‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 6 sur 138 · Prineesse de Paphlagonie · texte numérisé non relu

Prineesse de Paphlagonie

Ce ne fat pas là, du reste, la seule connaissance illustre que son mérite et ses protecteurs lui ménagèrent. Amie de M. le Prince, dont le comte de Fiesque avait de bonne heure embrassé les projets et la fortune, Gillone d'Harcourt rece- Tait souvent dans son alcôve de Précieuse « les deux Scipions * » (Condé et le duc d*Enghien). Elle leur présenta Segrais, et le vainqueur de Rocroy, déjà célébré en beaux Ters par le jeune poëte (1646-1647), lui accorda son amitié. Il le goûtait mènie assez pour l'admettre dans sa confidence et ses jeux les plus familiers *. Que dire après cela du degré d'estime où il était auprès du comte et de la comtesse de Fiesque? Chez eux il était reçu familièrement, et des premiers ; et le salon de la comtesse était le plus recherché de Paris après celui de la marquise. On y recevait dans une chambre garnie de moquette, rivale du cabinet bleu d'Àrthenice, et qui donna son nom à Tordre des chevaliers de la Moquette , institué par la galante comtesse *. Segrais y fut admis, et comme les chevaliers, ses confrères, il jura hommage et fidéUté à la reine Gilette.

Ainsi, dès son arrivée à Paris, il se voyait mêlé aux sociétés qui étaient alors les cours souveraines de l'esprit et du goût. C'était pour lui un très-heureux début. Qui sait, en effet, si, resté au fond de sa province, il eût jamais pu faire que sa renommée en franchît les limites avec éclat? Malherbe n'avait pas eu besoin d'être présenté à Henri IV pour être Malherbe, et d'un jour à l'autre la faveur du prince ou une pension n'aurait pas fait un grand poëte d'un esprit médiocre. .Cependant on ne saurait douter que Malherbe même n'ait gagné à ce commerce des plus honnêtes gens de la première ville du royaume. Ses lumières durent s'y accroître, sa délicatesse et son goût s'y épurer au contact des esprits polis de la cour. Segrais se vit assuré des mêmes

Page 1