‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 53 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

inévitables et Ton s'emparait de tout ou d'une portion du petit État.

Quoi qu'il en soit de ce procédé jésuitique, il faut reconnaître qu'en pratique du moins la fin a justifié jusqu'à un certain point les moyens. Les populations hindoues sont, en somme, beaucoup plus heureuses sous la domination anglaise qu'elles ne Tétaient sous l'oppression de leurs rajahs; les classes laborieuses, les commerçants et les cultivateurs ont appris à connaître le bien-être et la sécurité ; les classes élevées seules, telles que les prêtres et les guerriers, regrettent de ne plus pouvoir se livrer à leurs exactions précédentes, ets'appuyant sur les prtjugés religieux, si profondément enracinés aux Indes, résistent au progrès. La victoire restera aux Anglais, car ils ont pris les meilleurs des alliés : les chemins de fer, l'instruction, le commerce.

19 janvier.

Nagpore esta peu près le point central de l'Inde. C'est une grande ville d'une centaine de mille habitants, et ses rues poudreuses, encombrées de chars à bœufs, de chameaux et d'éléphants, ses boutiques tout ouvertes où se fabriquent presque en plein air les produits de l'industrie native, ses

étoflfes, ses bijoux, sa poterie, sa vaisselle de cuivre et surtout la confection de ces sucreries dont rinde semble si friande, tout cela m'a vivement intéressé.

J'étais accompagné par M. Bloomfleld, l'un des principaux employés du gouvernement, et grâce à lui j'ai pu enfin pénétrer dans un temple hindou. Il se composait d'un grand jardin planté d'arbres odoriférants, au milieu desquels s'élevaient des pavillons de marbre blanc travaillé à jour et des coupoles en pierre rouge dont les mille sculptures représentaient autant de divinités, les unes à trompe d'éléphant, les autres à plusieurs bras ou à plusieurs têtes. Tout autour et fermant l'enclos se trouvaient les habitations des brahmines.

Dans l'un de ces pavillons, un des prêtres célébrait justement le culte de son dieu en battant des mains et en chantant à tue-tête. Contrairement à mon attente, notre présence ne parut nullement le gêner, pas plus qu'elle n'arrêta les cinq ou six' musiciens qui lui servaient d'orchestre et qui continuèrent à accompagner sa psalmodie sur les violons et les tambourins les plus impossibles à décrire.

Bientôt on nous mena sous un dais central et l'on nous fit asseoir en face des principaux brah-

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