CHAPITRE XIII
il s'y trouvera encore au bout de quatre mois ! Je n'oublierai jamais ces maisons de thé pitto- -resquement placées sur le haut d'une colline ou sur le bord de quelque frais ruisseau, où, tandis que mes yeux suivaient irrésistiblement les allées et venues des jeunes servantes qui recevaient les visiteurs, les plus pauvres comme les plus riches, avec le même sourire et la même grâce, avec la même politesse exquise, j'écoutais les récits de quelque ami plus au courant que moi des coutumes du pays. Il s'agissait tantôt, comme dans l'histoire célèbre des quarante lônines,de ce sentiment d'honneur exagéré qui pousse tout bon Japonais à laver dans le sang de l'adversaire l'injure faite à son chef, et à se suicider ensuite en s' ouvrant luimême le ventre ; ou bien il était question de Tusage si fréquent de l'adoption et des avantages de cette coutume , qui permet de donner au nouveau venu les mêmes droits et la même position qu'occupe déjà le reste de la famille. Jamais je n'ai entendu parler de vols et il semble qu'au Japon il y ait plus d'honnêteté que chez nous. Cela tient peut-être aussi à des mesures que notre civilisation plus avancée a, je crois, raison de répudier, mais qui n'en ont pas moins ici de très-bons résultats et qui sont, d'une part, un système d^espionnage des plus complets, et, d'autre part, des lois draconiennes
OÙ la peine de mort se présente à chaque instant.
Je suis arrivé à Yokohama il y a près d'un mois, et mes premières impressions ne lui ont pas été très-favorables. La ville est bâtie sur un ancien njarais encore entouré d'eau de toutes parts, et il n'y a rien de séduisant dans l'aspect de ses bureaux et surtout de tous les hangars massifs qu'à la suite du grand incendie de 1866 on a bâtis à l'épreuve du feu. Le quartier japonais n'a guère meilleure apparence; il ne se compose, pour ainsi dire, que de boutiques de marchands de soie et surtout de vendeurs d'objets en laque, en bronze et en ivoire. Mais il faut dire qu'on y trouve des choses ravissantes, et, pour peu que l'on s'habitue au bout de quelque temps aux prix exorbitants qu'il faut payer, on arrive à passer des journées entières à brocanter de droite et de gauche : c'est la maladie épidémique dé Yokohama, et les résidents n'y échappent pas plus que les étrangers. Quand on se rencontre, on ne se demande pas comment on se porte, on dit plutôt : Qu'avez-vous acheté aujourd'hui?
Il y a 6 ou 700 Européens à Yokohama, non compris le régiment anglais et les quelques compagnies françaises que, dans ces temps de guerre civile, nos ministres ont cru devoir faire camper à côté de la ville, et non compris les équipages des