Temple du Goût (Notes de Voltaire
chef-d'œuvre. Cette prédilection était-elle fondée, ou vautil mieux penser que Corneille n'a pas seul été mauvais juge du mérite relatif de ses ouvrages? Ce parti est le plus sûr; si i^opéra de Segrais pouvait sembler digne à Voltaire d'une mention honorable, il n'a cependant aucun droit à jouir de ce privilège à l'exclusion des autres poésies de Fauteur.
Le sujet de VAnumr guéri par le Temps est très-simple. Li belle Angélique, dont les charmes se sont faits les alliés des Sarrasins, a mis le trouble dans le camp français. Renaud et surtout Roland oublient la gloire pour elle. Cependant elle se rit de leurs vœux : elle aime un guerrier (d)scur, le beau Hêdor. Convaincu de cet amour, Roland devient fou furieux de jalousie. Le Temps vient le guérir.
Segrais a brodé sur ce canevas divers incidents ou intermèdes intéressants. Zoraïde se plaint de l'insensible Médor au milieu d'un affreux désert, et Almire lui dit :
Que cherchons-nous en des lieux si sauvages?
La nuit approche, et sa noirceur
* Vient redoubler l'horreur De ce profond silence et de ces noirs ombrages.
ZORAIDE.
Moins tristes que mon cœur Sont les plus tristes nuits et les bois les plus sombres, lis n'ont point d'assez noires ombres Pour plaire à ma douleur.
Elle obtient du magicien Atland de prendre les traits d'Angélique sa rivale, afin de se faire aimer.
L'art en amour, hélas! sert plus que Tamour même.
Renaud, rebuté d'Angélique, prend un meilleur parti qu'un déguisement passager. Il appelle le Dédain à son secours, et le Dédain lui chante ce coup let:
Qu'une charmante blonde Ait couru tout le monde Sans que son cœur Ait ressenti la moindre ardeur,
C'est ane histoire Belle à raconter :
Un amant la peut croire.
Un autre en peut douter.
Au deuxième acte, Atland entr*ouTre les enfers :
C'est dans ce noir séjour Que sont punis les crimes de l'amour.
Les insensibles, les coquettes, les indiscrets y sont condamnés à soupirer éternellement. Ainsi se venge le fils de Vénus :
Discite justitiam monUit et non temnere Divos.
Des enfers on passe à de riantes campagnes. Angélique et Médor y donnent une fête aux bergers, et bergers de se réjouir :
Tout résonne dans nos hameaux D*airs nouveaux, De douces chansonnettes.
N'entendez-vous pas les musettes, Les hautbois et les chalumeaux?
Angélique et Médor mêlent leurs voix à ces accents joyeux :