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CHAPITRE IV

VICTOIRES DU BÉSORBRE P&3. I.'CMEUTE.

Encore une fois, il y a eu, pour l'ordre, cinq grandes et bonnes victoires. Mais il faut le dire; les pouvoirs, sur tous les autres champs de batailles, ont reculé devant l'esprit révolutionnaire à pas de géants. Ils lui ont livré, dans les institutions, dans les lois, dans le gouvernement tout entier, plus de terrain cent foisqu'ils n'en gagnaient sur lui, à chaque sédition, dans les carrefours. L'émeute dispersée, aspergée, pourchassée par la cité sous les armes, a, cependant, semblé trop long-temps dicter des lois à la France. Tous les ministères ont dû plus ou moins accepter le frein; la question de la pairie l'a fait voir. Seulement , l'administration actuelle le ronge, le secoue, le

brisera, s'il plaît à Dieu! et le ministère Laffittè le léchait.

L'émeute a voulu la dissolution de la chambre qui avait fait la révolution de juillet; et, tandis que la Convention avait donné l'exemple de se perpétuer au pouvoir pour perpétuer son ouvrage, tandis qu'elle était allée jusqu'à imposer à la France l'obligation de réélire un tiers de ses membres , nous , pour complaire aux clameurs de la place publique, nous changeons à la fois la chambre , les éligibles, les électeurs, dans quel temps, grand Dieu? Quand le premier besoin était de tout achever et de tout affermir!

L'émeute se rue contre le Luxembourg coupable d'avoir retenti d'un arrêt courageux et magnanime, [j'émeute hurle contre la pairie , et après que la couronne, aux premiers jours d'août, n'a pas craint de constater deux fois, par la nomination des Soult et des Duperré, son droit royal de donner des pairs au royaume, ce droit reste suspendu ; il sommeille. La chambre demeure incomplète et impuissante; elle est pendant seize mois délaissée par les dépositaires de l'autorité royale. Elle est nlors attaquée de front, sapée à outrance par la bande noire qui mène les élections. Si elle tombe, à qui sera la faute?

L'émeute casse les vitres d'un ambassadeur

pour pétitionner, comme font à Constantinople les janissaires, en faveur d'une révolution lointaine; et le ministère, qui se sent impuissant à secourir la malheureuse, l'iiéroïque Pologne, qui tient à rester en bons termes avec la Russie, qui veut enfin la paix du monde, le ministère ne peut se dispenser de prodiguer les expressions de sa vive sympathie pour ce peuple qui combat contre le monarque que les traités lui donnent; d'où il suivrait que, si les difficultés de la situation étaient moins appréciées au-dehors, on aurait compromis la paix sans essayer la guerre, et exaspéré Pétersbourg sans sauver Varsovie. Qu'on eût laissé au contraire les expressions de la sympathie nationale jaillir de toutes les bouches, de tous les cœurs, de tous les bancs, et que le ministère eût gardé un prudent, un digne silence, l'Europe aurait connu les dispositions de la chambre, ignoré celles du cabinet, mesuré notre puissance, pesé notre médiation. Nous aurions fait davantage pour la Pologne; nous n'aurions pas rempli le monde et centriste la France de cette déclaration officielle : la France veut et ne peut pasi

L'émeute plante à Tarascon , malgré l'autorité qui le prohibe, un arbre delà liberté. Elle livre à ses pieds, elle gagne une bataille, et, cela fait.

l'arbre restera debout, à Paris , elle attaque des monumens saints ; elle est vaincue et mise en fuite ; mais ses œuvres lui survivront commesi c'était elle encore qui eût vaincu. I.'église qu'elle a touché demeurera interdite à Dieu et à ses ministres. Il faut qu'un écriteau mensonger charge du nom de mairie du 4* arrondissement ces vieilles murailles pour protéger la maison du Dieu qui est, selon la charte, celui de la majorité des Français, contre les cannibales qui existent, ou qu'on invente. Honteuse inscription ! Sanglante injure , qui est à faire croire au monde que nous ne sommes plus une nation civilisée! Au nom du ciel, songez clone que cette église, le jury l'a absoute! Qu'elle jouisse du privilège de tous les accusés ! s'ils ne sont détenus pour autre cause, on leur permet de se faire voir aux hommes à visage découvert, sans fers, en liberté.

En revanche, il plut à l'émeute de décerner les honneurs du Panthéon à un éloquent orateur, à un spirituel écrivain, qui demandait aux Bourbons, en i8i45 de ne pas faire Vimmoral abandon de V oriflamme de leurs pères pow prendre un drapeau tout sanglait de crimes et dépouillé de tout succès '.'... Dans les vingt-quatre heures une

' De l'esprit d'usurpation el de conquêtes,

loi est apportée aux chambres qui promet aux admirateurs et aux amis de M. Benjamin Constant la satisfaction que l'émeute a réclamé. Arborerat-on le drapeau tricolore sur son cercueil?

jDans le même temps, c'était le septième mois de l'avènement de la seconde branche des Bourbons au trône deFrance, l'émeute voulut que ces princes-, élevés sur le pavois sous l'unique condition de respecter la charte, fissent à sa haine brutale pour le passé de la patrie un sacrifice auquel les législateurs de la révolution n'avaient pas songé, le plus grand qui pût être proposé à des princes qui trouvaient dans ce passé leur vertu , leurs titres, et en quelque sorte leur candidature à la couronne. Elle demanda que le vieil écusson delà France fut abattu, et il s'est trouvé en ce temps-là un ministère pour vouloir qu'une ordonnance royale l'abattît. C'était vouloir une nuit du 4 août au profit de la royauté. Pour complnire aux fantaisies anti-sociales de l'émeute régnante, on a vu ces étranges contradictions : la révolution, qui était remontée à travers les âges jusqu'au prétendu coq gaulois, répudiait le souvenir de dix siècles qui apparemment n'ont pas été tous sans gloire ; et l'autorité royale effaçait de nos monumens la fleur-de-lis royale qui y était , pour rétablir les statues impériales qui n'y étaient pas.

Puis Ton se plaint de voir que la sédition bouillonne sur toute la face de la France, comme ces scories qui fument au pied d'un volcan ! Mais pourquoi la sédition serait-elle le monopole de la capitale du royaume? Le dernier des hameaux n'at-il pas, comme Paris, droit à l'émeute? Strasbourg, Orange, Perpignan, P»éziers, Cahors, Grenoble, insurgés contre les impôts qui les blessent, ne font-ils pas de la force un usage aussi légitime que les bandes du Carrousel armées pour insulter aux annales de la France, dont il plaît à leur orgueil de boue de se sentir gêné ? Au spectacle de populations soulevées contre l'impôt et contre la loi , tout le monde est fr nppé de cette violente atteinte à la constitution du pays; tout le monde reconnaît l'anarchie, et la voit flagrante. Eh bien ! la lésion de l'ordre était mille fois plus profonde dans ces autres révoltes, dans ces autres concessions, [qui ont passé inaperçues et qu'une seule voix accusa du haut de la tribune française. Les insurrections de la Vendée attaquent le gouvernement; celle d'Orange ou de Cahors, l'état; celle de Lyon , la société. Ici c'était la famille même, c'était le cœur et l'âme de l'homme qui étaient ou attaqués ou corrompus jusque dans leurs plus intimes replis.

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