‹ Seize mois autour du monde, 1867-1869: et particulièrement aux Indes enChapitre 85 sur 168 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

pour ce qu'il a fait pendant les dix dernières années dans le but d'ouvrir de plus en plus Textrême Orient à notre commerce et à notre industrie. Par la création du service des messageries, par l'établissement des agences du comptoir d'escompte, par notre coopération militaire, dans des proportions parfaitement dignes de nous, à toutes les expéditions des Anglais dans les mers de Chine, enfin par la prise de possession de Saigon, l'empereur a fait pour la France tout ce qu'il était possible, et je ne saurais réellement que demander de plus; c'est maintenant à la nation français^ à répondre, à suivre la voie que l'on a jalonnée pour elle. Si elle ne le fait pas, si notre commerce ne se développe pas dans ces mers-ci, nous ne pourrons pas, je le dis bien haut, nous consoler en rejetant, comme nous aimons tant à le faire, la faute sur notre gouvernement, npus ne pourrons dire qu'une chose: nostrâ culpâ!

Deux jours après avoir quitté Singapore, nous avons passé au milieu des îles françaises de Poulo Condor et quelques heures plus tard nous sommes arrivés en vue du cap Saint-Jacques, à l'embouchure de la rivière de Saigon. Là, deux ou trois collines boisées s'élevaient à quelques centaines de pieds au-dessus de l'eau ; mais aussitôt que notre navire s'est engagé dans le fleuve, les rives sont

devenues bassos et plates. Nous avons fait ainsi une quarantaine de milles à travers, des terres marécageuses, couvertes aujourd'hui de palétuviers, mais qui plus tard formeront sans doute de magnifiques rizières, et laissant à droite et à gauche d'innombrables canaux naturels que Ton nomme ici des arroyos et qui joignent par mille branches les grandes rivières du beau delta cochinchinois, nous avons suivi le chenal principal, assez profond partout pour les sept mètres d'eau que calait nmpèratrice, et nous n'avons jeté l'ancre qu'au moment où nous nous sommes trouvés en face de la ville de Saigon.

Mes amis me pardonneront si j'entre dans quelques détails, mais il s'agit d'une terre française et c'est là, je l'espère, une excuse valable. Au moment de nous arrêter, nous avions donc à notre gauche la ville, que nous voyions s'appuyer à là fois sur le fleuve et sur un grand arroyo qui s'enfonçait dans les terres, pour aller rejoindre à quatre ou cinq kilomètres plus loin la place commerciale de Cholen ; à notre droite s'étendait une plaine marécageuse et encore inhabitée, tandis qu'en amont et en aval de notre bateau une trentaine de trois-mâts, que de nombreux chalands chargeaient de riz, témoignaient de l'importance croissante de notre jeune colonie.

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