‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 56 sur 168 · janvier · texte numérisé non relu

janvier

Je passe ma soirée aujourd'hui à Allahabad, au confluent des deux rivières saintes du Gange et de la Jumma, au centre de cette fertile et populeuse vallée du Gange qui, longue de 400 ou 500 lieues, compte quelque chose comme 100 millions d'habitants et se couvre chaque année des récoltes les plus riches. La situation d'Allahabad me semble des. plus importantes ; c'est le point de concentration des chemins de fer de Bombay, de Delhi et de Calcutta, et aujourd'hui que la rapidité des communications devient de plus en plus indispensable, je ne serais pas étonné que le gouvernement y transportât un jour sa capitale politique.

J'ai quelques heures devant moi et je ne saurais mieux faire, je crois, que de les employer à revoir un peu l'histoire de cet immense empire des Indes. Les premiers temps en sont comme toujours, mais

ici plus encore que d'ordinaire, obscurs, impossibles à préciser. Nous savons seulement que Tlnde possède une des religions les plus anciennes du monde, que les livres sacrés des Hindous, les Védas, qui sont le fondement du brahmanisme, sont écrits dans cette langue sanscrite, morte aujourd'hui et qui, chose singulière, offre de si curieuses analogies avec les idiomes de l'Europe, avec le grec, le latin, le tudesque. Nous connaissons enfin les lois de Menou, dont le nom rappelle involontairement celui de Menés, lorsque surtout on se souvient de la grandeur de la vieille Egypte et des rapports

commerciaux qu'elle devait avoir avec les Indes.

Arriverons-nous jamais à recomposer l'histoire de ces temps antiques, et combien est vaste, en tous cas, ce champ de recherches, d'études ou de rêveries!

Mais il est un point qui n'offre pas de doute : rinde n'a jamais été conquérante, elle a toujours servi de proie aux invasions étrangères. Il est des pays où la fertilité du sol, le climat délicieux, la âouceur de la vie, amollissent et énerv'ent l'homme : là on voit les familles se restreindre peu à peu, la population diminuer lentement mais fatalement. Il en est d'autres, au contraire, où l'existence plus rude développe l'énergie du peuple, où les familles sont nombreuses et s'augmentent sans cesse, jus-

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