CHAPITRE II
REVOIUTION.
Une voix éloquente a nommé ces catastrophes le suicide de juillet *. Le voici qui se consomme. Le 20, le 29 juillet n’avaient tué qu’un roi. Les derniers jours de cette semaine immense, la monarchie tombe.
Le a5 juillet avait tué un roi; car le coup d’état avait épuisé la vertu du sacre de Reims. Comment Charles X vaincu aurait-il régné? C’eût été le retour de Varennes, et bien pis encore. Il fallait le sacrifice du roi pour le salut de la royauté!
La royauté pouvait être sauvée, même après la chute du Louvre, si elle eût apparu à l’instant même, renouvelée d’une génération, tendant la main à la Charte victorieuse, donnant un gouver-
1 M. de La Martine , Politique rationnelle .
nement à ces huit cent mille hommes qu étonnait leur indépendance redoutable, ou convoquant à Saint-Cloud les grands pouvoirs et appelant de l’insurrection, dès lors dénaturée, à la Charte elle-même et à la France. Il faut se rappeler que la veille, à quatre heures du soir, M. Laffitte, M. Mauguin, les représentans de l'opposition, attendaient, dans ce même Louvre , une audience de M. de Pçlignac , heureux d’obtenir un changement de ministère et n’élevant pas leur ambition plus haut. Au moment où le peuple emportait les Tuileries, Charles X s’était fait annoncer, et les mêmes députés s’apprêtaient, comme tout le peuple, à le recevoir en sujets heureux de pouvoir traiter avec leur roi.
Jusqu’alors personne n’avait cru à toute la portée des événemens accomplis. On aurait pu se méprendre à Saint-Cloud; on se méprenait dans Paris même. Le miracle passait la croyance de ceux qui avaient le plus de foi à la puissance du nom de la charte et du bon droit de la France. On pourrait dire en quel lieu on délibérait sur la question de savoir si l’impôt devait cesser sur-lechamp d’être payé, ou s’il n’était pas obligatoire pendant l’exercice entier de i83o, tandis que déjà le glaive populaire avait tranché le nœud. La bataille gagnée, on était loin de croire la campagne
finie; plus loin de penser qu’elle eût décidé d’une couronne. La journée du 29 tout entière se passa dans l’attente d’une agression des troupes royales. Le vendredi 3o, les arbres chenus des boulevards, justifiant ce vieux nom, tombaient encore pour dresser de nouvelles barricades. Alors 011 s’inquiétait et de Saint-Cloud, et de la France, et de l’Europe. Il fallut deux jours presque entiers à Paris pour pénétrer le voile qui cachait Saint-Cloud, savoir l’aspect de tout le pays, et sentir enfin la victoire. Il est vrai qu’une fois sentie, elle fut bien pesée. Ce fut un éclair. Il frappa , il éblouit en même temps tous les yeux. Toute cette monarchie de Saint-Cloud disparut, aux regards de Paris et de ses chefs, comme dans un abîme.
Ainsi, personne ne pourrait dire qu’aux premiers instans un changement de ministère n’eût pas été accepté de ces masses, qui ne parlaient que de la charte dans leurs transports. Personne au moins ne peut nier que, le jeudèsoir, un changement de règne n’eût suffi aux plus intraitables. Par malheur , ce fut un changement de ministère qui arriva. Le lendemain 3o, toute la journée, on en fut là encore. Annoncée depuis dixsept heures , l’ordonnance qui appelait à la tête du conseil M. le duc de Mortemart et restituait la charte, n’arriva que ce vendredi fatal , au
milieu du jour; quand déjà, daus cette longue attente et ce besoin universel de point d’appui, le pouvoir flottant s’était incliné vers d’autres mains. Dans ces deux journées où les minutes étaient dévorantes, la fortune voulut que la cour se trouvât toujours en retard du quart d’heure, comme elle avait été trop souvent en retard du siècle.
Je dis la fortune : car Charles X sentit sa défaite, presque aussitôt que Paris son triomphe. La grandeur de cette catastrophe, sa rapidité surnaturelle, cette sorte de mort subite d’une monarchie qu’un coup de foudre met à néant , confond aujourd’hui quand on songe combien alors les minutes étaient longues , combien les décisions semblaient lentes, tandis qu’au point de vue de l’histoire, Charles X paraîtra sûrement avoir fait de lui-même bien prompte justice: car le troisième soleil depuis qu’il ne régnait plus sur la capitale, le huitième depuis celui où il avait lu dans un article de la charte le droit de la réduire tout entière à néant, ne descendait pas encore sous l’horizon, que sa main avait tracé l’acte d’expiation. La monarchie finissait comme l’empire; Charles X etNapoléonbrisaient eux-mêmes dans leurs mains le sceptre et l’épée, l’un se punissant de s’être attaqué à l’Europe, l’autre à la France.
Et Charles X fit plus que de s’immoler sur-le-
champ à ses doctrines vaincues. Dans sa préoccupation des intérêts de la royauté, il condamna un' règne après le sien. Ce prince, qui avait exposé la monarchie pour défendre ses ministres, voulut maintenant, dans l’espérance de relever le trône, sacrifier avec lui son fils et la compagne de son fils, la fille de Louis XYI, qui, après avoir vu la couronne brisée tant de fois autour d'elle, ne devait pas avoir le front touché même de ses débris. Charles X supposait que la tempête de cette impopularité sanglante tomberait mieux devant le visàgc d'un entant; mais il ne calcula point qu’une main d’enfant ne pourrait pas fermer des plaies Si grandes, qu’un berceau ne pourrait pas s’élever au dessus de tant de ruines!
Cependant M. deMortemart n’avait eu que le lendemain de sa nomination , les pouvoirs nécessaires pour se fendre dans la capitale. L’histoire dira par quelle fatalité nouvelle il ne put, malgré les plus pénibles efforts, réussira y pénétrer que de longues heures plus tard, tandisqu’unedernière fatalité, la plus grande de toutes, fit négliger les intérêts les plus pressans. Ainsi, veilleràsoutenir, à lier les restes de la monarchie qui s’écroulait , maintenir un gouvernement autour du nouveau roi quel qu’il fût, publier ailleurs que par la communication defHôtel-de-Ville, l’abandon des ordon-
nances fatales, rappeler ainsi hautement le droit pour tenter de rappeler la force, raffermir l’armée, prévenir et interroger les départemens, convoquer près de soi les députés et les pairs du royaume , appeler les représentans de l’Europe comme ceux de la France , ces pensées ne vinrent à personne. Personne ne souçonnait là, non plus qu’à Paris, que chaque heure qui s’écoulait, emportât, comme les torrens emportent, un pan de cette monarchie, dont les premières assises, contemporaines de notre histoire, étaient cachées dans la nuit des siècles.
Il sembla donc convenu, de part et d’autre , que le gouvernement était aux Tuileries, en quelques mains que tombassent ces pierres historiques. Tout autre centre d’action, tout autre autorité s’évanouirent. Ce fut par les combattans des barricades que les provinces apprirent qu’il y avait en un combat, une victoire, une monarchie. Le télégraphe pliait aux lois de cette puissance nouvelle Toulon et Bayonne, quand on ignorait encore à Orléans ou Châlons sa naissance ; et rien n’empêchait que M. de Bourmont n’eût déjà repris la cocarde tricolore, et ne l’eût fait arborer à sa belle armée , avant que la France eût opté entre les deux drapeaux.
Le gouvernement avait donc passé sans côn-
testation, sans obstacle, sans compétition même, du côté de Paris , avec la charte et la victoire. Ce gouvernement quel fut-il?
Il y en avait déjà deux. Les chambres, etl’Hôtel-de-Ville.
La cité avait combattu seule, avait seule vaincu. Ses chefs, l’Ecole polytechnique les avait fournis : il n’y en eut pas d’autres. M. Marrast, dans ses documens historiques1 , raconte bien que, dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29, aune heure du matin, à la clarté des réverbères, M. le général Lafayette passa en revue une centaine de gardes nationaux qu’il rencontra sur son passage. Mais, d’après les même documens , ce ne fut que le jeudi même , quand le Louvre était tombé au pouvoir du peuple , qu’il se promena en habit militaire , sur les boulevards , c’est toujours M. Marrast qui parle. L’illustre général , après avoir inspecté la victoire , se rendit à l’IIôtel-de- Ville pour la gouverner.
J’ai dit le respect de la cité militante pour les pairs, pour les députés, seuls représentans légitimes de l’autorité absente et du peuple armé. Le même respect lesentoura le lendemain ducombat. Ils étaient tout ce qui restait de la monarchie au
1 A Paris, chez tou* les marchands de nouveautés.
milieu de ce chaos. Personne ne contesta leur droit. Les députés se hâtèrent d’instituer, sous le titre de commission municipale, une sorte de gouvernement par intérim qui alla sur-le-champ s’établir à l’Hôtel-de-Ville. Autour et bientôt audessus de la commission, bouillonna une autre autorité, anonyme, multiple, flottante, tumultueuse , et toute-puissante dans le quartier. Son origine et son but n’étaient pas bien définis. Là régnaient, mis en commun et fermentant ensemble, des exaltations de jeunesse , des ivresses de victoire , des passions de faubourgs et des étourderies de vieillard. On peut croire que l’aspect du lieu suscitait des souvenirs et des émulations de la commune de Paris ; et , comme il s’y exerçait de la puissance, l’intrigue y était déjà installée, au dire de M. Marrast, ce qui prouverait qu’on en trouve également dessous et dessus les pavés. Voici le tableau que fait M. Marrast de ce gouvernement sorti de terre.
« Dans l’intérieur de l’Hôtel-de-Ville , un gou- » verneraent. A gauche , deux pièces où se tenait »la commission municipale. Adroite, le général » Lafayette et ses aides-de-camp.
» Quel tableau à faire que celui de ce mouve- »ment perpétuel de l’Hôtel-de-Ville ! Quels hom- » mes y sont venus! quelles pétitions y sont arri-
«véesl... Intrigue! intrigue! Mais je n’écris pas <■ » l’histoire complète de ces jours.
» A vrai dire , le général Lafayette et ceux qui » agissaient en son nom étaient le seul gouverne- » ment réel. Là venaient les nouvelles; là se pré- » sentaient les députations; mais le général, il faut » le dire, montrait une trop facile condescendance » pour ses collègues ; les représentations ne lui » manquèrent pas cependant: il vint des députés » des barricades, braves amis, camarades du peu- » pie. Ils parlèrent haut, ils avaient l’arme au poing. »On les ménagea, on leur fit des promesses. » Tel était le gouvernement de l’Hôtel-de-Ville. Ses promesses n’étaient pas, à ce qu’il paraît, suivant M. Marrast lui-même , des promesses de vertu. Ce n’étaient pas, ce semble, non plus des promesses d’ordre. Étaient-ce des promesses de légalité, de liberté, de fraternité? Voici comment on l’entendait. Cette autorité improvisée se mit d’abord à lancer des mandats d’amener contre tels ou tels, notamment contre des députés, et en particulier contre M. Casimir Périer. « Le coupa- » ble qui dicta cet ordre, dit M. Marrast avec or- » gueil, est celui-là même qui écrit ces documens. » Ce gouvernement, on le voit, ne promettait pas poire molle à la France.
Fort peu de députés se trouvaient alors réu-
nis dans la capitale, et encore moins de pairs. Les députés appartenaient presque tous à la gauche ou à l’extrême gauche. Cependant l’IIôtel-de-Ville les épouvanta. L’eftervescence croissante des esprits, cette fermentation, cette attente terribles de tout un peuple qui n’avait plus ni autorité, ni lois, ce passage soudain de l’ordre à la perspective de l’anarchie, la crainte que la guerre civile ne s’éveillât dans lesdépartemens, l’impatience de tranquilliser l’Europe, tout leurûtsentir vivement les misères de ce veuvagedela patrie; ils se réunirent dans le palais de la chambre, et délibérèrent d’appeler à la lieutenance générale du royaume le premier prince du sang après l’orphelin de Saint- Cloud, le chef de cette branche des Bourbons qui s’était mariée à la révolution depuis quarante ans, prince si naturellement appelé dans cet immense désastreà soutenir la monarchie tombante, que la même pensée s’offrit en même temps à Paris et à Saint-Cloud : les intentions seules différaient. M.le duc d’Orléans accourut, comprenant sa mission comme elle lui était offerte. 11 accourut, criant qu’il venait préserver la France de la guerre civile et de l’anarchie ; l’unique promesse qu’il fit à ceux qui l’appelaient fut que la charte serait désormais une vérité.
En même temps, les deux chambres furent con-
Voquées,et le furent pour le 3 août, jour fixé par l’ordonnance royale. Ainsi la charte régnait encore toute entière. Les deux chambres tenaient les rênes. Sur la première marche du trône désert se montrait avec sa jeune famille un prince qui y avait sa place naturelle; et le ministère, formé d’abord par la commission municipale qui siégeait à l’Hôtel*de-Ville, se composait des chefs de l’opposition loyale et modérée. La commission municipale avait compris la nécessité de rassurer, d’entraîner la France et l’Europe. Elle n’avait attribué dans le conseil, à l’extrême gauche, qu’une voix, celle de M. Dupont de l’Eure; qu’une autre au côté gauche, celle de M. Bignon; trois des ministres, l’amiral Rigny, le baron Louis et M. Guizot, étaient des serviteurs constitutionnels de la restauration. Les deux autres furent le maréchal Gérard et le duc de Broglie. Ces choix devaient rassurer tous les esprits.
Personne, la veille, n’avait réclamé contre un tel ministère enfanté alUôtel-de-Ville. Mais l’Hôtel-de-Ville s’ébranla, quand on vit un lieutenantgénéral du royaume , et qu’on pressentit une monarchie. A la nouvelle de l’effervescence suscitée dans les masses, la chambre se serre autour deM. le duc d’Orléans, et le prince se rend avec elle à T Hôtel-de-Ville pour faire reconnaître et
consacrer dans ce lieu, berceau de l’ère nouvelle, sa royauté qui s’apprêtait. C’était son voyage de Reims.
Quand l’honorable M. Auguste Portalis a dit naguère à la tribune qu’il y avait un citoyen qui donna la couronne ce jour-là, ce fut apparemment comme évêque de ce sacre populaire. Car de prétendre que M. de Lafayette aurait pu disposer à son gré de la couronne, la donner à tel ou à tel, la ceindre lui-même par exemple, ou bien la mettre dans sa poche, y prendre le bonnet phrygien, et en coiffer la France qui se fût laissé faire, le cou tendu et les yeux fermés; c’est trop de moquerie. Ce qui est vrai , c’est que M. de Lafayette avait le pied dans les deux gouvernemens de ces quarante-huit heures. Il était comme le pont de Milton qui unit le ciel aux enfers. Ce fut pour rester appuyé à ses deux culées qu’il afficha, à l’arrivée du prince , le manifeste célèbre de la monarchie populaire reposant sur des institutions républicaines. Cet illustre non-sens était exactement le juste-milieu entre l’ordre et le chaos, entre l’anarchie et la royauté, entre la charte et la commune. Et depuis lors prétendre que la France est liée par ce programme, qu’elle est tenue par corps envers l’Hôlel-de-Ville de fournir à ces messieurs une monarchie républicaine, c’est
dire qu’elle est condamnée à trouver , pour leur complaire , la quadrature du cercle.
L’unique programme fut une déclaration de la chambre des députés, lue à l’Hôtel-de-Ville par M. Viennet, établissant trois choses, dont aucune n’impliquait le renversement de la restauration et de ses lois, savoir: que la cause qui venait de triompher par les armes était celle qui avait triomphé par les élections; que, suivant une parole auguste, la charte devait être une vérité; qu’enfin des lois régleraient :
L’intervention des citoyens dans le choix des officiers de la garde nationale;
Leur intervention dans la formation des administrations départementale et municipale;
Le jury pour les délits de la presse ;
L’état des militaires légalement assuré;
La réélection des députés promus à des fonctions publiques;
La responsabilité enfin des ministres et des agens secondaires de l’autorité.
Tout cela n’était ni la république, ni la révolution.
La république netait évidemment qu’un fantôme, qui s’évanouit sur-le-champ; Paris n’en entendit plus parler. On n’a pas ouï dire que la France l’ait réclamée; et, suivant toute apparence,
ce fut pour l’avoir entrevue à l’Hôtel-de-Ville deux jours durant, telle que M. Marras t nous la montre, moitié intrigue, moitié faubourg, faisant des députations et des remontrances , ayant l’arme au poing et l’accusation à la bouche , que M. de Lafayette, embarrassé de tenir tête au monstre , jugea avec une grande raison que la monarchie était décidément la meilleure des républiques.
La révolution eut un meilleur destin; elle s’établit sans qu’on pût dire quel jour et à quelle heure elle apparut. Seulement, Paris et la France reconnurent le lieutenant général du royaume , sachant bien que c’était reconnaître un roi. Ce fut la chambre des pairs qui prit l’initiative de cette proposition , dès le 4 août. En même temps la chambre des députés s’occupa , non de détruire la charte, non de la refaire, mais de la réviser. Il fut expressément déclaré qu’elle n’était pas en question, qu’on ne votait que sur les articles nouveaux ; quelle restait ( c’est son titre), la charte constitutionnelle de 1 8 1 4- Les changemens ne comprenaient que des libertés de plus. Il n’avait pas été, un seul moment, question d’entamer aucune des garanties de l’ordre social, quand le gouvernementderHôtel-de-Yille, assoupi depuis quelques jours dans son abdication forcée, se réveilla. Il se réveilla sous une forme nouvelle,
changé en émeute , sosie incomplet de la grande semaine , ayant les mêmes colères contre les lois que la grande semaine pour les lois, montrant également des pavés à ses adversaires, mais manquant de force pour les soulever , ne ralliant plus la cité tout entière, et ne faisant qu’attester les mauxauquels la France entendait échapper. L’émeute voulut avoir un lambeau de sa monarchie républicaine ; elle prétendit intervenir comme pouvoir, et pouvoir prépondérant dans le vote des lois. C’était une branche nouvelle, une pousse spontanée de la puissance législative qui se produisait témérairement comme entée sur les barricades.
Les documens historiques de M. Marrast nous apprennent ce fait curieux, que, prévenu du tumulte, M.deLafayette, dans sa confiance séculaire, ne prit aucune précaution pour défendre l’ordre public , parce qu’il obtint de l’émeute parole d’honneur de ne pas bouger. Il faut avouer que la charte fut malheureusement gardée.
Je sais bien que l’émeute se vantera d’avoir été Honnête, de s’être arrêtée devant les représentations du grand citoyen, de n’avoir point pénétré dans l’enceinte législative qui était ouverte, point violé l’inviolable pouvoir. C’est une erreur. Elle l’a fait; elle pénétra dans l’enceinte sacrée. Sa
pensée, sa politique , son attache mortelle envahirent l’article a3 de la charte, qui fut déclaré passible d’un nouvel examen, et la pairie a succombé sous le coup.
A la vérité, cette déclaration, mezzo termine déplorablement trouvé pour faire face à une difficulté du quart d’heure aux dépens de l’avenir, fie sembla à tout le monde qu’une simple formalité. On imagina que dans tin an l’émeute aurait lâché prise; et, comme il s’agissait dans cet instant à la chambre de soumettre à révision le droit royal des nominations illimitées de pairs, on ne trouva pas d’inconvéniens detendre à l’article entier la disposition projetée. Ce ne fut autre chose qu’un moyen de police, une manière de suppléer aux patrouilles omises par le général Lafayettc. Grande leçon aux dépositaires des destinées publiques! 11 est des points sur lesquels nul n’a le droit de faiblir un jour. Frapper de provisoire une des colonnes de l’état social, c’est l’ébranler tout entier. La monarchie, il y a quarante ans, ne périt pas non plus par l’ébranlement du 6 octobre, ce ne fut que trois ans après.
M. Marrast raconte encore que l’émeute à qui fut faite cette concession, se composa de jeunes gens qui s’étaient réunis place de l’Odéon. Voyez quelle gloire pour notre patrie! C’est sur la place
publique que la question de la pairie fut tranchée, et peut-être le fut-elle par gens dont aucun n’était majeur!
Personne alors ne réfléchit aux conséquences. On ne vit que l’ordre rétabli ; ou plutôt maintenu et assuré. Les trois pouvoirs délibérèrent dans les formes légales les actes qui modifiaient le pacte constitutionnel. Le 9 août, le lieutenant-général du royaume monta l’unique degré qui le séparât du trône. Et le cri devise la reine, pourla première fois après quarante ans, put se joindre à celui de vive le roi!
La révolution se trouvait ainsi à la fois close et consommée.
Je dis la révolution ; car de quel autre nom appeler le renversement du principe fondamental de la monarchie, de celui sur lequel reposait l’ordre constitutionnel lui-même, de celui que l’adresse des aai avait promulgué au nom delà France, de celui dont la violation , alors même quelle semblait unanimement consacrée, allait laisser, au sein de la société entière, un mystérieux et long malaise? C’était un coup d’état contre le trône par représailles de celui qui , du trône, était allé frapper les libertés publiques. L’Angleterre appelle la même catastrophe sa glorieuse révolution.
Cette révolution s'étendait-elle à la société ? embrassait-elle même l’état tout entier? se bornait-elle à la dynastie? Voilà le point qu’il importe d’établir, puisque là réside le contrat qui a été consenti par la France, qui oblige également et tous les pouvoirs et tous les partis , qui comprend enfin le code des véritables promesses de juillet, et nous autorise, chacun et tous, à rechercher si elles sont tenues.
Je dis à mon tour les promesses de juillet, car c’est un point sur lequel il était besoin de s’expliquer enfin. On a parlé fort souvent de 1’Hôtel-de-Ville et peu de la France; on a parlé des promesses faites aux combattans des barricades et à ceux qui se sont, depuis le triomphe, déclarés leurs chefs. Il est temps de parler de ces trente millions d’hommes qui n’ont pas combattu , qui n’ont pas eu le temps de combattre , et qui n’auraient pas indifféremment accepté toutes les victoires. Or leur acceptation pouvait seuledonner à l’ordre nouveau, quel qu’il fût, le droit et la force, la paix du présent et la sécurité de l’avenir.
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