EFFET DIURÉTIQUE
1° EXPÉRIMENTALEMENT il s’agit d’une diurèse qui commence 5 à 10 minutes après l’injection du corps tensio-actif et qui persiste de 5 à 30 minutes. C’est dire qu’elle est beaucoup plus prolongée que la courte phase de vasodilatation, inconstante d’ailleurs, qui succède parfois à la vasoconstriction rénale, et qu’elle continue lorsque le rein a repris son volume normal. Le Professeur Clerc et ses collaborateurs ont publié des cas analogues : diurèse souvent considérable (de 3 à 7 gouttes, 4 à 7, 7 à 13, 6 à 13, 5 à 17) et prolongée (20 minutes parfois) avec l’octanol, plus aléatoire avec les autres corps hémolytiques.
2° CLINIQUEMENT notre étude s’est bornée aux effets de la solution aqueuse d’octanol. Nos résultats concordent pleinement avec ceux des Professeurs Clerc, de Sterne et de Paris, qui ont obtenu :
— Une augmentation de volume des urines du simple au double, parfois plus : diurèse précoce et prolongée.
— Une hyperchlorurie souvent considérable (6 gr. 70 à 10 gr. — 9 à 20 gr. — 9 à 11 et 15 gr. — 7er 75 %82931R0r.):
— Peu de modification de l’azoturie.
Ces résultats favorables ont été notés chez des hypertendus (13 cas sur 20), chez des néphritiques œdémateux (6 cas sur 12, plus 4 améliorations transitoires), tandis que les cirrhoses de Laënnec et les cardiopathies décomposées n’ont tiré nul bénéfice de la cure octylique.
Ces auteurs ont vu également, au cours de néphrites chroniques azotémiques, survenir une baisse modérée de l’urée sanguine, tandis que dans des cas plus avancés, ce traitement n’a eu aucune action.
Pezzangora, étudiant en clinique l’octanol en solution aqueuse, a relevé, lui aussi, l’heureuse influence de ce corps sur le fonctionnement rénal.
Chez 4 sujets légèrement azotémiques (0,45 à 0,75), il a vu s’abaisser le chiffre de l’urée sanguine et se déclencher à partir de la sixième injection une diurèse avec amélioration des épreuves de concentration et de dilution. Un malade asystolique avec anasarque, que nul diurétique n’avait soulagé, urina davantage après des injections de faibles doses de ce médicament.
Comme contre-épreuve cet auteur note que des injections de la même quantité d’eau bidistillée n’ont pas modifié la diurèse.
Quel est le mécanisme de cette diurèse ?
— Nos expériences comparatives montrent que nos injections n’ont pas agi par la masse du liquide introduit dans l’organisme. On sait d’ailleurs combien
est discutée cette question de la diurèse par injection intraveineuse de petites quantités d’eau.
— Il ne nous semble pas que l’action des corps tensio-négatifs puisse être rapprochée de celle des diurètiques puriques (caféine, théobromine) ni de celle des composés mercuriels (neptal, novasurol, salyrgan). Ces derniers médicaments agissent à des doses beaucoup plus fortes, et plus proches de la dose toxique, que les substances étudiées par nous — surtout la solution aqueuse d’octanol qui, en clinique, s’est montrée active à des doses infimes.
Les d'urèses observées chez nos malades sont beaucoup plus durables que celles que l’on obtient avec le neptal ou les dérivés xanthiques : ces drogues produisent en effet une débâcle brutale intense mais éphémère, tandis que les diurèses déclenchées par Poctanol sont progressives, prolongées, persistant parfois plusieurs semaines.
D'ailleurs, chez certains de nos sujets, l’octanol a agi alors que tous les autres diurétiques utilisés précédemment s'étaient montrés inefficaces.
Nous avons vérifié que les diurétiques habituels n'étaient pas tensio-actifs. Par exemple :
Théobryi Roche=57 D. 6 à la balance de Goiffon.
Scillarène Sandoz=—59 D. 5 à la balance de Goiffon.
Neptal Spécia=66 D. 2 à la balance de Goiffon.
Pendant la diurèse provoquée chez l'animal par ces produits, la T. S. du sang n’est pas modifiée théobryl (chien 18); neptal (Thèse Pharmacie : Mlle Guis).
Il en est de même chez l’homme ;: nous nous en
sommes assuré chez 2 malades, au cours d’une diurèse due au neptal.
Comment agissent sur le rein ces corps tensio-actifs ?
L'effet paraît se faire sentir directement sur le rein comme le prouve l’absence de vasodilatation globale et surtout l’expérience de diurèse unilatérale par injection du produit directement dans l'artère rénale (chien 12).
Les corps tensio-négatifs agissent-ils en modifiant la perméabilité du glomérule ? nous avons presque constamment retrouvé à l’examen des pièces une congestion nette de la corticale, et surtout des capillaires glomérulaires. Ces corps tensio-actifs ont-ils une action plus générale sur l’organisme, en modifiant les répartitions de l’eau ou du NaCI par exemple ? Nos expériences ne permettent pas de trancher cette question.
Mais étant donné le rôle que de nombreux auteurs ont, comme nous l’avons vu antérieurement, attribué à la T. S. dans la perméabilité cellulaire, nous nous sommes demandé si l'accroissement de la sécrétion rénale n’était pas dû à l'action abaïissante sur la T.S. des substances injectées.
Nous avons donc étudié, parallèlement à la diurèse, la T. S. du sang de nos malades et de nos animaux.