Préface de la traduction de VÉnéide
2. Cf. Tart poétique de Colietet {Disc, sur le poème bucolique).
et non poète pastoral. Racan les éclipsa tous avec ses bergeries, le plus beau drame pastoral que la scène française ait vu. Après lui vint Segrais, puis madame Deshoulières. Les églogues de Tamie du duc de Nevers sont en général assez faibles; ses idylles valent beaucoup mieux, mais le plus souvent n*ont rien de champêtre. Celle des Moutons est admirable, et n'a pas peu contribué à lui faire une réputation de Muse pastorale, selon nous, à demi usurpée. N'oublions pas le normand Fontenelle, dont Perrault croyait louer les églogues, en disant qu'il les avait faites
Sans qu'il en coûte rien an fameux Théocrite, Qui jamais ne. fit plaindre un amoureux destin D'un ton si délicat, si galant et si fin.
Avec Fontenelle s'éteint, au dix*septième siècle, la pastorale des jardins de Versailles ou de Marly. Gessner recueille l'héritage que la France semble lui abandonner. Il retrempe la poésie bucolique aux sources vives de la nature et du sentiment, et compose des idylles qui sembleraient parfaites', si ses bergers ne ressemblaient quelquefois à des patriarches de la Bible, et ses sujets à des histoires édifiantes destinées à la morale en action. Léonard, imitateur ou copiste de Gessner, n'approche pas de son modèle, et réussit seulement à respirer la mélancolie parfois touchante d'un épicurien sentimental. Génie autrement doué, A. Ghénier voulait ravir à la Suisse la palme de la poésie bucolique, et la rendre à la France. Déjà il avait dans plusieurs idylles admirables encouragé sa flûte champêtre à défier les chalumeaux de Segrais,
Seuls connus parmi nous aux nymphes des forêts*,
et dans cette lutte nouvelle de bergers chanteurs, Segrais eût été certainement vaincu; mais la Terreur, cette amie de la
1. Les trois idylles le Panier ^ la Cruche ^ le Faune sont achevées.