‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 133 sur 138 · ÉPISODE DB L'AURE ET DE LA DROMBIE · texte numérisé non relu

ÉPISODE DB L'AURE ET DE LA DROMBIE

Aure est mon nom, berger, et cette nymphe aimable Qui se plonge avec moi dans ce gouffre admirable, Est la paisible Dromme, hélas! et c^est ma sœur; D'où vient qu'un nom si doux est pour moi sans douceur? Tous deux du haut Calment tirant notre naissance,

Voit ins, povr mon malheur, au sortir dd roafanc^,

Nous voyant tous les jours, trop imprudent ruisaeaui

Je me laissai charmer au doux bruit de son eau,

Et sans considérer que je faisais un crime,

Qui des dieux armemit le courroux lé|;iiime,

Je ne pus m' empêcher, au fort de mon amour,

De la presser de joindre avecque moi son cours.

Mon erreur était grande, et je la connais telle.

Mais, berger, j'étais jeune, et je ne Toyai» qu^elle,

Et le plus froid ruisseau de sa vive clarté,

Si tu t'y connais bien, pourrait être tenté.

Ainsi, m'abandonnant à mon ardeur impure,

J'allais, la cajolant de mon plus doux murmure,

Et cachant mon amour sous le nom d'amitié,

J'espérais qu'à la fin elle en aurait pitié.

Déjà, ce me semblait, elle était moins sévère,

M'appelait plus souvent cher Âure que son frère, -

Quelquefois en secret m'accordait un baiser.

Quand mon père'le sut, qui s'y vint opposer.

Non loin de nous était une naïade altière

Qui méprisait les dieux de toute autre rivière.

Elle s'appelle Seule, et coulant seule aussi,

C'est pour cette raison qu'elle s'appelle 9ÀUSh

Cent fois, pour détourner mon ardeur criminelle,

Mon père me voulut marier avec elle;

Mais je ne pus jamais son orgueil supporter,

Bt puis quelqu un peut^il ^n destin éviter?

Mon père, comme un mont d'humeur hautaine et ûère,

Longtemps, pour me punir, tint mon eau prisonnière,

Sépara nos deux lits, chassa bien loin ma sœur,

Et mit entre nous deux sa plus grande épaisseur.

Dromme, sensiblameot de cet obstacle oïdtirée.

Résolut, comme moi, de quitter la contrée.

Puis chacun prit sa route. En vain, dans son eôunrouic,

Le mont, autant qu'il put, s'étendit entre noua.

Nous retrouvant enfin dans ce lieu solitaire,

Nous étions en état de braver sa colère ;

Libres, nous ne songions qu'à nous entretenir.

Et nos ondes déjà commençaient à s*uni» ;

Mais mon père nous vit du plus haut de sa cime,

Et ne pouvant lui-même empêcher notr» crkM ;

a roi des mers, dit-il d*un ton si furieux

Qu'au lieu d'en retentir en tremblaient tous ces lieux,

Neptune, si jamais faisant fumer ma tête,

J'ai su prédire au vrai la prochaine tempête,

Et si, servant bien loin de phare aux matelots.

Je les ai sûrement guidés parmi tes flots,

•d il.

Montre aujourd'hui qu'un dieu prend part à ma disgrâce,

Et cache au moins au jour la honte de ma race. ^

Ainsi parla le mont, et l^dieu T^Dtendlt;

Son bras en même temps contre nous s'étendit,

Pt de spii for( trident frappant toute la plag9,

Par cet affreux rocher* ngus ferma le p^issag^;

fit de no^ eaux ainçii la criminelle amour

Nous prive ppur jamais 4e la clarté du jour.

ROMANS

Page 163, note (a). ~- VAmestris du Çyrùs est rési^Q^e, vortUÇ^^; mais elle n'est p^i^ hérpïque. Cf. dans la Çlélie^ \%^iQ\iç^ ie Sri)t,U§ çt de Lucrèce.

Page 16^, note (a). — Crébillon a fait une tragédie de Radamiste^ « la meilleure de ses pièces, » selon Voltaire, mais inférieure môme à celles de Pradon , au goût de Boileau. Crébillon n'a p^s tiré son sujet de la Bérénice de Segrais. Segrais et lui ont lihremeut» et chacun a sa manière, imité l'historien laiin.

Page 176, note (a). — Dans l'édition princeps des Portraits^ il n'y a pas de portrait de la main de Segrais, si ce n'est l'hymne à Mademoiselle. L'homme de lettres de profession, le domestique de la duchesse de Montpensier, semble n'avoir été admis qu'à tilr^ de Ipuaug^pr'^ans ce cercle de princes et de gens de haute qualité. Mlle do Scudéry en est tout à tait exclue.

Page 185, note (a). — Plusieurs de ces pensées ont été reprises et développées par Huet dans son Traité de P origine des romans* (Cf. les Convenations de Mlle de Scudéry.)

Page 187, note (a). -^ c La campagne n*est Mie que quaud on y peut goûter les plaisirs innocents que la beauté de la nature nous fournit dans les bois et auprès des rivières. » (Mme de Motteville, citée par M. Caboche dans son bel ouvrage sur les Mém. et l'Uist. en France.)

Page 206, note (a). — Casimir Delavigne va un peu loin quand il dit :

C'est toi que j'en atteste, aimable la Fayette, De Clèves et de Nemours Muse tendre et discrète, Qui dérobas ta vie à la célébrité En illustrant le nom que Segrais t'a prêté.

(Discours pour le théâtre du Havre,)

1. La Grotte du Souci est aujourd'hui encore visitée par les voyageurs.

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