‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 102 sur 138 · MÉDOR · texte numérisé non relu

MÉDOR

Cèdres hautains, planes audacieux, Élevez- vous jusqu'au palais des Dieux, Et leur dites que je n*envie

Leur nectar ni leur ambroisie.

Croissez, arbres, montez au céleste séjour,

Et comme eux croissez, mon amour.

ANGÉUQUE.

Ainsi qu'en la saison nouvelle.

Vous reprendrez une robe plus belle.

Puisse ainsi notre amour renouveler d'attraits. Et toujours croître et ne vieillir jamais I

Cependant, l'infortuné Roland court forcené à travers monts et vallées. La Jalousie a lancé dans son sein un serpent qui le dévore.

Amour a fait son crime, amour fait son supplice.

^-^et 4e WQ Dieu, il s'est

A^fenane , et H en est puni.

ji-^^de ses tourments, lui envoie

^i^t^àe son cœur le souvenir d'An-

,î*y^ ! Aussi, l'Heure do berger , un

^'^rerain;

^aer sa souffrance moments par ta toute-puissance, heureuses amours, les moments soient des jours.

^1^ «- gracieux abondent dans l'opéra de ^ ''j^ jQvenlioHfi en sont" parfois ingénieuses, ori^fi^Jg^ J'ouvrage est mal composé. U y a plus d'unité "''^'liaison dans le Roland de Quinault ( 1685), lequel, du ' „'estpas supérieur à celui de Segrais; tous deux ont ,/j'Arioste avec une égale habileté.

,^rais avait composé sa tragédie lyrique chez Mme de ayelte (1670-1676) et prévenu Quinanlt: l'opéra de ce ier fut seul mis en musique. Segrais avait donné le à Lullî ; inais Lulli tranehait volontiers du grand seirs avec leS écrivains. On sait comment il rejeta les vers

i Daphné de la Fontaine, el lui dit tout net qu'il n'était

pas son homme. Quinault, son associé, avait lui-même & compter avec le quiuteux personnage, et bien que le poète lût ses vers à ses confrères de l'Académie , et les corrigeftt Gin* leurs avis, cela n'empêchait pas Batiste de les examiner « après de si habiles réviseurs^ > Sans doute, il examina de près ceux de Segrais ; car il garda le manuscrit trois mois, pois le rendit, en disant que les vers étaient trop durs et rebelles au chant. En effet, ils ne sont pas toujours très-coulants,' et l'on ne pourrait appliquer & Segrais ce que Cicéron disait de ce poète éternellement doucereux, le Quinault des Romains :

Semper corne toquens atqtu omnia tuavia dicent. 1. riiitn ne Quinault, Préface.

ais c'était là un prétexte de la part de Lulli. Attaché quelv|ues années à Mademoiselle, ce baladin, comme dit la princesse piquée, avait passé au service du roi en 1653, afin d'échapper à l'exil deSaint-Fargeau. Plus tard, quand Segraîs eut recours à son talent, il se souvint d'un petit chagrin qu'il croyait avoir reçu de lui, et il priva l'opéra de Roland de l'honneur si envié d'être chanté de la bouche des belles. Segrais dut en être touché. Pour la seconde fois, la gloire du théâtre lui échappait. La tragédie d'HippolyU , essai de sa première jeunesse, avait été un fruit avorté, et la pièce lyrique dont le succès l'aurait si vivement flatté, était condamnée à rester en portefeuille. Segrais ne répondit pas au Florentin par une sanglante satire, comme fit le bonhomme. A quoi bon s'irriter de l'impertinent procédé d'un musicien? Il y a des disgrâces plus sensibles, et celles-là mêmes, sa douceur et sa philosophie les lui faisaient pardonner :

Je n'ai jamais haï personne Pour n'avoir pu m'en faire aimer.

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