OBSERVATIONS
MM. Hallion et Laboulais ont entrepris de compléter, par une étude systématique, les données acquises sur l’opothérapie duodénale réalisée par l’eukinase. Ils nous ont obligeamment communiqué la note suivante, ainsi que les observations cliniques reproduites plus loin :
« Nous avons administré de l’eukinase à des malades divers, atteints de constipation. Ces malades n’ont pas été préalablement choisis ; nous les avons pris au hasard ; il nous suffisait qu'ils fussent constipés, non pas, il est vrai, d’une façon légère, accidentelle et transitoire, mais d’une façon bien marquée, habituelle, permanente. Cette dernière condition, en effet, nous semble nécessaire pour que l’effet de la médication apparût avec une netteté suffisante.
« Presque tous ces sujets présentaient des troubles dyspeptiques, non pas seulement du côté de l'intestin, mais encore du côté de l'estomac, revêtant des modalités diverses.
«Nous avions soin de ne rien changer au régime alimentaire et de supprimer lavements et laxatifs,
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en même temps que nous prescrivions l’eukinase.
«Nos observations sont au nombre de 26. Dans 9 cas, les résultats sur la constipation furent nettement positifs. Dans 11 cas, les résultats firent défaut. Dans 2 cas, nous avons tout lieu de croire, sans en être absolument certains, qu'ils en fut de même. Enfin 4 des malades à qui nous avions prescrit l’eukinase ne furent pas revus.
«Supprimant ces dernières observations de notre statistique et rangeant les cas probablement négatifs avec les cas sûrement négatifs, nous concluons que les effets ont été nettement positifs dans 9 Cas sur 22.
« Dans aucun cas, positif ou négatif, nous n’avons noté d'effets fâcheux. Quelques sujets névropathes, dont l'estomac était peu tolérant ont accusé un peu de gêne épigastrique à la suite de l’ingestion des capsules.Jamais, toutefois, celte sensation ne fut bien pénible. L’eukinase granulée n’a rien produit de semblable, ce qui prouve bien que la sensation dont il s’agit était causée non point par le médicament lui-même, mais par son mode d’enrobement. C’est pourquoi, si l’on avait affaire à un gastropathe présentant à l'égard des pilules et capsules une intolérance marquée (ce qui doit être rare, puisque nous ne l’avons pas observé), il conviendrait de substituer le granulé aux capsules. En dehors de cette circonstance, les capsules plus sûrement inattaquées par le suc gastrique, nous ont paru préférables.
€ Etant donné que nos résultats se partagent nettement en deux séries distinctes : cas positifs et cas négatifs, ilest manifeste que la constipation reconnaissait, dans ces deux séries, une pathogtnie différente. Il est légitime de penser que, dans les cas positifs, lacause du symptôme résidait sinon exclusivement, du moins principalement dans une insuffisance quantitative ou qualitative de la sécrétion duodénale, puisque c’est en introduisant dans le duodénum le produit de sa sécrétion normale qu'on supprimerait la constipation. L’effet de la médication peut donc servir à établir un diagnostic dont l'importance ne saurait échapper à personne et dont la séméiologie actuelle de l’intestin ne fait pas même mention : le diagnostic d’insuflisance duodénale. L'importance colossale, peut-on dire, que la physiologie a reconnue à la muqueuse du duodénum, la spécificité absolue qu'elle lui assigne, imposent désormais au elinicien, ainsi que l’un de nous le disait avec M. Enriquez, la tâche de rechercher la part précise de cet organe dans les troubles dyspeptiques ; cette part doit être nécessairement très considérable et très distincte.
«Le procédé thérapeutique auquel nous avons eu recours, confirme par ses résultats, la justesse de ces considérations. Îl resterait à rechercher, par des explorations méthodiques, des groupements séméiologiques capables de trahir un état morbide du duodénum, avant même l'épreuve opothérapi-
que à laquelle nous eûmes recours. Nous devons dire que jusqu'à présent, en confrontant nos observations, nous ne voyons pas se dégager, de l’ensemble symptomatique, un signe où un syndrome attribuable en propre à la pathologie spéciale du duodénum. Mais c’est seulement au prix de recherches prolongées et minutieüses que l’on peut espérer de réaliser ce desideratum, et notre étude actuelle n’est encore qu’une ébauche.
« C’est dire qu’en présence d’un cas de constipation, nous ne saurions encore, d’après l’examen clinique préalable déterminer s’il y a ou non, insuffisance duodénale et si, par conséquent, l’opothérapie duodénale doit logiquement être suivie, ou non, de succès. Mais nous savons que cette médication sera, pour le moins, inoffensive : la pratique le démontre et la théorie le faisait prévoir. Nous savons d’autre part, que celte même médication est très souvent favorable, et que, dans cette dernière éventualité, elle nous est apparue bien préférable aux médications laxatives usuelles, en théorie comme en fait.
« De notre expérience, il ressort que l’eukinase demande en général à être employée à des doses relativement élevées d’abord: quatre ou cinq capsules par repas, soit huit ou dix capsules par jour, représentant chacune 20 centigrammes d'extrait duodénal. Contrairement à ce que l’on observe habituellement avec les substances purgatives, voici ce que l’on note habituellement avec l’eukinase : |
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€ 1° Il faut souvent prolonger la médication à doses relativement élevées, pendant plusieurs jours, pour que l'effet commence à se manifester.
«2° L’effetune fois produit, on peut souvent diminuer les doses sans supprimer l'effet, comme si au lieu d’épuiser les fonctions intestinales par surmenage, la médication dont il s’agit les rétablissait par entrainement physiologique normal.
« La forme médicamenteuse qui nous paraît préférable est la capsule. L’eukinase granulée est à réserver aux enfants ou à certains gastropathes dont l'estomac serait particulièrement intolérant.
« Nous avons borné notre étude aux cas de constipation. Il serait intéressant de l’étendre à des types variés de dyspepsie intestinale.
« Une seule fois, nous l’avons employée dans un cas de diarrhée intense, prolongée, rebelle (observation X) très manifestement, l’eukinase a enrayé cette diarrhée. Il y a là quelque chose de très paradoxal au premier abord. On doit se rappeler cependant que certains ferments sont des régulateurs, capables d’enrayer tel processus, aussi bien que de stimuler et de suractiver tel processus inverse. L’équilibre physiologique exige que certains mécanismes fonctionnels soient à double fin. Il ne serait, dès lors aucunement inadmissible, a priori, qu'une médication physiologique pût exercer deux actions de sens contraire, suivant le sens dans lequel l’équilibre était préalablement troublé. Mais c’est une étude prolongée et non pas l'observation d’un
seul malade, qui pourrait permettre de dire si cette double propriété, de réfréner certaines diarrhées, comme d’obvier à certaines constipations, appartient à l’eukinase dans un grand nombre de cas ».
Telle est la note qu'ont bien voulu nous adresser MM. Hallion et Laboulais. Tout en nous communiquant des observations où l'influence thérapeutique de l’eukinase et les modalités de son action se démontrent avec netteté, ils ont tenu à indiquer en même temps la fréquence relative des cas où le résultat demeure nul.
Dans le même esprit, M. Hallion nous signale, tout en nous communiquant deux observations intéressantes de M. le docteur Millon, dix cas où ce dernier lui a ditn’avoir pas obtenu de résultats positifs. Il nous indique aussi l’échec de la médication dans trois cas ou M. le D' Claisse, médecin des hôpitaux l’a expérimentée chez des vieillards très âgés. |
Comme on le voit M. Hallion, qui, à la suite des travaux qu'il a exécutés avec M. Enriquez sur la physiologie du duodénum, a été conduit, en même temps que MM. Marfan et Œttinger, à instituer lopothérapie duodénale, est loin de représenter cette dernière comme une panacée. Il estime seulement que cette médication étant d'une part inoffensive et procurant souvent d’autre part, des résultats remaquables qu’on peut attendre d’une thérapeutique véritablement spécifique, mérite
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d’être essayée systématiquement chez les dyspeptiques intestinaux, tout au moins chez les consti-
pés.