LES ARMÉES DE LA FRANCE
Deux ans après la bataille de la Marne, par une belle journée de septembre, nous traversâmes le pays sur une distance d'environ 125 milles, au milieu même de la région qui avait été le théâtre du conflit. Pendant les cinq mémorables journées du 6 au 11 septembre 1914, sept grandes armées d'Allemagne, comptant plus de un million et demi d'hommes, se sont heurtées en une lutte désespérée contre sept armées de France et une petite armée anglaise. Les champs de bataille s'étendaient depuis l'Ourcq, au nord-ouest de Paris, en passant par le long de la vallée de la Marne, de l'ouest à l'est, à travers la Champagne jusqu'à la Meuse, au nord de Verdun, et à partir de la Meuse vers le sud, en dehors de Nancy, dans la direction de la Suisse. La ligne de feu avait environ 200 milles de long. Ce fut une gigantesque série de batailles. Les troupes allemandes avaient le nombre pour elles; elles se trouvaient dans la proportion d'environ trois à deux, mais les armées françaises et anglaises étaient composées de meilleurs soldats, et conduites par de meilleurs officiers. L'état major général de France, sous la direction de Joffre, dominait sur tous les poins l'état major général allemand. Après trois journées d'attaques et de contre-attaques désespérées, le grand conflit prit fin entre le 9 et le 11 septembre. La certitude de la victoire pour la France commença à se faire jour le 9 septembre, lorsque l'armée française du centre, commandée par Foch, défit Von Hausen. Deux jours auparavant, les 7 et 8 septembre, l'une des plus grandes armées allemandes sous le prince Rupprecht de Bavière, et en la présence immédiate de l'empereur d'Allemagne, avait perdu plus de cent cinquante mille hommes dans un vain effort de rompre la résistance de l'armée française sous Castelnau à la frontière est de Nancy. Les quatre plus nombreuses armées allemandes sous Von Hausen, Le Grand Duc de Wurtemberg, le Kronprintz d'Allemagne et le Kronprintz de Bavière furent définitivement vaincues. La retraite de trois de ces armées devint presqu'une déroute. À la suite de cette série de batailles, la plus grande de tous
les temps, les cinq armées allemandes durent se retirer sur des positions retranchées le long de l'Aisne et au nord de Verdun; elles n'ont jamais pu avancer depuis. Les avances récentes des Français à Verdun et des Anglais sur la Somme ne sont peut-être que le commencement de la grande poussée qui rejettera les armées allemandes, vaincues et démoralisées, hors de France et de Belgique. L'immensité de cette victoire remportée dans ces premiers jours, alors que l'Allemagne, après quarante années de préparation, était au zénith de sa puissance et de son orgueil et que les Alliés commençaient seulement à se préparer, nous aide à comprendre cette confiance inébranlable dans le succès final que partagent l'Angleterre et la France.
J'ai vu des milliers de soldats de l'armée française. C'étaient en général des hommes plus grands, plus forts, que les soldats anglais, à l'exception de nos troupes d'outre-mer et de quelques régiments du Royaume-Uni. Tous, officiers et simples soldats rayonnaient de confiance. J'ai vu de nombreux corps de troupes françaises venant de la vallée de l'Argonne et de Verdun passer, loin du front, une période de repos. Ils paraissaient aussi prêts, aussi confiants, quoique non aussi pimpants que nos gars canadiens en revue. Partout, le long de la vallée de la Marne, à Paris et sur la Somme, j'ai entendu et j'ai vu de nombreuses preuves de la cordialité sympathique qui existe entre Français et Anglais. En France et en Grande-Bretagne l'entente cordiale, qui n'était au début qu'une phrase politique, est devenue le symbole du dévouement national à une grande cause, entreprise en collaboration.