‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 43 sur 168 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

reux de saluer sans retard le frère de M. Jules. Ils sont bien curieux à voir. Le premier coup d'œil est infailliblement absorbé par l'énorme turban qui les garantit du soleil et dont la forme, la couleur et Tampleur varient selon la caste et l'emploi du sujet. Du turban, le regard descend au front tatoué de ' dessins rouges, jaunes ou blancs, selon la divinité sous la protection de laquelle chacun s'est mis plus spécialement; puis aux oreilles indéfiniment allongées et déformées par de riches et lourds bijoux. Enfin une tunique blanche, serrée par une grosse ceinture, descend jusqu'à leurs genoux, par-dessujs une espèce* de jupe-pantalon d'où sortent leurs pieds nus chaussés de babouches pointues. J'aurais ri volontiers de quelques détails, et cependant, à tout prendre, je trouvais en eux une certaine dignité qui me plaisait et qui semble inhérente aux Orientaux. Je dois ajouter que j'avais devant moi des hommes des classes les plus élevées et que ma description ne saurait s'appliquer aux Hindous en général; il faudrait un livre entier pour décrire tous les costumes, toutes les physionomies diverses que l'on voit à Bombay, depuis le paria quasi nu jusqu'au fakir excentrique ou au riche parsie. L'Inde est tellement gigantesque avec ses 180 millions d'habitants; ses mœurs, ses religions, ses dialectes sont si différents des nôtres et

souvent si impénétrables pour nous, que, certes, je n'entreprendrai jamais de traiter ces questions à fond ; je me contenterai de noter dans ce journal, comme je Tai fait jusqu'ici, mes impressions de chaque jour.

Vix n'habite pas la ville même; sa maison, son bungalow, comme on dit ici, se trouve à quatre ou cinq milles sur la colline de Malabar, et mérite une description détaillée, car, si ce n'est peut-être à Damas, je n'ai vu nulle part d'habitations plus idéales que les maisons de campagne des environs dç Bombay. Imaginez, sur le penchant d'une colline, un grand jardin où des fleurs brillantes croissent à Tabri des bananiers et des orangers ; au centre s'élève un pavillon à simple rez-dechaussée, où toutes les pièces sont de plain-pied et communiquent librement et facilement entre elles. On y pénètre par une large vérandah, où des fauteuils orientaux et des chaises longues invitent au doux far-niente pendant les heures trop chaudes de la journée. Le corps de bâtiment principal renferme le salon et la délicieuse salle à manger dont je parlerai tout à l'heure; à droite est la chambre à coucher du maître et les bains qui en dépendent; à gauche, la chambre des amis; tout cela trèsvaste, très-aéré, ouvert jour et nuit à la brise qui passe librement au travers de persiennes légères ,

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