LE DÉVOUEMENT DE LA FRANCE
L'héroïsme des armées françaises en campagne n'est égalé que par le patriotisme des ouvriers français dans les fabriques et le dévouement des Françaises qui cultivent le sol et engrangent elles-mêmes les récoltes. D'autres femmes dans les fabriques de munition servent la France avec un zèle, une énergie et une endurance que tout l'or du monde ne pourrait acheter. Mais elles travaillent pour la France!
Au cours de notre voyage vers les régions dévastées, nous parcourûmes une bonne partie de la campagne de France non visitée par la guerre, mais d'où les jeunes gens étaient tous absents, car tous étaient à l'armée. Les fermes étaient encore bien cultivées, mais les mauvaises herbes y étaient plus nombreuses qu'autrefois. Nous vîmes des femmes, des enfants et des vieillards exécutant les travaux habituels de l'agriculture. C'étaient des femmes qui conduisaient les moissonneuses. C'étaient des femmes qui portaient sur des charrettes le grain des champs aux meules; c'étaient des femmes et des enfants qui construisaient ces meules, et ces meules paraissaient, du moins au point de vue de la forme, tout aussi bien construites qu'autrefois. Dans quelques cas, des soldats en bleu gris ou en khaki, prêtaient main forte. Nous vîmes aussi des prisonniers de guerre travaillant aux champs.
l'œuvre de reconstruction.
Ce qui reste de la population rurale a commencé l'œuvre de reconstruction. Il y a par exemple, à Sommeilles, de nombreuses cabanes temporaires d'environ
12 sur 24 pieds de grandeur. Devant l'une de ces cabanes, nous avons remarqué une faucheuse canadienne; c'était un des dons du comité anglais. Les ruines des murs de l'hôtel de ville rendent encore témoignage à la grandeur et à la beauté de cet édifice, mais aucune partie de ces murs ne pourrait être utilisée dans une structure nouvelle. En attendant, les résidents ont construit, au coût d'environ $1,250, un bâtiment très simple avec une chambre pour les affaires de la ville, deux chambres pour l'école et de petits appartements pour l'institutrice. Les femmes et les enfants vaquaient à leurs occupations habituelles, tirant résolument le meilleur parti possible des circonstances. Ils avaient perdu tous leurs biens, mais à en juger par leur apparence personnelle, leur fierté n'a fait que s'accroître. Je n'ai pas vu une seule femme ou un seul enfant qui ne fût proprement habillé.
Beaucoup de tristes endroits dans cette région rappellent les souvenirs des horribles exploits des Allemands, dans ces premiers jours d'arrogance et de brutalité sans bornes. Nous parlâmes à une jeune fille qui avait vu le maire et sa fille tirés d'une cave où ils s'étaient réfugiés, et fusillés. Les assassins avaient ensuite mutilé, en vue de tous, le corps de la jeune femme avec leurs armes.