‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 57 sur 168 · CHAPITRE VL i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL i

qu'au moment où rémigration d'une partie d'entre elles devient nécessaire, inévitable. On voit alors, au moment fixé par la Providence, ces peuplades plus barbares fondre sur leurs voisins amollis et venir les régénérer en se mêlant à eux. Puis les envahisseurs subissent à leur tour Tinfluence du climat; chose curieuse, ils adoptent les habitudes des vaincus plutôt qu'ils n'imposent les leurs, et l'histoire nous montre malheureusement que jusqu'ici ce lent travail des siècles a toujours recommencé pour aboutir chaque fois à un résultat à peu près pareil. L'humanité finira-t-elle par triompher de ce cours fatal des choses? Je le crois, et j'ai confiance, quant à moi, dans l'avenir du monde, pour peu que les hommes sentent de plus en plus que leur religion ne doit pas consister dans la vague contemplation des mystères de ce qu'on appelle la Foi, mais bien dans leur coopération active, chacun dans la mesure de ses moyens, au développement de la civilisation et du progrès. L'Inde a donc été envahie de tout temps ; elle ne pouvait pas l'être autrefois par mer, puisque alors nous n'avions pas encore transformé en grandes routes ces océans que les anciens regardaient comme des barrières; elle ne pouvait pas l'être par le nord, où la protégeait la chaîne infranchissable de l'Himalaya; c'est par la vallée de Tlndus

seule qu'ont débordé successivement les hordes de ces contrées de l'Asie centrale, de ce Turkestan, de cet Afghanistan, de ce Kaboul, que Ton peut à bon droit nommer le foyer des invasions du monde.

La première de ces invasions dont l'histoire ait trouvé quelques traces est celle des Dravidiens ; puis vint, 2 ou 3,000 ans avant Jésus-Christ, celle des Aryens parlant le sanscrit ; puis les Huns blancs, contemporains de notre ère et dont on retrouve la race guerrière dans le Radjpoutana; enfin, et ce n'est qu'ici que nous .commençons à avoir des notions historiques certaines, Tlnde ne pouvait échapper à l'esprit de conquête si remarquable qui, pendant plusieurs siècles, porta dans toutes les directions la doctrine de Mahomet.

Cette implantation des races musulmanes ne s'est pas faite en une fois et tout d'une pièce ; commencée vers l'an 1000 par le sultan Mahmoud venu de Gazna, elle se continua dans les siècles suivants par les Gourides et par les Kharides, enfin elle fut signalée en 1398 par les massacres de ïamerlan, dont les descendants fondèrent définitivement, quelques générations plus tard, l'empire du Grand- Mogol. Cet empire célèbre date de Baber, au commencement du XVI® siècle ; il se développa surtout sous le grand Akbar et réalisa durant un siècle et demi tout ce que Ton pouvait rêver d'éclat et de

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