‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 34 sur 138 · Cï. Menagianaj 1. 1, p · texte numérisé non relu

Cï. Menagianaj 1. 1, p

Mme de Sévigné, avait fréquenté dans sa première jeunesse Tbôtel de Rambouillet, elle s*en était bien vite dégagée, quand elle l'avait vu dégénérer» et mériter les railleries de Molière. Par son âge, elle appartenait à la jeune cour; par son esprit, à la fois vrai et fin, solide et délicat, à la littérature nouvelle. Depuis 1660, Segrais, mêlé à ses travaux, cul* tivait son propre esprit en Tunissanl en quelque façon à un esprit si distingué, et certes, une telle institutrice valait mieux pour lui que n'avaient valu à Mme de la Fayette, Rapin, Ménage et Huet. Aussi le poète se ressentit d'un commerce qui lui insinuait de si bonnes leçons. La préface et les notes de sa traduction de Y Enéide en sont la preuve: elles paraissent d'abord en 1668 et font comme pressentir quelquefois l'art poétique. N'était-ce pas de la part de Segrais consacrer et légitimer son droit de cité au milieu de la société qui représente le mieux le grand siècle, que de s'y rencontrer avec Boileau?

Segrais, d'abord allié littéraire, puis commensal de Mme de la Fayette, trouvait auprès d'elle un entourage qui lui était depuis longtemps familier. Toute cette société avait été, de près ou de loin, mèiée à la Fronde. Ainsi, la Rochefoucauld et le cardinal de Retz y avaient joué deux dej3 principaux râles, et conmie Bussy, ils étaient allés souvent visiter au Luxembourg la protectrice de Segrais, frondeur lui aussi, tout au moins par condition, comme son compatriote Sarrazin, secrétaire des commandements du prince de Gonti. Mme de la Fayette avait été engagée dans le parti par son beau-père Renaud de Sévigné, et Mme de Sévigné « de bande frondeuse, » par Retz, oncle de son mari, et par son mari luimême. Après la Fronde, Segrais, Mme Scarron, amie intime de Mme de la Fayette jusqu'à son élévation, l'abbé Testu, Mmes de la Fayette et de Sévigné, s'étaient fréquemment rassemblés chez Mme de Goulanges. D'autre part. Ménage, Huet, tous deux amis de Segrais, avaient été l'un le précepteur de Mlles de Lavergne et Rabutin-Ghantal, l'autre le familier de

— Tourne de la Fayette. Tous ces personnages enfin étaient unis entre eux d^affeetion ou de souvenirs, et ils aimaient à se retrouver partout oh la haute société et les hommes de lettres se donnaient rendez-vous. Or, le cercle de Mme de la Fayette au Faubourg n'était pas celui qu'ils recherchaient le moins. Segrais, en passant du Luxembourg à l'hôtel de Mme de la Fayette» changeait de séjour, mais non pas de société ni d'amis. Parmi les personnes qu'il avait le plus de plaisir à y voir, il faut compter Mme de Sévigné, une ancienne amie. Dès les premiers temps de son séjour à Paris,îl avait avec ellefréquenté l'hôtel de Rambouillet, et pris part avec elle aux fêtes du Palais d'Orléans. Plus tard, quand Mademoiselle fut exilée, Mme de Sévigné ne fit point la malade comme tant d'autres pour ne pas aller la voir. Une fois (1655-1656), elle vint à Saint -Fargeau avec Mraes de Lavardin, et de Monglas : heureuse fortune dont Segrais dut bien se réjouir. Il allait en compagnie de ces dames se promener aux plus jolies maisons des environs ; on faisait des collations dans les bois avec les violons ; enfin « on tâchait de se divertir. » Un an après, la princesse revint à Paris, et Segrais retrouva Mme de Sévigné au Luxembourg. Mademoiselle aimait à se faire accompagner d'ellç dans ses cavalcades, et l'invitait souvent à la suivre à la foire Saint-Germain. Segrais avait donc mille occasions de converser avec la spirituelle marquise ; aussi ne roublie-t*il pas dans ses poésies légères. Un jour il avait perdu contre elle une discrétion au reversis. Mais la belle Sévigné ne s'était pas contentée de si peu; elle lui avait pris bien davantage :

Vous m'avez fait ^apercherie ;

Faitçs-moi raison, je vous prie, D'une si blâmable action.

En jouant avec vous, jeune et belle marquise, Je n'ai cru hasarder qu'une discrétion, Et m'y voilà pour toute ma franchise.

Mais qu'ai-je fait aussi? Ne savais-je pas bien Qu'on perd tout avec vous, et qu'on n'y gagne rien?

Cette amie de sa jeunesse auprès de qui l'esprit au moins gagnait toujours quelque chose, Segrais la retrouvait dans la société intime de Mme de la Fayette, avec M. de Pompone (fils d'Arnaud d'Andilly, àmi du poëte), Hmes de Thianges et de Goulanges. N'était-ce pas la fleur, le dessus du panier qu'une telle compagnie ? et comme Segrais devait s'y plaire 1 il est vrai que l'agrément naïf de son esprit et le charme de sa conversation étaient hien faits pour y plaire aussi. Les lettres de Mme de Sëvigné nous permettent de le suivre quelquefois des yeux au milieu de cette société choisie. Un soir ■ la mar* quise avait chez eHe Segrais, la Rochefoucauld, Mmes de la Fayette et de Goulanges. On lut d'abord une lettre de Mme de Grjgnan, puis on se mit à causer de petits vers, à deviser plaisamment. Segrais montre alors un recueil qu'il a fait des chansons de Blot, l'ancien serviteur de Gaston, vaudevilliste en vogue du temps de Mazarin*. « Elles ont le diable au corps ; mais je n'ai jamais tant vu d'esprit. » Avec cela elles rappellent à la compagnie des souvenirs de jeunesse. Ces plaisanteries malicieuses la reportent au temps si divertissant de la Fronde. Segrais d'ailleurs aime les recueils. Ce sont de petits écrins, riches parfois de plus d'un bijou. L'un sera composé de chansonnettes, l'autre des mots les plus fins qu'il aura entendus. Il s'y pourra glisser quelque gaillardise; mais rhonnète homme n'est pas si précieux, et une fois en passant il consent à rire, fût-ce même d'une épîgramme un peu libre de comédien. Aussi bien il y a une manière de dire les choses, et Segrais excelle à conter. Un jour une dame de Normandie vient le voir, afin sans doute de lui demander *son appui. Car sa renommée lui donne assez de crédit dans sa patrie pour lui permettre le rôle de protecteur. La bonne mère fait donc au poëte l'éloge de son fils : il est tout jeune abbé, plein de zèle, et a le dessein de bien étudier. Mais il commence toujours à prêcher en attendant. C'est là ce qui

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