‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 72 sur 168 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

et se mêlant de modifier la mesure; quel tableau ne serait-ce pas ! »

Le Bouddhisme, si j'en juge par le beau livre que sir Emerson Tennent a écrit sur Ceylan, est une religion tout à fait insuffisante pour la masse du peuple; c'est un rationalisme qui, s' appuyant entièrement sur ridëe de la perfectibilité indéfinie de rhomme par lui-même et sur les avantages de la pratique de la vertu, pourrait suffire peut-être aux classes les plus élevées, mais ne saurait lutter victorieusement contre les passions de la multitude. Il faudrait ajouter à cette morale la croyance en Dieu et dans l'immortalité de Tâme, Dieu créateur et miséricordieux d'après les uns. Dieu sauveur selon les autres, mais avant tout Dieu. Or chez les Bouddhistes cette notion n'existe pas et leur Bouddha lui-même n'est considéré que comme le premier homme qui ait atteint la perfection et qui soit conséquemment digne de l'admiration de tous.

Dans ces conditions les classes inférieures, sentant le besoin d'une influence mystérieuse, ont ajouté peu à peu à leur religion primitive le culte des démons, qu'ils cherchent à apaiser par toutes sortes de cérémonies, et les classes supérieures, empruntant à leurs voisins quelques-unes de leurs doctrines, se sont divisées en une grande quantité de sectes.

Quoi qu'il en soit, le Bouddhisme règne encore, en Chine, au Japon et au Thibet, sur trois cent cinquante millions d'hommes, soit près du tiers des habitants du globe, et c'est jusqu'ici la religion la plus répandue au inonde.

Avant de quitter Kandy je suis allé jusqu'à Ramboddy, où j'ai visité une plantation de café. Les terrains les plus favorables à cette culture sont les sommets et les versants des collines, et leur aspect général m'a vivement désappointé. Je m'attendais h voir de beaux et grands arbustes, croissant en liberté avec la vigueur tropicale, et j'ai trouvé des arbres nains dont on arrête la croissance à une hauteur de deux à trois pieds au-dessus du sol et qui sont plantés régulièrement comme Test la vigne chez nous. Le feuillage en est d'un Irès-beau vert et m'a rappelé notre houx, mais rien n'a pu m'arrachér mon impression première : une plantation régulière, tirée au cordeau, fait mauvais effet au milieu de la végétation désordonnée de Ceylan. Mais le côté artistique est ici à laisser en dehors; ce qu'il faut voir avant tout c'est la richesse que le café apporte dans la colonie, ce sont les beaux développements de cette culture qui, introduite pour la première fois dans l'île en 1825, est arrivée aujourd'hui à couvrii' 60,000 hectares et à donner un produit annuel d'une quarantaine de

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