CHAPITRE XIV
toujours procuré l'occasion d'admirer le génie pratique que l'on met à sortir d'embarras, j'avoue que j'en ai eu assez des trois accidents et des retards sans nombre que nous avons éprouvés entre Bear River et Omaha !
C'est en chemin de fer déjà que nous avons traversé les niontagnes Rocheuses. On y monte peu à peu et par des pentes si faciles au centre des vallées immenses de cette chaîne gigantesque, que Ton se trouve au haut de la passe sans croire qu'on puisse être arrivé à 8,200 pieds d'élévation. On passe lentement de plateau en plateau au milieu des neiges; çà et là un troupeau d'antilopes ou de magnifiques élans s'enfuit étonné du bruit insolite de ce monstre à vapeur que contemple d'un œil chagrin quelque chasseur indien, poursuivi ainsi par la civilisation jusque dans ses djerniers retranchements. Ces montagnes Rocheuses, dont le nom seul faisait frémir autrefois, sont vaincues à leur tour : qui donc oserait nier le progrès !
Demain nous serons à Saint-Louis, puis nous reverrons la Nouvelle-Orléans, Chicago, New-York, Boston, tous ces endroits intéressants que j'ai visités pour la dernière fois il y a dix ans, et dont je me réjouis de comparer le présent avec mes souvenirs d'autrefois. Je compté y passer un mois, et j'aurais certes du plaisir à continuer mes récits,
mais je sais que pour parler des États-Unis il ne suffit pas de quelques pages, qu'il faudrait leur consacrer un gros volume, et j'ai déjà mis à telle contribution la complaisance de mes amis, que j.e préfère clore ici mon journal et prendre congé d'eux aujourd'hui en remerciant tous ceux qui ont bien voulu me lire jusqu'au bout.