‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 23 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mais si l'aspect de Jérusalem est pittoresque, entourée comme elle Test de profonds ravins qui se croisent dans tous les sens et de vastes collines arides et nues, on est étonné, en même temps, que cette position ait été choisie pour y placer une capitale; rien n'était plus facile pour les armées ennemies que d'investir cette ville, et Ton s'explique aisément qu'elle ait été prise et reprise une quinzaine de fois, détruite et rebâtie si souvent dans le cours de son histoire prodigieuse.

Jérusalem a été le centre d'un monde antique et providentiel; elle est aussi le point de départ de l'ère nouvelle du christianisme et de la rénovation humaine qui l'a suivi ; ai-je besoin de dire que ce ne sont pas, certes, les souvenirs et l'émotion qui font défaut, du haut de ce mont des Oliviers, si vivant dans tous nos cœurs L

On descend par le jardin de Gethsémani, et il faut bientôt quitter la région des idées élevées pour traverser le dédale des traditions (pour ne pas employer d'autre terme) que la piété chrétienne a trouvé bon d'imposer aux fidèles. Non-seulement on montre dans le jardin de Gethsémani, enclos d'un mur blanchi à la chaux et qui vous révolte dans un lieu où on aimerait à être un peu abandonné à ses propres impressions, l'arbre même au pied duquel le Christ fut saisi et lié, et qui au-

rait donc aujourd'hui plus de dix-liuît siècles d'existence; mais encore il n'est pas, dans ce pays, le plus petit incident des Évangiles qui n'ait sa place marquée et pieusement révérée. Ainsi, pour ne citer qu'une chose entre mille, ne va-t-on pas jusqu'à montrer, dans le couvent de Sainte-Croix, l'endroit où était planté l'arbre qui servit à faire la croix de Jésus !

J'ai visité l'église du Saint-Sépulcre avec M. Mauss,

l'architecte chargé de la reconstruction de la coupole et avec lequel j'avais eu le plaisir de faire la traversée de Smyrne à Beyrouth. Quel vaste assemblage de constructions diverses, quel dédale de

chapelles et de couvents que ce Saint- Sépulcre, où tantôt cm monte jusqu'à des hauteurs de deuxième et troisième étage, et tantôt on descend dans des chapelles souterraines creusées profondément dans le roc. Ce n'est pas à proprement parler une église, c'est plutôt une réunion de lieux saints, qu'il faut parcourir soi-même pour la bien comprendre.

L'église du Saint-Sépulcre ou de la Résurrection a été bâtie pour la première fois (car elle a été détruite à deux reprises par les Perses et les Arabes) par l'empereur. Constantin et par sa mère sainte Hélène, sur l'emplacement présumé du Calvaire et du tombeau de Jésus. Il s'était donc écoulé trois siècles de persécutions, pendant lesquels la tradi-

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