CHAPITRE VIII
21 mars.
Je suis à Singapore, attendant le . bateau des Messageries qui doit arriver aujourd'hui ou demai;i et sur lequel je m'embarquerai pour Saigon. Singapore offre quelques ressources et je ne regrette point le temps que j'y ai passé. C'est un entrepôt par excellence et Ton y peut étudier aussi bien les hommes de toutes races que les affalres de tous les pays. Chinois, Malais, Hindous et Européens y sont représentés non -seulement dans leur type primitif, mais encore en cent degrés intermédiaires, et nulle part au monde on no peut mieux les comparer. Les Chinois sont les plus nombreux; ils occupent tout un immense quartier et Ton dit qu'ils y sont plus de cent mille;, on a plaisir à se promener dans leur ville où, dans des boutiques ouvertes sur la rue, on les voit tous, depuis le plus grand jusqu'au plus petit et du matin au soir, activement occupés à leur travail ; il y a de la ressource avec une nation pareille et je me réjouis d'étudier leur pays. Le commerce de détail et la petite industrie sont entièrement entre leurs mains et même plusieurs de leurs riches négociants savent tenir tête aux Européens pour les affairés de long cours. Quant aux Hindous ils sont plus modestes et surtout plus ignorants ; ils
sont généralement ou portefaix ou cochers de fiacre. Les Malais, eux, sent marins et passablement paresseux.
J'ai fait un jour une jolie course sur la presqu'île de Malacca, en conjpagnie de deux messieurs français qui allaient y acheter des bois de construction pour l'arsenal de Foo chow. Partis de grand matin, nous avons traversé toute Tîle, pour franchir ensuite Tancien et beau détroit de Singapore et nous sommes allés rendre visite au rajah de Djohore. C'est un beau garçon et, ce qui vaut mieux encore, un homme intelligent, avec lequel nous avons eu plaisir à visiter la nouvelle ville qu'il bâtit à Tanjampoutrie et qui, grâce à une grande scierie anglaise et à des bois superbes, se développe çt grandit rapidement. Le rajah nous a fait voir son tribunal, la prison de ses condamnés et même son exécuteur des hautes œuvres ; il ne nous a caché qu'une chose, celle justement qui peut-être nous intriguait le plus, ses femmes! Il nous a fait les honneurs de la peau d'un tigre qu'on venait de tuer dans les environs; ces animaux ne sont pas chose rare ici, du reste, car le chiffre officiel des hommes mangés par eux, dans la seule île de Singapore, s'élevait encore il y a peu d'années à quatre cents par an, et s'il est un peu moindre aujourd'hui, il est encore suffisant