CHAPITRE VII
de mes meilleurs souvenirs sera celui d*uDe promenade au jardin botanique de Peradenia, où j'ai eu un plaisir d'enfant à faire des études pratiques sur les arbres des tropiques, en cueillant et en goûtant de tous leurs produits, depuis les noix de coco, les amandes, la cannelle, la muscade et la vanille jusqu'aux clous de girofle, aux mangos, à la goyave, au poivre et à Tarbre à pain.
J'ai visité aussi, en compagnie d'un jeune avocat anglais, le fameux tenaple bouddhiste où l'on conserve une des dents de Bouddha. Je n'aime pas d'ordinaire à visiler des temples avec des Anglais; ils ne savent pas respecter les religions des autres et se moquent de vous lorsque vous vous découvrez ou que vous ôtez vos. souliers : cette fois-ci encore j'ai commencé par regretter de ne pas être venu seul, mais j'avoue que lorsque j'ai vu le sansgêne avec lequel les prêtres bouddhistes eux-mêmes traitent leur culte, j'ai fini par tourner la chose en plaisanterie et par rire avec mon ami. Nous avions prévenu de notre visite et l'on nous attendait. Il était sept heures du soir et de nombreux lumignons éclairaient le temple; les prêtres, vêtus d'écharpes jaunes et la tête entièrement rasée, portaient d'une main les clefs du trésor et de Tautre les plateaux d'or où nous aurions à déposer notre offrande. On ouvrit plusieurs portes d'un bâtiment
fort simple et dont Tarchitecture ne signifiait pas grand'chose ; on nous fit monter un escalier et là, derrière une grosse grille, nous vîmes plusieurs cloches d'or et-d'argent recouvertes de rubis et de topazes; Tune d'elles recouvrait la dent sacrée, mais pour la voir il nous eût fallu un ordre du gouverneur ou peut-être de grosses offres pécuniaires, et }'ai déjà vu tant de ces reliques dans notre bonne Europe que j'y renonçai sans peine, je l'avoue. On nous montra ensuite toute une série de bouddhas les mains jointes et les pieds croisés, et devant chacun d'eux le plateau obligé fonctionnait avec la régularité que nous connaissons tous.
Tout à coup le culte de Bouddha commença ; c'était une musique impossible, un véritable charivari de grosse caisse et de petite flûte ; mon avocat anglais mis en gaieté s'empara d'un des instruments et, frappant à tort et à travers, se mit de la partie au grand amusement des prêtres, jusqu'au moment où, voyant que je ne l'approuvais qu'à moitié, il me désarma et me rallia à sa bonne humeur en me jettant à brûle-pourpoint cette phrase que je n'oublierai jamais, tant elle avait d'à-propos et de piquant : « Changez maintenant les rôles et voyez deux Singhalais entrant dans une église catholique en Europe, s'emparant de l'ophicléide