SPÉCULATION SUR. LES HONTES HE LA PATRIE
La langue des patriotes ne se lasse pas de redire que la pairie, au sein de laquelle Dieu a placé notre berceau , est tellement d’humeur à souffrir la honte quelle porte paisiblement pendant dixsept années cet horrible fardeau. Mais quels sont les hommes qui tiennent ce langage? Est-ce, par exemple , ce brave général Durosnel qui, ne voulant pas séparer sa cause du drapeau sous lequel il avait illustré sa carrière , l’a enfouie dix-sept années de sa vie dans une retraite profonde, et n’a reparu à la lumière qu’à l’heure où il a vu briller sur le clocher de l’église prochaine le drapeau de ses grands jours? Non; celui-là n’insulte pas au malheur; il n’insulte pas à un gouvernement que lui ne reconnaissait point, et que reconnaissait
son pays. Il craindrait trop d’insulter la France même dans les princes, dans les lois qu’elle accepta; et probablement, à ce réveil dÉpiménide s’étonne-t-il de toute cette démagogie de chambellans de l’empire, et de tout ce délire d’hommes d’état blanchis. Ceux qui parlent ainsi sont des hommes qui, pour la plupart, inclinaient devant Jes Bourbons leur révérence assidue, qui paraient leurs collets de fleurs de lis , qui ne dénièrent jamais un serment, ce que d’autres ont su faire, depuis seize mois, quand leur conscience l’a voulu!
Pendant notre grande lutte contre M. de Villèle, que faisait M. Laffitte? Il trempait dans les plans financiers de M. de Villèle, dans la conversion des rentes courageusement démolie par la chambre des pairs, et il contraignait son quartier, ses amis, ses journaux, à lui imposer la pénitence de la non-réélection!
Que faisait M. Mauguin ? Il gémissait de la licence de la presse dans un procès célèbre, et opposait aux vindictes de la chambre de 1828, l’éternel et mystérieux ad referendum qui couvrit le ministère des sept années, comme un talisman protecteur, comme un bill d’indemnité!
Que faisait M. de Cormenin, tellement pointilleux à l’égard de la charte et de la royauté libéra-
les, qu’il leur refuse tout, excepté un serment? il restait attaché au service ordinaire du conseil d’état, sous tous les ministères de la restauration, c’est-à-dire pen dant les seize ans entiers; et obtenait de M. de Peyronnet, entre autres récompenses de ses bons et fidèles services , la dispense des droits de sceau dus pour tous les titres nobiliaires qu’il lui avait plu de se faire successivement inféoder.
Que faisait celui de tous les orateurs qui a le plus employé son éloquence à ressasser nos hontes? M. le général Lamarque publiait des écrits , éloquens comme toujours, mais qui m’obligeaient d’accuser dans le Journal des Débats ses concessions à la politique de M. de Clermont-Tonnerre. Et si, à propos d’élections où il avait été battu, une Gazette (celle des Landes) se félicitait de la victoire de la légitimité, «Militaire, écrivait-il » ( le 7 décembre 1827 ), je ne puis m’empêcher » de relever le gant. Vous savez fort bien que » je n’ai fait que céder au vœu d’un grand nom- » bre d’électeurs. Si j’y ai cédé, en professant » hautement mon dévoùment au roi et à la pa- » trie, mon attachement sincère , entier, sans » restriction , à la charte et à la dynastie qui » nous l’a donnée , ces sentiraens animaient » tous ceux qui m’ont honoré de leurs suf- » frages. Comment donc a-t-on pu dire que là
» victoire était restée à la légitimité? Le drapeau » blanc ne flotte-t-il pas sur ma tête comme sur » celle de M. le marquis de Lyon? Ah! plaçons, » il en est temps, le trône des Bourbons, ce trône » légitime , autour duquel ont vécu nos pères, » autour duquel doivent vivre nos enfans , au » dessus de l’atmosphère où se choquent nos pas- » sions d’un jour ! »
Non ; un gouvernement accepté ainsi au nom de nos pères ( car on avait des pères alors) , et au nom de nos enfans, accepté par les chefs du peuple , et de l’armée; accepté pour le compte de tous ceux qui leur avaient donné des suffrages, ce gouvernement, que nous adulerions encore s’il avait voulu, n’imprimait pas de tache au front de la France. Non; un pavillon qui flotta sur la tête du général Lamarque n’était pas sans honnenr. Mais pourquoi l’attaque-t-on , sinon pour renverser la promesse fondamentale de juillet, la transaction définitive de la société française? On voit dès lors pourquoi on sappe et le trône et la charte, qui sont ses garans, comme on sappa cette charte et ce trône qui l’avait créée. On veut reprendre la guerre domestique de 1789, la reprendre tout en*tière; reste à dire par quels moyens et à quelles fins.
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