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CHAPITRE PREMIER

* CONDITIONS DE I.'ORDnx: ET DE LA LIBERTE.

Supposons que le peuple nous donnât missioa dVlaLlir, au lieu de cette monarcliie constitutionnelle , qui fuit l'envie de l'univers, une forme de'niocratique de gouvernement, agirions-nous en amis de notr* pays si nous accédions à ce vœu ?

Fox, 2J mars 1771.

La révolution de 1 83o inscrivit sur ses bannières les deux plus grands noms que Dieu ait faits : Tordre et la liberté. On a vu que le programme de l'Hôtel-de- Ville ne contient que trois mots: la royauté, la charte et la paix; c'est-àdire l'ordre au dedans et au dehors, l'ordre et toutes ses garanties, l'ordre à la plus haute puis-

sance, l'ordre avec la liberté. Il a été bien établi que ce sont là les jDromesses de juillet , les promesses faites par le gouvernement des barricades à trente et un millions de Français. Comment ontelleg , été tenues? ':i!/. sfîf ••:.i!.' •»?T;*A; ' Je rechercherai d'abord ce qui a été fait pour la liberté; et je déclare que j'accepte comme bons et utiles, comme favorables en effet à la liberté véritable , quel que puisse être mon jugement personnel, toutes les innovations établies par la charte révisée. Moi qui demande que le parti victorieux se tienne au point d'arrêt que luinijênie posa, je ne donnerai pas l'exemple d'infirmer les engagemens pris. Dans la charte, telle qu'elle a été transcrite à la hâte, sur im pieu des barricades, je respecte deux choses: l'acceptation de la France et mon serment.

Mais j'ai droit à mon tour d'exiger qu'elle soit fidèlement gardée : j'ai droit de l'exiger au nom de cette France qui l'accepta; et plus les nouveau texte a été prodigue de concessions aux ombrages, aux défiances, aux ambitions populaires, plus il importe de rappeler à l'esprit de cette charte et de là. révolution qui la prit pour règle , et toutes les lois et tous les pouvoirs; plus il convient de rechercher avec scrupule, à côté de tout ce qui a été fait pour la liberté, ce qui l'a été pour l'ordre,

ce qu'ont fait les lois, ce qu'a fait l'autorité suprême , pour ce premier , ce plus pressant intérêt drs peilples. icnB'I

Qu'a-t-on fait, alors surtout qu'on était au lentlemain d'une révolution et qu'il importait à la ■fois de resserrer tous les liens sociaux, de rasseoi*i' l'état, ébranlé par une secousse violente, de Tameuer promptement la nation agitée au respect de l'ordre et à la conviction de sa stabilité ? Le parlement anglais, le jour où il couronnait Guillaume IIÏ, alla en cor[)S célébrer l'annivei'saire cxj)iatoire du meurtre de Charles I", afin de mettre un abîme, dans l'esprit des peuples, eutre la révolution qui avait consommé, par le régicide , la violation de toutes les lois sociales , et celle qui, en dépossédant Jacques II, n'entendait autre chose qu'assurer l'inviolabilité des lois. Napoléon, lorsqu'il rétablit la royauté au. sein de la France révolutionnaire, ne crut pas pouvoir environner le trône nouveau d'assez de prestiges pour lui assurer les respects publics. Le génie et la gloire même ne lui parurent pas une consécration assez haute pour remplacer celle des siècles; il prétendit appuyer au ciel ce trône qui n'avait point de racines ; et tandis qu'un évêque aurait suffi à sacrer roi un fjls de Louis XIV, il ne voulut rien moins qu'un pape, le vicaire du

dieu que révère le monde catholique, pour inaugurer le restaurateur de l'ordre, le vainqueur de l'anarchie, l'homme du i8 brumaire, le conquérant de l'Italie. Nous, qu'avons-nous fait pour donner de la consécration à nos œuvres, pour lier notre cause à celle des lois éternelles de ce monde, pour ôter à nos amis aussi bien qu'à nos ennemis la pensée de tout parallèle avec l'effroyable sœur aînée de la révolutions de 1 83o?

Dans l'ordre, il y a deux choses : l'ordre matériel d'abord , celui qui frappe tous les regards , qui préoccupe tous les esprits et qui n'est pourtant à l'ordre véritable que ce que l'ombre est au corps et le symptôme à la réalité. Celui-là est du ressort des sergens de ville et des soldats du guet. Il consiste dans la police des rues; c'est la faculté pour le marchand de vendre et pour le citoyen de courir. Ce n'est pas de cet ordre extérieur et subalterne que je m'enquiers. S'il a été troublé sans cesse; si Paris a eu ses émeutes, ses épouvantes, ses bris de boutiques, ses confiscations d'omnibus et de voitures au profit de barricades nouvelles, à peu près tous les mois ; si chaque ville de province a semblé se croire tenue d'avoir sa sédition pour rivaliser avec la capitale, ce sont là des misères: c'était tout ati plus la plaie qui accusait la blessure profonde du corps social. Que

nos blessures fixassent une fois la sollicitude de tons les pouvoirs , qu'ils voulussent : le désordre visible, l'émeute devait rentrer dans son néant.

Mais l'ordre a des conditions plus hautes. Comment les a-t-on raffermies? L'a t-on seulement tenté? Les pouvoirs n'ont-ils pas accru et perpétué l'ébranlement? Toutes nos créations successives, si tant est qu'on puisse appeler créations nos enfantemens convulsifs, nos éruptions de scories brûlantes, notre remue-ménage de ruines, ces créations , dis-je, n'ont-elles pas toutes porté à faux? Voilà le point où j'essaierai d'appeler la lumière.

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