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Sedan

Dès les premiers moments de ma captivité à Stuttgard, je pris la résolution d'utiliser mes loisirs en réunissant, en coordonnant les matériaux nécessaires à une histoire véridique sur les premiers et malheureux événements de la guerre avec la Prusse.

Ce travail de classification accompli, je me trouvai à la tête d'une masse de documents curieux.

Je me décidai alors à y mêler mes souvenirs et à rédiger un récit historique aussi complet que possible des faits ayant précédé la bataille du 1^^ septembre 1870, de ceux qui se sont produits pendant cette journée néfaste.

J'étais loin de penser alors que je serais amené

à publier, dès à présent, le volume que l'on va lire! Beaucoup de considérations me paraissaient de nature à m'engager à retarder cette publication. Deux faits récents me décident à mettre au jour ce que je ne comptais livrer que plus tard à la publicité.

Ces deux faits, les voici :

i'' Mon rapport sur la bataille de Sedan et sur la capitulation qui en a été la suite, envoyé au ministre de la guerre le 5 septembre 1870, n'a pas été publié officiellement. Cette pièce importante ne se trouvait pas, ou ne se trouvait plus, au ministère lors de mon passage à Versailles le 19 mars 1871.

J'ignorais alors pour quel motif. — Quelques jours après je reçus à ma résidence de Mustapha, près Alger, la lettre suivante :

« Mon «général.

'> Je viens d'arriver à Paris après cinq longs mois de traitement et d'alitement non interrompu à la suite de ma blessure et d'un violent typhus qui a failli m'emporter à plusieurs reprises, et après un mois de tentatives infruc-

tueuses pour me faire échanger avant i'armis- (ice.

» En arrivant à Paris, j'ai appris au ministère un fait des plus tristes au point de vue de l'honnêteté politique; fait d'une injustice révoltante.

» Je le tiens d'un officier, dont je m'empresserai de vous dire le nom quand cela pourra vous être agréable. Je le tais malgré lui, par crainte que cette lettre ne vous parvienne pas.

» C'est à cet officier, qui a à peine l'honneur de vous connaître, que votpe rapport sur la bataille de Sedan a été remis. C'était le jour de l'arrivée du général Ducrot. Votre rapport fut présenté au ministre de la guerre (général Le Flô), qui promit de le faire connaître à la France par la voie officielle, comme cela devait être.

» Mais une influence puissante, protectrice du général Ducrot, s'y opposa, et la pièce a disparu, etc., etc. »

2° Depuis mon retour en France, j'ai vainement sollicité la faveur d'un conseil de guerre qui pût apprécier ma conduite. Je n'ai reçu aucune réponse à ma légitime demande. Le chef du gouvernement a glorifié devant la Chambre,

et par conséquent devant le pays, les comniaiidants en chef des armées de Metz et de Châlons.

Personne n'a fait entendre un mot de justifi-cation à mon égard.

Je trouve que cette situation ne me permet plus de garder le silence, et je crois devoir exposer simplement et avec vérité les causes qui ont rendu inévitable le désastre de Sedan.

SuUM CUIQUE.

1er août 1871.

Général DE WIMPFFEN.

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