‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 26 sur 138 · Son écuyer depuis le mois de septembre · texte numérisé non relu

Son écuyer depuis le mois de septembre

3. Deux chiennes de Mademoiselle , quelquefois célébrées par les petits poètes du temps. Pour plus amples détails sur Gogo-Sooris, Cf. Loret, 1657. Hirtil est le héros du poëme de Guarini, et, par abus, le nom du chien de Mme de Monglas. Le nom du beau Médor (Arioste) a eu la même destinée. Est-ce à sa fidélité que le chien doit le privilège d'avoir hérité du nom de si parfaits amants?

3. Ce n'est pas ici un détail tout à fait banal. Segrais, dans un autre endroit, et Loret célèbrent la blancheur de cette main.

moiselle voulut aussitôt faire le sien, et pria les dames de sa compagnie de Timiter. Ces dames, encouragées par son exemple et les succès éclatants des portraits du Cyrus et de la Clélie, se montrèrent fort empressées à ce divertissement nouveau. C'était un exercice d'esprit [ûquant et où leur vanité, au besoin, trouvait son compte. Les portraits devinrent donc bientôt à la mode. Chacun prétendit avoir le sien ; les plumes des habiles furent mises en œuvre, et presque toutes les dames de la société de Mademoiselle et de la cour ne tardèrent pas à s'admirer dans de flatteuses images. Mademoiselle, après avoir tracé la sienne, avait laissé à la comtesse de la Suze et surtout à Segrais, dans son hymne (a), le soin de célébrer plus hautement ses qualités. Tel des portraits anonymes de la Galerie publiée par M. de Barthélémy est peut-être aussi de la façon du poëte. Mais il serait téméraire de l'affirmer.

Quoi qu'il en soit, dans les premiers jours de Janvier 1659, Segrais et Huet réunirent (b) cinquante-neuf portraits. (Il y en avait seize de la main de la princesse.) Segrais les revit, et les publia avec une épitre liminaire à Mademoiselle (c). Le secrétaire de la princesse lui demande d'abord pardon du zèle inconsidéré qui lui a fait publier ses œuvres sans son aveu. U est et s'avoue criminel, mais il n'a commis ce crime que pour la gloire de Mademoiselle et la satisfaction de toute la France. Les portraits de sa main lui ont semblé d'illustres orphelins dignes d'être recueillis. Il a pensé d'ailleurs que dans un siècle peu favorable aux belles-lettres, il ne leur serait pas désavantageux de fkire voir par l'exemple de Mademoiselle l'état que les plus illustres doivent faire d'un si noble amusement. Qui pourra désormais mépriser les charmes des beaux-arts après que Son Altesse Royale les a ennoblis en les cultivant? Et qui osera prendre, par galanterie, le parti de l'ignorance après les grandes victoires que Mademoiselle a remportées contre elle? Parmi ces portraits de choix, ceux qui sont d'un meilleur tour sont dus à la princesse. Cependant elle les a composés en se jouant: le plus

long ne lui a pas coûté on quart d*henre. El avee cela Us feraient honneur à récrivain le plus habile, tant la princesse, nous dit ailleurs Segrais, avait de vivacité d'esprit, jointe à beaucoup de netteté et de facilité d'écrire.

Toutefois, quel que fui le mérite de ces portraits, ils ne pouvaient rien perdre à des corrections légères. Mademoiselle, après tout, ne faisait nullement profession d'écrire^ C'était déjà beaucoup pour elle de ne pas simagîner qu'on • perde » à se faire imprimer « la moitié de sa noblesse, » selon le préjugé du temps*. Elle était donc excusable, en dépit de tout son esprit, de laisser beaucoup de mais, de car, de parce que; et nul autre qu'un marquis de Molière n'aurait songé à exiger d'une princesse du sang de posséder à fond l'art du style sans l'avoir jamais appris. Segrais, plus discret, se contentait, en recopiant le manuscrit, de retrancher les mots inutiles. Mais il se gardait d'en rien dire. La princesse n'aimait pas à être reprise ; elle-même s'avouait la personne du monde « la plus volontaire » et la moins soumise ; et si elle prétendait n'en vouloir jamais faire qu'à sa lète, ce n'était pas pour se priver de la commodité d'écrire à sa fantaisie. Segrais avait«il un conseil à lui donner ; il le lui insinuait doucement, bien sûr de le voir rejeté d'abord. Mais peu après la princesse revenait au sentiment de son poëte, et le suivait comme si elle se fût déterminée d'dle-même. Pallait-il reto»cher ses manuscrits, Segrais le faisait à la dérobée. Made« moiselle s'en apercevait bien, mais elle avait le bon esprit de ne pas s'en piquer. Elle n'en parlait pas à son secrétaire, et le secrétaire ne lui en pariait pas non plus.

Le succès des portraits encouragea la princesse ; la m^me ^ année {1659), elle fit publier par Segrais une petite nouvelle plaisante, la Relation de File imaginaire*. Voici à quelle occasion : un conseiller du parlement de Dombes, en démêlé avec sa compagnie, avait soumis le débat à Mademoiselle, sa sou-

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