G U IR RE BR PARTI CONTRE IA CHARTE
Depuis l’avéncraent de la révolution , la charte populaire de i83o a été poursuivie, au nom de la liberté , de mille fois plus d’agressions que la charte royale de 1814 ne le fut jamais au nom de la monarchie. Le parti révolutionnaire n’a paà craint d’invoquer tout haut la chute des lois, de susciter contre les chambres, au milieu desquelles le trône nouveau s’est élevé, les fureurs populaires} de comprendre dans les mêmes menaces et les mêmes haines, le corps électoral tout entier. Nous avons eu, en un mot, la contre-partie fidèle de ce qui s’était fait quinze ans : essais multipliés de créer des pouvoirs et des armemens illégaux; in4 fluences cachées qui prétendaient s’élever à côté
et au dessus du trône; appels à la force; associations si semblables à. celles que nous avons tant combattues que l’on croit rêver. Caisse commune, cotisation, du fameux sou par semaine chefs mystérieux , rien n’a manqué au parallèle; pas même ces coquetteries réciproques des extrêmes qui n’étaient empêchés, disaient-ils, de s’entendre et de s’embrasser que parles opinionsintermédiaires qui les séparaient; pas même ces agressions violentes, ces dénonciations calomnieuses contre les hommes de modération et de prudence, vieux témoignages de la fureur qu’ils inspirent toujours aux factions dominantes, la fureur du navire mouillé dans le port contre le câble qui l’attache au rivage.
Nous avons eu jusqu’à un rapprochement qui semblait devoir manquer, jusqu’à ces menaces de retraite derrière la Loire et de marche armée sur Paris, qu’un journal révolutionnaire a répétées à plusieurs reprises, du moment que Paris se fût prononcé pour l’ordre et les lois, et qui nous ont rappelé ces temps où le Conservateur menaçait Louis XVIII et ses ministres des armes de la Vendée, «ces armes des vieux Francs, disait le grand écrivain à ses adversaires, trop pesantes pour vos bras. »
Nous avons vu de plus les efforts faits de toutes
parts pour soulever les masses ; la garde nationale, par exemple, signalée à l’animadversion de la multitude, comme autrefois à celle du trône ; et les autorités secondaires , les préfets de la Seine s’attaquant aux pouvoirs attaqués par les factieux, et s’abstenant, avec un soin égal à celui de quelques préfets de la restauration, de recommander les droits de la charte en même temps que ceux du prince à l’obéissance du peuple et à sa confiance, ou même ne rappelant les séditieux dans le sentier du devoir qu’au nom de promesses solennelles et sacrées , comme si parler de conquêtes à faire et point des conquêtes accomplies, ce n’était pas proroger la sédition au lieu de la dissoudre !
Et ce n’est pas sans intention que ce nom de la charte, qui ralliait naguère au combat les citoyens de juillet, fit place tout à coup à d’autres symboles, bien que la révolution l’eût fortifiée de garanties et de libertés nouvelles.
Il y eut accord entre les chefs du parti pour déclarer tout à coup à la France l’avenir nouveau qu’on entendait créer pour elle. M. de Lafayette se chargea de formuler, sous le nom de programme de l’Hotel-de-Ville , cette autre constitution différente de la charte, antérieure à la charte, qui n’avait pas empêché les sermens à la
charte, et par laquelle pourtant la France se trouvait, à son insu , régie, alors quelle croyait letre par cette charte que tous avaient jurée.
Dans le même temps , M. Odilon-Barrot se mit à déclarer , de son côté, que ce qui lui paraissait bien, c’était de reprendre les choses à 1789 et de refaire toutes nos destinées. L’extrême droite d’autrefois n’avait jamais dit si bien.
U11 plagiat restait à tenter; celui du pouvoir constituant. Le parti n’y a pas manqué; et ce pouvoir illibéral fut-il un simple rêve, une utopie, ou bien un projet, une entreprise, un complot? Quand on ne se sentait pas en mesure de le prendre soi-même, à qui voulait-on le déférer? Qui renouvela, six mois après la dictature mortelle de Charles X, les projets de dictature? Qui offrit à Louis-Philippe le coup d’état comme un fleuron inattendu de sa couronne populaire? Qui inventa ce moyen d’en finir avec les deux chambres, devenues importunes aux réacteurs nouveaux autant et plus qu’aux réacteurs précédées? Qui nourrit ces pensées, dans les jours même où un peuple furieux demandait la tête des ministres, coupables d’avoir assisté Charles X dans cette funeste entreprise? L’histoire le dira.
Toutes ces folies se lient à une autre plus grande encore. C’est la prétention affichée par quelques
hommes, en déclarant nulles et non avenues les promesses faites à la France, d’en revendiquer d’autres inconnues, mystérieuses, faites à eux seuls, et qui sont leur charte, qui sont leur conquête. Leur conquête, sur qui? Apparemment Sur la patrie ! >
L’admirable est que ces mêmes hommes qui disent : « Le concitoyen que nous avons fait roi... » assurent hardiment que le roi leur a promis des institutions républicaines. Et en quel nom l’eût-il fait? En vertu de quel droit? Leur roi est l’homme de Pope : ils en font tour à tour un ver et un Dieu. Quoi ! il dépendait de lui ou bien de vous de nous condamner à la république? Et la France! la France!... Disposez-vous d’elle comme les prétoriens faisaient de l’empire ? Pensez-vous que vous pussiez, à leur instar, marchander le prix du diadème; et, parce que vous avez une théorie qui vous est chère, vous la faire assurer par le prince , comme un salaire pris aux dépens dtt peuple brocanté?
Ces hommes ont une forfanterie bizarre. Us répètent, à satiété, au prince, qu’ils l’ont fait roi, et que, par conséquent, il est leur vassal, leur débiteur, obligé par corps envers eux; puis ils se retournent vers le pays, et se glorifient de ne nous avoir pas fait république, de nous avoir
laissé monarchie, quand nos destinées dépendaient de leur bon plaisir.
Mais de deux choses Tune. Si vous jugez la république mauvaise, ou bien si vous reconnaissez qu’elle était impossible, et par rapport à la France, et par rapport à l’Europe qui vous préoccupait alors, de quoi vous vantez-vous? Si, au contraire, la république est si belle à vos yeux , et que vous ayez pu, à votre fantaisie, en doter votre heureux pays, pourquoi nous en avez-vous sevrés?
Vous ne l’avez pas pu. Vous avez compris la volonté de la France; vous avez reculé d’épouvante devant la tentative de lui rendre ouvertement un régime qui l’a baignée de sang, et qui noierait dans le sang vous et elle. Mais ce que vous n’avez pas compris, c’est qu’en restant attachée à la monarchie, elle la voulait de bonne foi, sérieusement, sans alliage destructeur; ce que vous n’avez pas compris non plus, c’est qu’en demandant un roi, elle n’en voulait pas deux, parce quelle sait bien que ce n’est pas le gouvernement de Lacédémone qu’on appellera jamais la meilleure des républiques.