‹ Segrais, sa vie et ses œuvres: sa Vie et ses ŒuvresChapitre 99 sur 138 · Vers de Ghénier · texte numérisé non relu

Vers de Ghénier

pastorale et des fictions de l'âge d'or, massacra le cygne d'Ionie dès ses premiers chaots. Après A. Chénier, l'églogue peu à peu abandonnée voit les deux éléments qui la composaient se diviser et se perdre, l'un dans l'élégie et la poésie lyrique, l'autre dans les études de la nature (Bernardin de Saint- Pierre), les romans champêtres (Georges Sand), et les poèmes descriptifs.

Voilà en peu de mots une imparfaite esquisse de Tbistoirc de la pastorale en France. On l'a rapidement retracée afin de marquer nettement le rang de Segrais parnti les poètes bucoliques, et le caractère que ce genre, diversement modifié selon les temps S a gardé dans ses écrits. La plupart des auteurs, selon l'expression de Boileau, n'avaient pas seulement frappé à la porte de l'églogue. Segrais plus hardi, plus heureux, osa se présenter devant elle, et fut bien accueilli. Il a d'ordinaire attrapé le style qui lui convient. Il l'a faite amoureuse, selon le goût de son siècle, tendre sans affectation de sensiblerie, naïve avec grâce, délicate et spirituelle sans raffinement, et plus champêtre que son temps ne le lui demandait *; enfin il lui a donné la forme la moins imparfaite * qu'elle ait jamais reçue dans notre pays. Aussi tous les contemporains ont-ils rendu hommage à ces églogues. Ils les* estiment tout à fait dignes des Grâces (Xàpmc) invoquées par Théocrite, et les premières depuis celles de Virgile : c'est à Segrais que Virgile a légué son chalumeau'. Nommer, après les écrivains du dix-septième siècle, ceux dont le poêle a reçu les éloges, ce serait énumérer la plupart des auteurs qui oiit parlé de la pastorale. On peut donc accepter comme définitif le jugement de du Tillet. Sur le Parnasse français de cet amateur des belles-lettres, Segrais, entre Racan et la Fon->

1. Pour les altérations successives de Péglogue, cf. Hevue des Deux- Mondes , 1838, 15* vol., article de M. Patin.

Page 1