‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 127 sur 168 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

s'y aventurer, à cause de la guerre; mais cette fois-ci encore , comme en plusieurs occasions déjà, jcxn'ai eu qu'un mot à dire pour trouver chez les Hollandais Tamabilité la plus prévenante. Le ministre des Pays-Bas, M. de Polsbrook, s'est mis lui-même en tête de notre petite troupe, et il a su nous faire passer six journées qu'aucun des quatre amis qu'il avait avec lui n'oubliera jamais. Yedo est distante de Yokohama d'environ 6 ou 7 lieues ; on peut s'y rendre par bateau le long du golfe, ou en voiture en suivant le Tocaïdo. Nous avons pris l'une de ces voies pour aller et l'autre pour revenir; le golfe n'a rien de remarquable et il est fort insipide ; quant à la route de terre, elle est délicieuse. C'est une avenue sablée, bordée d'arbres çà et là, mais presque toujours alignée entre deux rangées de maisons, car ce Tocaïdo traverse tant de villes, de villages et de faubourgs, qu'il est une grande rue plutôt qu'une route. Nous faisions fort bon effet dans notre voiture découverte, précédés et entourés que nous étions d'une vingtaine de yakounines à cheval. Chacun se mettait sur sa porte pour voir passer les To-jins, les mères accouraient avec leurs enfants , les gamins nous criaient le joyeux bonjour japonais : ohaïo,ohaïo! et les nombreux voyageurs qui allaient ou venaient, les uns à pied, les autres en chaises à porteurs, se

rangeaient respectueusement en ouvrant de grands yeux pour pouvoir donner à leurs familles tous les détails de leur rencontre avec notre machine roulante.

Une seule chose préoccupait un peu M. de Polsbrook : il espérait que nous ne rencontrerions pas de cortège de daïmio, car, avec les usages féodaux et le dévouement un peu fanatique que les guerriers ont pour leurs princes, c'est toujours là un danger. Voilà que tout à coup ce cri tant redouté se fait entendre : Les voici, les voici! Nous avançons, et bientôt nous ne sommes plus qu'à une distance d'une vingtaine de pas les uns des autres; là, chaque parti s'arrête en même temps, mutuellement indécis. Le chef de notre escorte se porte en avant, on l'oblige à descendre de cheval et à mettre chapeau bas; enfin nous nous mettons sur un des bords du chemin, et tout le cortège défile à côté de nous. C'était d'abord une avant-garde de soldats habillés à l'européenne et le fusil sur l'épaule, puis une chaise à porteurs soigneusement fermée, de façon à nous dérober la vue du grand personnage qu'elle contenait; ensuite venait un cheval de bataille conduit en main par deux varlets, enfin un grand nombre de soldats et une énorme file de porteurs de malles et de caisses, car ici il est d'usage que les nobles ne sor-

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