‹ Sein douloureuxChapitre 7 sur 9 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

One quantité de moyens* soit médicaux, soit chirurgicaux, ont été préconisés pour le traitement de cette affection.

Le traitement institué par A. Cooper pour combattre cette maladie, consistait à diminuer l’irritabilité générale, calmer la douleur par des applications locales, et normaliser la menstruation. Gomme application locale, Cooper donne la préférence à un mélange de parties égales d’extrait de belladone et decérat savonneux ; il employait aussi les cataplasmes, la soie huilée et la peau de lièvre appliquées sur la mamelle, et quand la douleur était trop vive, des sangsues, qu’il employait rarement, pour ne pas débiliter ses malades. A Fintérieur, le calomel uni à l’opium, et les purgatifs. Pour rétablir la fonction menstruelle, le carbonate de fer, les bains de siège d’eau de mer ou salée à la température de 100,5 F.

Rosenthal a employé les injections hypodermiques de morphine, les bains ferrugineux et les bains de mer, des pilules d’aloès et d’asa fœtida,, le quinine et je lupulin.

Rufz et Velpeau ont employé les vésicatoires : « Le vésicatoire m’a paru utile dit, Velpeau, en semblables circonstances, à trois titres : 1° il permet, en dénudant

le derme, de déposer chaque jour sur le centre des souffrances, un sel de morphine et de calmer ainsi, au moins pour quelque temps, l’acuité des douleurs. 2° c’est un résolutif puissant qui peut ébranler la tumeur elle-même et en provoquer la disparition; 3° enfin, il produit une révulsion qui, répétée un certain nombre de fois, peut user, fatiguer, éteindre la douleur.

« On s’abuserait cependant si l’on s’imaginait que le vésicatoire aura toujours raison de ces petites tumeurs. La plupart d’entre elles lui résistent au contraire, comme à toute autre médication. Il ne reste plus alors qu’à s’en remettre au temps, qu’à négliger tout traitement, à moins d’invoquer le secours de l'instrument tranchant. Je ne dis rien des caustiques, parce qu’aucun chirurgien raisonnable n’aura la pensée, je crois, de les préférer ici, à moins que ce ne soit comme substitutif ou comme exutoire. »

Velpeau refuse toute opération, à moins que la maladie ne soit de longue date, que la tumeur soit isolée, mobile, appréciable, unique, ou s’il en existe plusieurs simultanément, qu’elles puissent être toutes enlevées dans la même séance.

Rufz, dans un cas, s’est servi du séton.

Le même auteur a employé les incisions sous-cutanées dans le but de couper tous les nerfs qui se rendent à la mamelle .

Voici comment il procède : on pratique à l’aide d’un ténotome introduit par une petite piqûre faite à la partie externe et à une certaine distance de la mamelle,

une incision semi- elliptique contournant le bord externe de la glande et comprenant toute l’épaisseur de îa couche cellulo-graisseuse comprise entre la peau et le grand pectoral. Rufz dit avoir obtenu un succès dans un cas, mais il a échoué dans un autre. Nélaton, à qui nous empruntons la description de l’opération, Ta employée une fois sans succès. Personne n’a plus fait cette incision sous-cutanée,

« Le traitement devra nécessairement varier avec les cas; il faudra d’abord remédier, dans la limite du possible, à ce qui paraît être la cause de la névralgie ; c’est ainsi que, dans les cas de mamelle pendante, il faudra conseiller un corset bien fait, ou l’usage d’un maillot de tricot ou de soie qui empêche les ballottements et les tiraillements incessants auxquels la mamelle est sujette. Un appareil de suspension en flanelle prenant appui sur l’épaule du côté opposé, rendra souvent de grands services. Les révulsifs, les émissions sanguines, sont à conseiller dans ces cas de mamelle turgescente..... Dans les cas rebelles, les pointes de feu, la pulvérisation d’éther pourront être appliquées. Il ne faudra jamais oublier le traitement général, l’arsenic, le sulfate de quinine pour les cas dans lesquels les douleurs sont intermittentes ; le salieylate de soude chez les rhumatisantes, l’aconitine et le bromure de potassium chez les névrosthéniques «.(Terril- Ion. Progrès médical , 6 mars 1886.)

Compression. — Ce fut Guthrie le premier qui, en 1834, employa la compression dans les cas de névralgie de la mamelle , et voici dans quelles circonstances. Une jeune femme, anglaise, affectée d’hypertrophie des deux mamelles et de douleurs intolérables dans celle du côté droit, douleurs irradiées au bras et à Fépaule du même côté, parcourut tous les hôpitaux de Londres, cherchant un soulagement à ses douleurs; malgré les moyens employés, préparations opiacées, purgatifs, sangsues, sinapismes, etc, etc. , le mal persistait. A la fin, elle eut le bonheur, dit Broca (loc, cit ), de se fracturer une côte, et elle fut soumise, dans le service de Guthrie, à l’immobilisation de la cage thoracique au moyen d’un bandage de corps ; la malade sortit de l’hôpital guérie de la fracture et soulagée de la douleur.

C’est Rufz qui, d’après Broca, a le premier employé sciemment la compression.

M. le professeur Broca, qui avait déjà étudié l’action de la compression sur les adénomes et démontré qu’elle arrête leur développement et les fait disparaître, eut l’idée d’y soumettre les adénomes irritables . La compression fait disparaître les adénomes ; il n’y a pas de raison, dit Broca, pour que les adénomes irritables y soient plus rebelles que les autres. Il publie plusieurs observations d’ adénomes irritables desquelles il ressort que les douleurs ont cessé ou diminué, quoique dans deux cas la tumeur ri’ait pas tout à fait disparu. {Bull, de Th. 1862, vol. 62.)

Voici les règles établies par Broca, pour faire cette

compression : le sein étant bien garni de ouate, on doit comprimer au moyen de bandes (autant que possible de flanelle), exactement appliquées et passant les unes en sautoir sur l’épaule du côté opposé, les autres circulairement autour de la poitrine et sur l’autre sein. Cette compression doit être appliquée de nouveau ou renouvelée tous les trois ou quatre jours, et resserrée par l’adjonction d’une bande nouvelle après deux jours. Sans cette précaution, la ouate s’aplatit et la compression cesse. La compression doit être soutenue ainsi pendant une vingtaine de jours et même davantage, si cela est nécessaire.

Broca n’eut pas l’occasion d’essayer sa méthode pour les cas de névralgie de la mamelle sans tumeur ; il croit cependant que, dans ces cas, la compression doit produire des effets salutaires, en modifiant la nutrition de la glande, en en changeant les conditions en faveur desquelles la névralgie s’est manifestée.

La compression compte aujourd’hui un grand nombre de partisans, par son innocuité et par le soulagement qu’elle procure. On l’emploie soit qu’il y ait ou non des tumeurs (Richet, Terrillon, Trélat).

Le traitement des tumeurs de la mamelle par la la compression exige, de la part du chirurgien, beaucoup d’attention et d’assiduité, et de la part des malades, une certaine patience. Les femmes, habituées par l’usage du corset à respirer suivant le type costosupérieur, souffrent, en général, beaucoup les premiers jours, d’une constriction assez forte pour empêcher la dilatation de la partie supérieure de la poitrine

(Broca). Mais les malades s’habituent facilement à cette compression ; tout au plus, si la dyspnée et les souffrances sont très considérables, faudra-t-il desserrer le bandage pour le resserrer ensuite.

Comment agit la compression ? D’après Broca, nous venons de le dire, elle agit en modifiant la nutrition de la glande et en changeant les conditions en faveur desquelles la névralgie s’est manifestée. Broca attribue les bons effets des incisions sous-cutanées pratiquées par Rufz, aux modifications de structure produites par le travail de réparation.

Extirpation de la tumeur et ablation de la mamelle . — Pour guérir les douleurs intenses de la mamelle, on a employé l’extirpation de la tumeur lorsqu’il y en a, ou l’ablation d’une partie ou de la totalité de la mamelle, lorsque la tumeur n’existe pas.

Voici le résumé d’une observation qui a été l’objet d’une communication à la Société de chirurgie, en sa séance du 12 mai 1886, que l’auteur, M. le Dr A. Routier, chirurgien des hôpitaux, a eu l’obligeance de nous communiquer.

Observation XX.

Hôpital Laënnec. Service de M. Nicaise, suppléé par M. Routier.

La nommée B. P., couturière, âgée de 21 ans, entre le 3 décembre 1885; elle a été réglée à 16 ans, ses règles ont toujours été un peu irrégulières. Elle a été mariée à

17 ans; huit mois après a eu la fièvre typhoïde, peu de temps après une blennorrhagie, donnée par le mari, suivie de métrite. Elle n’a jamais eu d’enfants* Il y a deux ans elle a reçu un coup sur le sein gauche, contusion qui paraît avoir été assez légère, car ce n’est que quelque temps après, au mois de mars 1885, quelle a commencé à avoir des douleurs dans le sein; ces douleurs furent cependant assez violentes pour la faire rentrer à l’hôpital Beaujon; on lui fît des piqûres de morphine. Elle en sortit soulagée, mais les douleurs ont réapparu et elle entre à l’hôpital Laënnec le 3 décembre 1885. Les deux seins sont fermes, assez développés ; le gauche est manifestement plus gros : à sa partie supérieure et externe, point où elle souffre, on distingue mieux qu’aiîleurs encore la lobulation de la glande qui est perceptible dans tout le sein, et il semble qu'à ce point-là existe un petit lobule indépendant qui simule une tumeur.

La malade, fort nerveuse, présente quelqu’autre névralgie à la tête, et un peu partout; elle est soumise à un traitement tonique, fer, quinquina, bains sulfureux, et bientôt elle ne se plaint plus que des douleurs au sein. La malade a vu enlever un adénome à sa voisine et réclame une opération pour elle : je consens à lui enlever ce petit nodule dur que l’on sent au point douloureux.

Cicatrisation par lre intention, guérison très rapide. Elle a été opérée le 9 janvier 1886; le 18 on peutsuppri-’ mer toute espèce de pansement. La malade a été revue trois mois après, et n’a jamais plus souffert de son sein.

Le lobule enlevé, examiné au microscope, présentait une prolifération de tous les éléments, notamment du tissu fibreux des culs-de-sac : c’était un adénome.

On pourrait objecter à cette observation, que trois mois ne constituent pas un espace de temps assez suffisant pour considérer les douleurs comme tout à fait guéries ; en effet, après l’extirpation de ces tumeurs, les douieiirs peuvent cesser, mais reparaître, même après cinq ans, comme il ressort d’une observation de Fortoul que nous avons reproduite» Mais dans ce cas, s’il est vrai qu’il n’y avait pas de tumeur delà mamelle, il y avait quelques lobules plus durs, qui peuvent être considérés comme le point de départ, comme l’origine des douleurs. L’extirpation de la tumeur, ainsi que la compression, en faisant disparaître la cause déterminante de la douleur, la fait disparaître aussi.

Lorsqu’il n’y a pas des tumeurs et que les douleurs sont très intenses, le professeur Nélaton recommande l’amputation de la. mamelle : nous avons déjà cité le cas de cet auteur, dans lequel un homme qui avait déjà subi l’amputation d’un sein pour se soustraire aux douleurs intolérables auxquelles il était en proie, vint quelques années après, réclamer la même opération pour l’autre sein.

Une jeune femme affectée de douleurs de la mamelle sans tumeur est opérée dix-sept fois de lobes indurés qui étaient le point de départ de douleurs très vives, irradiées aux parties voisines. Après chaque opération, la douleur se calmait; mais au bout de quelque temps, il survenait une autre induration d’un autre lobule de la mamelle, et la douleur • recommençait aussi vive qu’auparavant. Sur ce qui restait de la mamelle gau-

che, qui était la mamelle malade, Robert appliqua des pointes de feu (Tb. de Wickham, obs. 3).

Dans ces cas de sein douloureux sans tumeur, la lésion de l’organe, maminite chronique, ne* justifie pas l’ablation : on traite aujourd’hui la mammite chronique par la compression : le même traitement doit être employé lorsque cette maladie se complique de douleurs.

Il va sans dire que lorsque la tumeur, origine des douleurs, est de mauvaise nature, l’extirpation totale de la mamelle s’impose.

Nous avons vu, à la symptomatologie, que des gommes syphilitiques du sein pouvaient donner naissance au sein douloureux ; en pareil cas, il faut employer les mercuriaux et l’iodure de potassium.

Nous résumons le traitement de la façon suivante :

qu’il y ait ou non des tumeurs et spécialement si cette tumeur est un adéno-fibrome, la compression doit être employée aussi longtemps que possible : lorsque, malgré une compression bien faite, les tumeurs et les douleurs persistent, les tumeurs doivent être extirpées. La violence excessive des douleurs est-elle une raison pour pratiquer l’ablation de la mamelle ? Les lésions de l’organe ne paraissent pas justifier cette façon de procéder ; d’autre part, il peut se faire qu’après l’extirpation d’une mamelle, l’autre devienne malade. Il faut donc insister dans ces cas si opiniâtres sur la compression, sur l’emploi des opiacés et du bromure de potassium.

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