CHAPITRE III
tion seule a pu conserver le souvenir des lieux saints, et de nombreux écrivains ont cru pouvoir contester leur authenticité en s'appuyant sur plusieurs passages historiques et évangéliques, grave question que je préfère ne pas approfondir et que mon premier sentiment décide du reste en faveur de la tradition, par la seule raison que Constantin devait être mieux à même de faire des recherches en Tan 326 que nous ne le sammes quinze siècles plus tard.
Je ne yeux pas m'arrêter non plus sur les rivalités terribles qu'engendre, parmi les différentes sectes, la possession de la moindre pierre de cette église, qui se trouve appartenir à la fois à tous et à personne; j'aime mieux garder un peu mes illusions et me borner à observer les pratiques religieuses des nombreux pèlerins qui m'entourent. Ce ne sont que prosternations, baisementad'autels, d'images et surtout de pierres sacrées ; ici, après avoir, détail original, passé devant le poste des soldats turcs chargés de maintenir Tordre dans l'intérieur de l'église, je vois le monde s'agenouiller et embrasser la pierre où les saintes femmes oignirent le corps du Christ; là, au fond de la chapelle d'Adam, c'est la fente qui se produisit dans le roc de Golgotha; plus haut, c'est le trou où fut plantée la croix, puis vient l'endroit que les Grecs regar-
dent comme le centre du monde, et tout au fond de la vieille chapelle de sainte Hélène, où Ton descend par un long escalier obscur et dont la coupole présente Taspect le plus saisissant, soutenue qu'elle est par quatre antiques piliers corinthiens, on arrive dans la grotte où la mère de Constantin retrouva la vraie croix.
Mais ce qui attire le plus particulièrement, c'est le tombeau du Christ, le Saint-Sépulcre proprement dit. Il est placé au centre de la grande rotonde, dans une petite chapelle de deux mètres carrés, et, pour empêcher que les baisers des fidèles ne finissent par user la pierre, la grotte sépulcrale et le tombeau lui-même ont été revêtus de plaques de marbre. Les pèlerins n'y entrent qu'à genoux, en baisant et le sol et le tombeau sur lequel ils placent d'ordinaire, pendant quelques instants, les chapelets qu'ils veulent consacrer. Je suis resté longtemps dans cet endroit sacré, si petit que l'on peut en toucher les quatre coins rien qu'en étendant les bras, et en même temps si grand que l'imagination s'y étend et s'y déploie à l'infini.
Mais ici encore, comme cela arrive trop souvent sur la terre, il n'y a qu'un pas à faire pour retomber des hauteurs de l'idéal à la réalité des faiblesses humaines : à côté du Saint-Sépulcre, et lui formant vestibule , se trouve la chapelle de l'Ange,