CHAPITRE VIII
colonies anglaises qui garnissent le détroit de Malacca. Ce détroit, on le sait, est le grand chemin du Japon et de la Chine, aussi bien que de Saïgon et de Siam, et, je Tavoue, j'ai eu le cœur serré lorsque, passant successivement en face de Penang,de Malacca et de Singapore, j'ai cherché en vain sur ma carte quelque endroit français où nos navires pussent se ravitailler en cas de guerre. Si nos bons rapports actuels avec l'Angleterre devaient jamais cesser, la grande route nous serait fermée, il nous faudrait aller bien loin dans le sud chercher un . passage entre les îles de Java et de Sumatra. Je ne suis pas un homme d'État, Dieu merci I et je puis exprimer tout simplement les idées que me suggère le plus humble des bons sens, je me demande donc si maintenant que les pays de l'extrême Orient prennent chaque jour plus d'importance pour nous, si, au moment où notre colonie de Cochinchine parait grandir et avoir du succès^ la France ne pourrait pas avoir, elle aussi, son point de relâche dans le détroit de Malacca. Qui sait si la Hollande ne nous céderait peut-être pas volontiers une petite lie sur la route, les îles Karimon, par exemple, car elle ne voit sans doute pas d'un œil tranquille l'Angleterre s'approcher de plus en plus des Indes néerlandaises ? \
6 mars.
Ce n'est pas sans raison que Ton représente l'Amour avec des ailes; nous venons de lui devoir l'une des traversées les plus rapides qui se soient jamais faites entre Singapore et Batavia : 53 heures, y compris deux escales de trois heures chacune, à Rhio et à Muntok. Notre capitaine était amoureux et* son histoire est intéressante en ce qu'elle contient un curieux exemple d'une coutume qui n'existe, je crois, qu'en Hollande; je ne connais pas d'autre pays où l'on puisse dire que l'on est. marié et que cependant on n'ajamais vusa femme! Chacun sait que les Anglais établis dans les possessions éloignées chargent souvent leurs familles de choisir pour eux en Angleterre une jeune fllle qui se met alors bravement eh route toute seule et qui, le jour de son arrivée aux colonies, ne quitte le navire que pour se rendre à l'église. Les Hollandais commencèrent par en faire autant, mais soit qu'ils fussent plus volages ou plus difficiles, il arriva chez eux que plus d'une fois, au nioment de son débarquement, la pauvre fiancée fut laissée toute penaude. C'est alors que pour la « sécurité des familles » on imagina le mariage avec le gant : le prétendant envoie sa procuration à l'un de ses amis en Hollande, celui-ci signe le contrat, mais