Le p. Fr. Martin, ami et correspondant de Huet
2. Cf. Histoire de Caen, par M. Trébutien, bibliothécaire adjoint à Caen. Je dois remercier ici M. Trébutien des précieux secours que iB'ctat offerts ion ètttdiûm rf peu JâlOttse, et «a pfofotldej cdmwtiâiftWe Ùëè antiquités normandes.
Tînrmt habiter les deu époux. Amis tons les deux du b^ esprit et des jolis vers, ils ne inaiH}uërent pas de goûter le talent et Tagrément naturel du jeune poète. D'ailleurs, le comte de Fiesque avait, comme on sait, les gem de lettres en grande estime ' ; il redierchait leur société et se mêlait volontiers à leurs affaires. Aussi quel accueil ne dut*il pas foire à Fauteur dont l'imagination fertile et les (Buvres variées pouvaient flatter ses divers goûts! Les poésies galantes de Segrais lui rappelaient lés petits vers des auteurs en vogue à Paris ; ses romans lui rendaient comme un goût de Durfé. Ses pastorales enfin ne pouvaient pas ne point tou*cher un homme vivement sensible « aux plaisirs rustiques et champêtres. » En 1653, Tannée même où le protégé du comte, Segrais, publiait la seconde édition de sa pastorale d'Àthis (a), Mlle de Scudéry dira de Pisistrate (le comte de Fiesque) : « Il n'a pas de plus grande satisfaction que de voir danser les bergères au son des hautbois et à Tombre des saules dans une prairie, » Si les danses des bergers et les hautbois le cbarmment à ce potot, Segrais était son poete« Aussii dès que la cour lui permit de revenir à Paris, il l'y amena (1647).
Dès lors Segrais eut droit de cité au milieu de ce Parie» commun séjour des beaux écrits, et l'humble poète et ro« mander de province se vit uue place assurée dans les cereto que ses voyages à Paris lui avaient seulement permta et visiter en passant. Ainsi, avant 1645, lContausi«r^ sans parler du comte de Fiesque, l'avait certainmient ffréseuté à l'hfttel Rambouillet. Les deux premières églogues célèbrent ses louanges et ceHes de Julie. Mais, depuis 1647, il put Mre l'hôte assidu de ce sanctuaire de la politesse « L'inocMnparable marquise, la déesse de la nouvelle Athènes, lu) fit fracîeiix accueil, et ce ne fut pas un petit avantage pour la bMê
1. C'est lui qui, en 1632, présentait le jeune Rotrou à Chapelain.
(a) Les notes marquées par une lettrine sont reportées à la fin dti tôluttie.
réputation du poète, d*ètre honorablement reçu dans ce eabinet, rendez-vous envié des plus illustres par la naissance ou l'esprit. Le prince des beaux esprits du temps, Voiture, y régnait à côté d'Arlhenîce, et, afin de jouir complètement d'un cercle si choisi, Segrais eût désiré vivement Fy rencontrer. Mais son étoile voulut qu'il n'y réussît pas. La marquise était d'une complexion si délicate que le bruit et la confusion l'incommodaient comme la vive clarté du soleil. Dans ce salon bleu, « où le soleil ne pénètre point, et d'où la lumière n'est pas tout à fait bannie S > il n'entrait jamais que deux ou trois personnes à la fois. Voiture, le dieu de l'hôtel, y était donc reçu en compagnie des plus intimes, et d'ordinaire à une heure privilégiée (de huit heures à dix heures du soir). Mais cette faveur n'était pas accordée à Segrais, poëte naissant et presque nouveau venu. Cependant, au grand honneur de Segrais, la marquise, un jour, loi avait promis de le recevoir en même temps que Voiture, Sur ces entrefaites, Voiture mourut, et Segrais ne put jouir de l'entrevue si désirée. Pour comble de disgrâce, U ne l'avait pas vu davantage ailleurs. Il était trop difficile de le rencontrer, dit Segrais; il était toujours parmi les grands. Ainsi le Voiture de Paris ne conversa jamais avec celui que sa province avait bientôt proclamé le Voiture de Gaen. Ce suniom seul faisait l'éloge du poêle, et c'était en bonne partie à la fréquentation de l'hôtel Rambouillet que Segrais devait ce qui l'en avait rendu digne. L'auteur des Églogues le savait, et ne l'oublia jamais. Dans Athis il saisit avec empressement l'occasion de rendre hommage aux vertus de la marquise, et bien plus tard, quand il aimera, chez M. de Foucauld, à entretenir la compagnie des souvenirs de sa vie passée, il dira combien Mme de Rambouillet était douce, bienfaisante, accueillante, et il la remerciera encore de l'inestimable appui qu'elle lui avait prêté.