille Doll partait aussi. Il n'aurait pas fallu d® mander à tous ces braves cœurs une fermet au-dessus de leurs forces, et comment au raient-ils pu retenir leurs larmes?...

M. Zermatt essaya de dissimuler son atten drissement, mais il n'y réussit guère. Quant Betsic et àJenny, elles pleurèrent dans les bra Tune de l'autre, — larmes de mère et de fille.

Au petit jour, la chaloupe conduisit les pas« sag'ers à Fi lot du Requin. M. et M""' Zermatt, Ernest et Jack, M. et M m,t Wolston et leur fille aînée les accompagnaient.

Ce fut là. sur cet îlot, à l'entrée de la baie du Salut, que s'échangèrent les derniers adieux,

tandis que la chaloupe ralliait la corvette avec les bagages. On s'embrassa, on se serra dans une longue étreinte. Il ne pouvait être question do s'écrire, puisqu'aucun moyen de correspondance n'existait entre l'Angleterre et la Nouvelle-Suisse. Non! on ne parla que de se revoir, de revenir le plus vite possible, de reprendre la vie commune...

Puis le grand canot de la Licorne embarqua llenny Montrose, Doll Wolston confiée à ses «oins, Fritz et François, et il les conduisit à tbord.

I* Une demi -heure après, la Licorne levait l'ancre, et, par une belle brise de nord-est, tout dessus, elle se dirigeait vers la haute mer, après avoir salué de trois coups de canon le pavillon Je la Nouvelle-Suisse.

A ces trois coups répondirent ceux de la batterie de l'îlot du Requin, tirés par Ernest et

i lack.

f Une heure plus tard, les hautes voiles de la sorvette avaient disparu derrière les dernières roches du cap de l'Espoir-Trompé.

Dix ans en arrière. — Les premières installations de la famille Zermatt sur la Nouvelle-Suisse. — Principaux incidents contenus dans le journal df M. Zermatt. — Fin

de la dixième année. 1

Voici le résumé des dix premières années que les naufragés du Lnnrtlnrtl avaient passées dans la Nouvelle-Suisse et qu'il convient de faire connaître au lecteur. I

Le 7 octobre de l'année 1803, une famille était jetée sur une terre inconnue située dans l'est de l'océan Indien. j

Le chef de cette famille, d'origine suisse, se nommait Jean Zermatt, sa femme se nommait Betsie. Le premier était âgé de trente-cinq ans, la seconde de trente-trois. Ils avaient quatre enfants, quatre fils, suivant cet ordre de naissance, — Fritz, quinze ans, Ernest, douze ans, Jack, dix ans, François, six ans.

C'est au septième jour d'une effroyable tem-

pête que le Landlord, sur lequel avait embarqué VI. Zermatt, s'était écarté de sa route au milieu le cette vaste mer. Vraisemblablement poussé vers le sud, plus que ne comportait sa route, i)ien au delà de Batavia, son port de destination, 1 vint s'échouer sur un amas de roches, à deux ieues environ de la côte.

M. Zermatt était un homme intelligent et instruit, Betsie une femme courageuse et dévouée. Leurs enfants présentaient des dissemblances do caractère: Fritz, intrépide et adroit. Srnest, le plus sérieux et le plus studieux des [uatre, mais un peu personnel, Jack, très irréléchi et très espiègle, François, presque encore m baby. C'était, en somme, une famille très mie, capable de se tirer d'affaire même dans ses terribles circonstances où la mauvaise forune venait de la précipiter. D'ailleurs un probnd sentiment religieux les animait tous. Ils >osséd aient cette foi simple et sincère du chréien qui ne discute pas les enseignements de 'Eglise, et dont aucune doctrine ne peut trouver les croyances.

Pour quelle raison M. Zermatt, ayant réalisé es quelques biens de la famille, avait-il quitté e canton d'Appenzell, son pays natal? C'est que son intention était de se fixer dans Tune de ces possessions hollandaises d'outre-mer, alors en oléine prospérité, et si généreuses aux hommes l'action et de travail. Or, après une heureuse •.avigation à travers l'Atlantique et la mer des

Indes, le navire qui le transportait venait des perdre. Seuls de tout l'équipage du Landloim et de ses passagers, sa femme, ses enfants e lui avaient survécu au naufrage. Mais il fu nécessaire d'abandonner sans retard le bâtimen entragé entre les roches de recueil. Sa coquj déchirée, ses mats abattus, sa quille brisée exposé aux lames du large, le prochain coup d« vent achèverait de le démolir et en disperserais les débris.

En réunissant une demi-douzaine de cuv au moyen de cordes et de planches, M. Zermat aidé de ses fils, parvint à former une sort d'embarcation dans laquelle tout son monde prit place avant la fin du jour. La mer était) calme, à peine gonflée d une lente houle, et lal marée montante portait au littoral. Lorsqu'il eut laissé un long promontoire sur tribord, l'appareil flottant accosta une petite anse où se déversait un ruisseau. I

En môme temps (pic les divers objets emportés du bord furent mis à terre, on dressa une tent en cet endroit qui reçut plus tard le nom d Zeltheim. Peu à poule campement se compléta avec la cargaison que M. Zermatt et ses enfants allèrent, les jours suivants, retirer de la cale du Landloni, ustensiles, mobilier, literie, viandes conservées, graines, plants, armes de chasse, fûts de vins et de liqueurs, caisses de biscuits, de fromages, de jambons, vêtements, linge, enfin tout ce que contenait ce navire de quatre

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ents tonneaux affrété pour les besoins d'une olonie nouvelle.

De plus, le gibier de poil et de plume pullulait ur cette côte. On voyait passer en bandes, goutis, sorte de lièvres à tête de porc, ondulés, espèce de rats musqués, buffles, canards, lamants, outardes, coqs de bruyère, pécaris, ntilopes. Dans les eaux d'une baie, qui s'arronissait au delà de la crique, abondaient saumons, sturgeons, harengs, vingt autres espèces de oissons, des mollusques, moules, huîtres, des rustacés, homards, langoustes et crabes. Sur i campagne environnante, qui produisait le lanioc, les patates, poussaient cotonniers, cootiers, manglicrs, palmiers et autres essences e la zone tropicale.

, Ainsi, sur cette terre dont ils ignoraient le isement, l'existence semblait être assurée à es naufrages.

I II convient d'ajouter qu'un certain nombre ('animaux domestiques purent être successiveîent débarqués à Zeltheim, — Turc, un dogue nglais, Bill, une chienne danoise, deux chèvres, x brebis, une truie pleine, un âne, une vache, mte une basse-cour, coqs, poules, dindons, ;es, pigeons, qui s'acclimatèrent à la surface es mares, des marais et des prairies voisines s la côte.

Les derniers voyages au navire le vidèrenl îtièrement de ce qu'il contenait de précieux i d'utilisable. Plusieurs caronades de quatre

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lurent débarquées pour la défense du campement, ainsi qu'une pinasse, léger bâtimen dont les pièces numérotées purent être assemblées sans trop de peine, et auquel l'ut donn le nom d' Elisabeth en rbonneur de Bctsie M. Zermatt disposait alors d'une embarcation gréée en brigantin, jaugeant une quinzaine de tonneaux, avec poupe carrée et tillac à l'ar-S rière. Donc toute facilité pour reconnaître les parages vers Test ou vers l'ouest, doubler les! promontoires voisins, l'un qui se détachait vers le nord en pointe aiguë, et l'autre qui s'allongeait à l'opposé de Zeltheim,

L'embouchure du rio était encadrée de hautes roches qui en rendaient l'accès assez difficile et il serait aisé de s'y défendre, du moins contr< les fauves. Mais une question se posait : M. Zermatt et les siens avaient-ils accosté le littorall. d'une ile ou d'un continent que baignaient les i eaux de la mer des Indes?... Voici les seuls ren- ( seignements que fournissaient à cet égard les 1 relèvements obtenus avant le naufrage par le I commandant du l^andlord :

Le bâtiment s'approchait de Batavia, lorsqu'il fut assailli par une tempête, qui dura six jours, et le rejeta hors de sa route vers le sud-est. La veille, le capitaine avait établi le point comme suit: 13 w 40' de latitude méridionale, et 1 1 4° 5' de longitude à l'est de l'île de Fer ( Canaries). Comme le vent avait constamment soufflé du nord, il était admissible que la longitude n'eût

as sensiblement varié. Or, en maintenant le éridien au cent-quatorzième degré environ, |. Zermatt parvint à déduire d'une observation ie latitude, faite avec le sextant, que le Landord devait avoir dérivé de six degrés à peu rès vers le sud, et que la côte de Zeltheim pouait être comprise entre le dix-neuvième et le ingtième parallèle 1 .

Donc, cette terre devait être, en chiffres ronds, trois cents lieues marines dans l'ouest de 'Australie ou Nouvelle-Hollande. Aussi, bien u'il fût en possession de la pinasse, M. Zeraatt, quelque désir qu'il eût de se rapatrier, ne e serait-il jamais décidé à exposer sa famille ur cette frêle embarcation aux violences des yclones et des tornades, si fréquents en ces rages.

i Dans les conditions où ils se trouvaient, les laufragés ne pouvaient attendre de secours lue de la Providence. A cette époque, les na- 'res à voile ne traversaient guère cette portion e l'océan Indien lorsqu'ils se dirigeaient vers s colonies hollandaises. L'ouest de l'Australie, resque inconnu alors, d'atterrissage très diffiile, n'avait d'importance ni géographique ni ommerciale.

Au début, la famille se contenta de vivre sous tente de Zeltheim, près de la rive droite du ours d'eau, qui reçut le nom de ruisseau des

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