CHAPITRE VI
mines ; le chef nous passa autour du cou et des poignets des colliers de roses, on nous offrit du bétel et Ton nous aspergea de senteurs; puis la conversation commença, et, sur ma demande, M. Bloomfleld parla religion. Quelque gracieuseté qu'ils missent à nous répondre, j'eus le regret, une fois de plus, de ne rien comprendre à ce brahmanisme, si compliqué qu'il faudrait, me dit-on, rester six semaines en tête-à-tête avec un prêtre pour commencer à y voir un peu clair ; aussi j'y renonce décidément.
Je ne saurais dire combien je rentrai enchanté de notre course : je plains sincèrement ceuxiqui, pouvant voyager, négligent ou dédaignent de le faire.
21 janvier.
Le réseau complet du chemin de fer de Bombay à Calcutta ne sera terminé que dans deux ans, et c'est en poste que Ton franchit pour le moment les 160 milles qui séparent Nagpore de Jubbulpore. Je suis parti dans les conditions les plus satisfaisantes, seul dans une voiture attelée de deux chevaux très-convenables ; je n'ai toutefois pas été surpris en voyant bientôt les choses changer de face. Dès le premier relais, je n'ai plus eu qu'un cheval, remplacé à son tour par deux bœufs, aux-
quels j'ai vu un moment, au gué de la Nerbudda, s'ajouter pittoresquement deux magnifiques buffles, et c'est ainsi que, passant sans cesse d'un attelage à l'autre, j'ai fini par n'arriver qu'au bout d'une quarantaine d'heures.
Il y avait deux moyens de prendre la chose : se fâcher ou en rire, et j'ai eu la chance de me trouver d'assez bonne humeur pour choisir le côté amusant de toutes ces lenteurs. Les Hindous travaillent très-convenablement une fois qu'ils sont en train ; le point difficile pour eux est de s'y mettre; il en est de même de leurs chevaux, et je ne sors pas de la plus stricte vérité en disant que nous employions quelquefois trois quarts d'heure à les décider, pour ne mettre ensuite qu'un .quart d'heure à dévorer au grand galop les 5 milles de notre étape. Le départ donnait lieu aux scènes les plus comiques : les chevaux, peu dangereux du reste à cause de leur petite taille, se cabraient, se jetaient de côté, se couchaient par terre, jusqu'au moment où, lassés par les cris et les efforts d'une vingtaine d'hommes, on les voyait prendre subitement, sans transition, le galop le plus frénétique.
Tout cela se faisait au milieu d'une poussière épaisse dont on peut se faire une idée en se souvenant qu'aux Indes, s'il tombe des torrents d'eau pendant la mousson des mois de juin, juillet et