‹ Secours agricole aux alliésChapitre 4 sur 12 · LA TÂCHE DE LA MARINE · texte numérisé non relu

LA TÂCHE DE LA MARINE

J'ai traversé l'Atlantique en août dernier sur l'un des transports de troupes escorté par des convois. Comme nous sortions du port d'Halifax, un croiseur portant un amiral nous dépassa. La fanfare du navire de guerre se mit à jouer "O Canada"; nos hommes entonnèrent le chœur. Puis nos fanfares reprirent le "Rule Britannia". Ces chants exprimaient bien les sentiments que les hommes de l'armée et de la marine éprouvent les uns pour les autres et pour les foyers et la civilisation qu'ils défendent et qu'ils gardent. Je n'ai jamais voyagé en compagnie d'hommes plus sains et plus heureux. Ils n'ignoraient pas les dangers ni le but de leur mission, et ils ne cherchaient pas à se faire illusion; tous semblaient animés, on pourrait même dire transfigurés par la résolution de faire leur part jusqu'au bout.

À deux jours de marche du port vers lequel nous nous dirigions, on me dit: "À midi, demain, les contre-torpilleurs viendront à notre rencontre, alors chaque vaisseau prendra sa voie, escorté de son convoi spécial." À onze heures et demi l'horizon était encore clair. À midi moins vingt-cinq, des taches de fumée parurent sur la mer, ces taches devinrent de longs rubans, puis je vis des contretorpilleurs venir à toute vitesse sur nous. Notre navire n'allait qu'aux trois quarts de sa vitesse habituelle pour garder le pas avec le navire le plus lent. À midi précis, le gong qui était sur le deuxième pont résonna, l'indicateur marqua "en avant, à toute vitesse," et nous partîmes escortés d'un contre-torpilleur sautillant devant nous, à nos côtés et autour de nous, comme un chien de garde impuissant à maîtriser sa fougue. Représentez-vous ce vaste océan, cette immensité d'eau, ces distances illimitées, ces centaines de navires se rendant aux îles britanniques ou qui en venaient, les devoirs innombrables de la marine, et réfléchissez à cette phrase, "À midi demain", et à midi précis l'engagement était tenu. Un officier de la marine fut surpris de ce que je manifestais mon étonnement. C'est ainsi que la marine fait son travail, chaque jour des trois cent soixante-cinq jours de l'année.

Dès que l'on quitte Folkestone, Angleterre, pour traverser la Manche et se rendre à Boulogne, en France, on voit, par des preuves de plus en plus nombreuses, que toute une nation est en guerre. Il serait impossible, sans la maîtrise des mers par la marine invisible aussi bien que par la marine visible, de maintenir le prodigieux trafic avec la France. Il se transporte certainement aujourd'hui, à travers la Manche, vingt fois plus d'hommes et de matériel qu'il ne s'en transportait autrefois en temps de paix, et ce trafic se fait sûrement, rapidement, confortablement, à part le léger inconvénient d'un peu d'entassement sur les navires. Je salue le silence d'or et le service éloquent de la marine visible et invisible, mais toujours invincible.

l'armée britannique.

J'avais beaucoup lu sur les exploits de l'armée britannique en France. J'avais lu, avec une certaine réserve, ce que l'on disait de son ardeur, de son

courage inébranlable, et, plus tard, de la perfection de ses équipements. Je n'ai plus maintenant aucune réserve. Toutes les descriptions que j'avais lues étaient bien au dessous de ce que je voyais et de ce que j'éprouvais. Près du front, je vis des Australiens, des Néo-Zélandais, la cavalerie indienne avec des régiments de l'armée de Kitchener venant d'Angleterre, d'Ecosse, d'Irlande et du pays de Galles. Je vis des Canadiens marchant vers le front pour prendre part à la grande bataille de Courcelette. Je parlai avec quelques hommes d'une compagnie, j'en passai plusieurs autres, ce n'était pas l'occasion de faire de l'affectation ou de la pose. Je voudrais que le Canada pût voir l'air sérieux, confiant et heureux de ses fils qui se préparaient à cette heure d'épreuves. Nous ne pouvions que sourire à travers nos larmes, tandis que notre cœur battait plus vite d'orgueil en voyant le maintien, l'ardeur et le caractère de ces hommes.

Derrière les bords escarpés des tranchées du front, sur des milles et des milles de distance, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, on voyait des camps innombrables d'infanterie, de cavalerie et d'aéroplanes. Les chemins de la campagne regorgeaient de véhicules, comme les artères principales d'une grande ville. À tous les carrefours et à toutes les jonctions des chemins, des agents de police en soldats dirigaient le trafic. Je n'ai pas vu un seul arrêt de circulation et je n'ai pas été témoin d'une seule querelle.

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