‹ Sécrétion Rénale et Tension SuperficielleChapitre 64 sur 69 · EXPÉRIMENTALEMENT · texte numérisé non relu

EXPÉRIMENTALEMENT

a) Cas où l'effet diurétique a été net.

— 12 fois nous avons noté un abaissement de la T. S. sanguine parallèle à la diurèse.

2 fois avec l’octanol : chiens 5 et 11.

1 fois avec l’alcoo!l éthylique: chien 18.

5 fois avec l’oléate de soude : chiens 11 et 24.

2 fois avec le citronellol : chien 23.

Enfin, chez les chiens 6 et 23, une nouvelle poussée spontanée de polyurie s’est accompagnée d’une chute de la T.S.

Cet abaissement de T. S. porte sur la dynamique, mais surtout sur la statique (au bout de 24 h.).

— 3 fois la T. S. du sang n’a pas été modifiée (chien 22 : taurocholate de Na — chien 22: octanol — chien 23 : glycocholate de Na).

— 6 fois, malgré une chute de la T. S. dynamique, la T. S. statique s’est élevée pendant la diurèse (chiens 6: octanol; 21: glycocholate de Na; 23: méme substance à 3 reprises; 23: citronellol; 22: taurocholate de Na).

— Une seule fois (chien 21: glycocholate de Na), il y a eu élévation des 2 T.S.

b) Cas où il n'y «a pas eu de diurése.

— 4 fois la T. S. n’a pas bougé (chien 10: octanol aqueux et oléate de Na; chien 11: octanol; chien 19: cholalate de Na).

— 3 fois la T. S. dynamique s’est élevée, mais sans modification de la statique (chien 8: octanol aqueux à 2 reprises; chien 10: octanol aqueux).

Tout s’est passé dans ces cas comme si la trop faible quantité de produit injecté n'avait fait que déclencher la réaction du système régulateur.

— 3 fois il y eut une baisse de la T. S. :

— Chien 5, octanol: chute de la T. S. dynamique, mais pas de la statique.

— Chien 11, glycocholate : chute de la statique, mais avec élévation de la dynamique.

— Chien 18, oélate: forte chute de la dynamique avec léger abaissement de la statique.

La diversité de ces résultats ne nous permet pas d'établir une loi absolue. Cependant, lorsque la diurèse s’est déclenchée, dans plus de la moitié des cas nous avons noté un abaissement très net de la T. S., surtout de la statique.

Lorsque la diurèse ne s’est pas produite, 8 fois sur 10, la T. S. statique n’a pas bougé (c’est surtout en effet la T. S. statique qu’il importe d’explorer, nous l'avons vu dans la première partie).

Il nous semble donc que, le plus souvent, abaïssement de la T. S. et diurèse ont évolué parallèlement.

2° CLINIQUEMENT le synchronisme est beaucoup moins net :

a) Dans 4 cas (Obs. 1, 2, 14, 16), une amélioration du fonctionnement rénal a coïncidé avec une baisse de la T. S., surtout de la statique.

— Mais dans 3 cas analogues (Obs. 6, 8, 18), la T. S. n’a pas subi de modification.

b) Dans 10 cas, sans augmentation de la diurèse, nous avons observé une chute de la T. S. (Obs. 3, 4, 9, 10, 13, 17, 22, 25, 27, 30).

Cette différence entre les résultats cliniques et expérimentaux n’est pas surprenante, car les conditions d'observation ne sont pas identiques. La solution uti-

lisée n’est pas la même. Puis chez le chien on suspend l’action immédiate, au bout de quelques minutes, sur la T. S. et la diurèse. Chez l’homme, au contraire, on ne note que des résultats tardifs, survenant plusieurs heures après l’injection, et nous avons déjà indiqué la promptitude et l'efficacité du mécanisme régulateur de la T. S. sanguine qui, très probablement, a déjà fonctionné pour masquer l'effet de l'injection tensio-active, lorsque la prise de sang est effectuée.

Donc la comparaison de la T. S. sanguine et de la diurèse expérimentale par les corps tensio-négatifs nous semble confirmer l’hypothèse que nous avions formulée sur l’accroissement de perméabilité du filtre rénal par l’abaissement de la T.S.

Certains faits plaident encore en sa faveur :

— Carrière et Gérard, Pluvinage, étudiant les propriétés hypotensives chez l’homme du cholalate de soude (corps faiblement tensio-actif d’ailleurs), notent que « chose curieuse et paradoxale, il est fréquent de voir le taux des urines s'élever au cours de la médication ». Ils ne font d’ailleurs que signaler le phénomène (observé chez 3 malades sur 31), sans donner d’autres précisions et sans rapprocher cette action des propriétés physiques de leur agent thérapeutique.

— Govaerts a remarqué que chez le chien, un choc provoqué par l'injection intraveineuse de 10 cc. de peptone de Witte à 5 % s'accompagne, au bout d’une

demi-heure, d’une diurèse très intense, hydrique et chlosurique.

Or Ed. Doumer a vérifié que la peptone diminue la T. S. de l’eau, surtout de l’eau salée, de la même façon que les sels biliaires. Troisier a noté également le pouvoir tensio-négatif de la peptone et de ses dérivés. Ceux-ci abaïissent la T. S. du sang portal pendant la digestion d’un repas de peptone chez le chien.

Pour une solution de peptone de fibrine Byla, nous avons trouvé les chiffres suivants à la balance de Goiïiffon: solution aqueuse à 5 % : T. S. dynamique 50,9, statique (au bout de 24 h.) 49,5. Il s’agit donc d’un abaïissement modéré de la T. S., mais on sait combien sont différents les divers échantillons de peptone.

— Koressios enfin signale l’abaissement rapide et marqué du taux de l’urée sanguine à la suite d’injections de venin de cobra, substance dont Gautrelet et ses collaborateurs ont montré l’action hypotensive et vasoconstrictive analogue à celle de nos corps tensio-négatifs.

Ces faits un peu disparates, joints à nos observations et à nos expériences, semblent bien indiquer que l’action diurétique de tous ces corps si différents les uns des autres résulte de leur commune propriété, leur tensio-négativité. On peut supposer que l’adsorption de ces substances sur la cellule rénale favorise (par un processus à élucider, peut-être modification

de l’arrangement moléculaire au niveau des surfaces) le fonctionnement de celle-ci en changeant sa perméabilité pour l’eau ou pour certaines substances dissoutes.

Les concentrations très ‘faibles auxquelles agissent ces produits viennent plutôt à l’appui de cette supposition ; nous avons vu en effet que des parcelles infimes de corps tensio-négatifs pouvaient amener d'importantes modifications de la T. S. du corps auquel on les ajoute.

C’est une hypothèse qui mérite confirmation, mais qui ne nous paraît pas dénuée de vraisemblance.

DELAMARE

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