‹ Seize mois, ou la révolution et les révolutionnairesChapitre 39 sur 46 · VICTOIRES DU DÉSORDRE PAR DES DOIS · texte numérisé non relu

VICTOIRES DU DÉSORDRE PAR DES DOIS

A côté de ces succès positifs de la sédition, il y en a eu d’indirects, de pennanens; ceux-là ont corrompu et affaibli l’ordre politique tout entier. Depuis seize mois, une violence morale pèse sur les pouvoirs. Depuis seize mois, ils accomplissent des volontés qui ne sont pas les leurs , ils mettent en oeuvre des théories que leur raison condamne ; ils font le mal sachant que c’est le mal. Et pourquoi le décrètent-ils? parce que la force est apparue, qu’elle resta long-temps imminente, qu’il fallait d’abord la conjurer, qu’il faut aujourd’hui craindre son réveil. La force ! est-ce le talent? sont-ce les lumières? est-ce la propriété, l’industrie? il n’en est pas question. Sera-ce du moins le nombre? pas même. C’est une minorité

grossière, ignorante, affectant plus de passions qu’elle n’en nourrit ; ayant , au lieu de passions, des instincts aveugles , des appétits de destruction , et redoutée seulement parce qu’elle est compacte et peut tout oser. Voilà l’autorité véritable, le génie invisible et présent, Tégérie hontèuse qui a trop souvent dicté des lois à la France. Examinons ses œuvres.

Il n’y a point d’autorité souveraine, pointd’action centrale, point de gouvernement enfin, si on ne sait une bonne fois faire le départ des pré^ rogatives nécessaires du pouvoir et des attributs nécessaires de la liberté. La liberté consiste simplement dans le contrôle constant et populaire du pouvoir. D’où il résulte que partout où il y a action , il doit y avoir contrôle: des corps municipaux, auprès des maires; des conseils, auprès des préfets; des chambres, auprès du gouvernement même. Voilà la liberté. L’action doit toujours être dévolue au trône sans entraves. Voilà le gouvernement. L’élection, pour les divers degrés de l’exercice du droit de contrôle , doit toujours être fixée dans la région des garanties et des lumières relatives. Voilà l’ordre. Or, tous ces principes ont été méconnus dans nos lois fondamentales, qui ne peuvent dès-lors fonder que l’auarchie.

§ I. — Loi de la garde nationale.

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' La loi de la garde nationale est monstrueuse d’un bout à l’autre. fl en est sorti jusqu’à ce joué pluB de bien que de mal , parçe qüè la France» vaut mieüx que les institutions qu’on à faites pour elle: elle iTusfe pas de ses armes comme on les lui a données j à tort et à travers- Mais l’é* lectioh des officiers est dontraire au principe de tout' gouvernement' régulier! Le; gouve moment n* existé pas, s’il n’a point la disposition libre ct eétlére de la force publique. Les choix- oiit été abandonnés sahs partage à Félëdtiou , malgré les termes exprès de la charte, et cela sous deux mbf tifs: le précédent de 1791 , et lë vœu de M. de La* fayette. 3e puis dire que de ces daube raisons , it y en avait une pour nous déterminer à1 l’adoption dü parti contraire, si nous eussions été dans notrç bon sens ou dans notre liberté. .Ia, f . u: • Dans celte garde nationale , le premier dés pouvoirs politiques, puisque le dépôt dé la charte lui est confié , et que celui-là seul joint la force an droit, dans ce pouvoir le plus démodratiqUe qui se sqit vu sur la terre , puisqu’il embrasse six unifiions de citoyens égaux entre eux, et possédant également un droit de suffrage qui consiste dans une baïonnette et des cartouches, nous n’avons

voulu pour les grades aucune condition d’électorat, aucune condition d’éligibilité. C’est un miracle du bon sens public, si les prolétaires ne se sont pas saisis partout de cétte arme terrible* Ils s’en sont saisis en plusieurs lieux. De là vient ce scandale, cette calamité de gardes nationales prenant parti pour l’émeute, marchant tambours bat tans et la baïonnette au bout du fusil. C’est la glaive qui doit nous défendre , trempé de manière à se replier dans nos mains et à se tourner contre nous,.. Depuis que je traçais ces tristes convie* lions dans le silence de la méditation et de la douleur, une voix plus haute a parlé. Lyon les montré écrites dam le sang. C’est l’arrêt qui apparaît sur les murs de Balthazar.

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§ II. — Loi communale .

La loi communale repose sur les mêmes principes , c’est-à- dire sur la même violation des principes. En vertu d’opinions historiques qui sont l’ignorance complète de l’histoire, en vertu du mot magique de libertés municipales sous lequel se cachait à sa naissance cette glorieuse liberté politique qui a pris, Dieu merci! un autre essor et adopté un autre giron que la commune, on a dépossédé la couronne du droit de nommer

les inaires, ces dépositaires de l'administration à domicile, ces magistrats par lesquels seuls l’action de l’autorité royale arrive du trône au pays. On a fait ainsi de l’échelle administrative l’échelle de Jacob. Elle ne pose que du côté du ciel; elle ne touche pas à la terre. Et comme les conditions électorales sont calculées de façon à ce que la propriété divisée compte pour beaucoup et la propriété agglomérée pour rien, il arrive que les quasi-prolétaires sont les seigneurs suzerains de la commune; ils imposent à la couronne des choix absurdes ou indignes; elle aura en abondance des instrumens rebelles; nous posséderons autant de constitutions de 91 qu’il y a de municipalités dans le royaume, en attendant que les municipalités ne jouissent pas seules d’un bien si grand.

De la sorte, la propriété est dès à présent expropriée du pouvoir dans la commune ; il lui reste un privilège exclusif, celui des charges, et quelquefois des déboires, des outrages, des vexations. En même temps, la commune est mal administrée, et des passions mauvaises fermentent parce que tout aliment est aussi une amorce. Et il arrive que les conseils municipaux sont beaucoup plus mal composés qu’ils ne le seraient sans •l'attribution exorbitante qu’ils ont reçue. Pour s’assurer la joie d’avoir un mauvais maire, un maire

selon leurs jalousies basses et ignares, iis sont contraints d’élire de mauvais conseils. Abyssus abyssum invocal.

Mais l’esprit delà France n’est point partout le meme. Il y a des provinces où le peuple abdique volontiers aux mains des propriétaires considérables; et, vu le grand principe révolutionnaire que ce qui est bon pour nous n’est pas bon pour autrui, un homme de la gauche, qui cette année fait silence, M. Marshall, je crois, pour ne pas laisser fausser l’instrument d’anarchie au sein des provinces arriérées , proposa d’autoriser le ministère à en interdire l’usage dans les départemens selon son bon plaisir. La loi avait peur d’ellemême, et se suspendait par réflexion. Il fallait bien adopter cette disposition étrange, sous peine d’enfanter une anarchie disparate, une anarchie bigarrée de jacobinisme au nord et de jacobitisme au midi. L’avoir uniforme était un amendement. Voyez la libéralité! pour participera la nomination du maire, ce qui est illégitime et mauvais, on ravit à des provinces entières le droit d’élire leurs conseils municipaux : liberté naturelle et nécessaire qui ainsi restreinte n’a pas un péril ! Une telle loi porte bien le cachet de l’esprit qui l’a dictée et dont le caractère est de trouver toujours le secret d’être également contraire aux intérêts

t|u pouvoir et à ceux delà liberté. Ledésordfedans t£ft$ le? articles et le despotisme j>ar post-scriptum, c’est la politique révolutionnaire dans toute sa vérité»; gile n’est pas toujours aussi naïve.

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•, La loi départementale aura les mêine3 résultats; ceux aussi qu’a donnés trop souvent kdoi polii tique, las grande loi , là ldi décisive , la loi électorale, quelle eût donnés partout si la sagesse de li: Frànce n’opposait son contre-poids à l’em traînement de ses guides. Par cette loi, les élec* tiohàiont .été immolées à. un dieu qui châtie les sacrifiées. j en les acceptant; elles l’ont été à la paü^Le.ceus d’éligibilité, lé cens électoral, le double vote de la glèbe au profit du fermier orit été les pâtures livrées à l’éinieute de février par trois cénts députés, condamnés la plupart de leur conscience; Si l’esprit: de l’émeute ne règne pas, à qui lai gloire ? S’il règne , à qui la faute ?

Là loiélèctoràle necontenait dans la proposition ■ministérielle qu’une idée d'ordre : c’était la faculté, •poUr les pênes qui payaient plusieurs fois le cens, .d'attribuer le droit électoral à lenrs fils. Mais les .hommes qui voulaient la capacité du licencié sans causes, et du chirurgien sans lettres dénièrent la

capacité du fils , de l’héritier d'un grand propriétaire et d’un grand manufacturier. Pâr dessus* toutj l’émeute était apparüe : ce palliatif s’évan, nouit. Le corps électoral , qui depuis quinze an» luttait pour les libertés de la France, s’e&t vu dé-t possédé au profit d’une classe qui a moins d’indéf pendânce et de lumières, qui comprend moin» nettement les droits à l'exercice desquels on l’appelle. Auprès du lieu où j’écris, dans un pays qui ne boUde pas la révolution de juillet * JVL Dupont (d© l’Eure) vient de; présider un collège où. uns centaine de voix chat fait 1 élection , parce que trois cents citoyens inscrits n’ont point paru. Sur tbuS les points du royaume, dans toutes ces : hiééar* chies électorales qu’on vient de multiplier à" la fois, le même spectacle attriste les regards. On a fait arbitres de toutes les affaires et de toutes les destinées de la patrie des citoyens qui oht le bod sens de s’effrayer de cette tâche, qui s’y croient impropres* qui n’ont pas le loisir de s’y adonner; et il arrive que l’intrigué ou la passion ameute seule une troupe d’ambitieux subalternes, qui envahissent tous ces pouvoirs divers et qui tienr drontnotregrandeFrance sous leur jougde plomb. Dans l’état, dans le département, dans la c.omh iriune, dans la garde nationale, c’est même per*spective. Le même principe a dominé cette ©rr

ganisation ou plutôt cette désorganisation tout entière. Partout c’est la partie inférieure du corps électoral qui, étant plus compacte, emporte la balance : c’est donc la queue qui mène la tête. Là est le contresens profond qui fausse toutes nos institutions et compromet toutes nos libertés. A ces conditions, il n’y a point detat social possible parmi les hommes.

» On a fait une découverte qui fixe dans ces régions que je signale, non plus seulement l’élection , mais le pouvoir même ; c’est celle des engagement préalables et du mandat impératif. Par là le gouvernemant représentatif croule tout d’abord; il croule tout entier, avec toutes ses garanties et toutes ses maximes. Sa maxime fondamentale est que trois grands pouvoirs forment la tête de l’état, et que tous trois discutent, délibèrent, décident enfin à titre égal et veulent pour le corps entier du peuple. La garantie est dans la composition de ces pouvoirs, dans la multiplicité des formes, dans leurs lenteurs, dans la nécessité d’épreuves successives, dans les débats préalables et contradictoires , dans l’indépendance et le recueillement du scrutin, dans le contrôle des trois branches de la législature les unes su r les autres. Ici, tout cela tombe. On place au plus bas de l’échelle politique la délibération et la volonté, en suppri-

mant tous les contrôles et tous les degrés. Que dis-je, la délibération? il n’y en a pas. Un étudiant saisit aux portes de la ville le paysan qui arrive, lui demande s’il veut de la féodalité, des droits seigneuriaux, lui parle des plus ridicules, lui remet un nom comme talisman assuré qui le préservera de ces monstres, le pousse tout abasourdi dans le collège, et rit de tout son cœur d’avoir ainsi tranché la question de la pairie.

La volonté , du moins, y en a-t-il davantage ? À Dieu ne plaise! C’est souvent dans les tabagies, entre deux vins, que la plus grande des questions constitutionnelles est décidée, sans entendre, san? soupçonner des objections, sans imaginer qu’on fait l’avenir de son pays; et ensuite il n’y a plus de retour possible, plus de lumières à redouter, plus de propositions à entendre du trône, de l’autre chambre, d’orateurs contraires. C’est écrit, et voilà tout. On a ainsi la liberté de la démocratie; une liberté inepte, brutale, une liberté sans savoir, sans examen, sans discussion, sans contrepoids. Et cependant, par un scrupule funeste, le ministère s’était laissé aller, sans s’en apercevoir , à ratifier ces monstruosités , à les consacrer, comme la loi de l’avenir, en proposant d’exiger pour la révision de la loi de la pairie le contrôle de deux législatures, c’est-à dire le vote

préalable, la décision souveraine de n‘oé trois cètit

“rtiille SOlon et détoné leurs conseillerà! *' ' ’ i-

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§ IV. — Loi de la presse.

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Aü spectacle de ld presse, j’éprouve le sentirnehtidu Vieux soldat qui voit profaner ses armeèl La presse d’est plus céttb amie de la liberté qui suit pas à pas lê poüVoir , coinbat Ses dépositaires avec zèle, avec ardeur, avec passion peut-être, mais n’a garde de Contester aü pouvoir ses attributs nécessaires , et d’ébranler l’état sur ses foudemens. C’est line Eliménide , Une Bacchante , Wnè *NémésiS, qui agite la torche , là hache, le ■poignarcf, qui insulte et qui frappe, qui s’appliqué dans ses tnomens lucides à démolir piérreà pierre "^édifice social, qui s’attaque indistinctement à î’ëtat ou à la famille , qui semble enfin tourmentée d’une sorte de fièvre dévorante et avoir besoin', comme les anges de Milton, de se venger des souffrances d’un orgueil malade et inique , par dés destructions. Ailleurs, il s’est vu que l’iriJjùrë,quela calomnie pénétrassent dans les champs "clos’ de la polémique. Mais la société française à fait un pas de plus, plie possède des ateliers de calomnie. L’insulte a ses officines privilégiées mous avons des journaux, des écrivains qui vivent d ag-

pressions à tobtesles renommées, à tous lestalens’, à toutes les supériorités. “C’est une artillerie uniquement dressée pour abattre et flétrir tout ce qui s’élève, tout ce qui sert le pays et l’hdhôre. Ceux qui disent que la société tombé, ic'éüx-là orit raison. Unesociété, au sein de laquelle un dcs'ôrdrè si- grand est quotidien et inaperçu, céttè Société est frappée de vèrtiges. Elle doit être contlaiïiflél

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Et cependant loin de moi d’accuser la grande et féconde immunité de la presse de toüHé mal qiieliA imputent aujourd’hui tànt d’hommes qui l’ont défendueavec nous pendant quinze ans. A mon avis, le mal est ailleurs; elle ne fait pas l’anarchie , elle là subit. C’es-t plus qu’il faut polir suivre, atteindre , désarmer lè monstre.

1 Ce qui tronipe sur l’action de la presse , cVsj; qu’on voit les tnatrx quelle enfànte et non ' pà^ ceux qu’elle empêche, et c’est dans les maux qu’elle empêche que consiste précisément sa vertu. Car elle sert d’un côté à exhaler les passions mauvaises, ce qui les tempère à la fois et les décèle'; de l’autre, à comprimer les actes mauvais , parce qu’il faut se résigner a une double tAche , celle de les avouer et de lés défendre. Sahs ce fknhbeau protecteur, !e parti révolutionnaire tiendrait aujourd’hui la France sous le régime des avanies.

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Chaque sergent de la garde nationale , chaque maire de village, pèseraient sur le sol comme des pachas. Nous lui devons le maintien de l’ordre et de la légalité, ainsi que nous les lui avons dus dans d’autres temps; et de là vient que je ne croirai pas ma vie perdue si, en combattant quinze ans pour cette magnifique liberté , j’ai contribué comme l’un des soldats de cette longue bataille à la conquérir pour mon pays. Puisse-t-il ne pas s’en laisser détacher par la licence plus que déposséder par la tyrannie !

Mais il faut arriver à en concevoir la nature pour bien comprendre où sont ses périls, et y parer. La liberté de la presse est une nouvelle venue dans le monde politique. Elle est un élément, naguère inconnu et désormais nécessaire, de la constitution des sociétés. C’est l’Angleterre qui l’inventa : il y a moins de cinquante ans qu’elle l’a émancipée , et voilà que l’état social , le plus fort qui fût au monde, miné insensiblement depuis lors, chancelle sous son souffle terrible. Sa nature est de mettre auxmains de la démocratie ce levier d’Archimède qui ébranle le monde. On n’y avait pas réfléchi encore; maintenant, on peut le comprendre. Ma théorie de la distinction des droits et du pouvoir trouve ici encore son application.

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La presse a deux caractères, deux instrumens:' les écrits divers et les journaux.

Dans le premier cas, spontanée, individuelle, facultative, elle est le droit de chacun et de tous; dans le second , périodique, obligatoire , ouverte à chacun comme une tribune, à tous comme un forum, y c’est un pouvoir. Droit, elle ne peut être assujettie, dans un gouvernement régulier, à d’autres règles que la parole même, dont elle est un écho prolongé dans tous les lieux et peut-être dans tous les siècles. Pouvoir, elle appartient à la société même ; c’est pour la société qu’elle existe. Elle ne subsiste donc qu’à la charge de ne pas être anti-sociale , quels que soient, du reste , les partis politiques qu’elle arme de sa légitime puissance. Pour cela, elle doit à l’état des garanties, non pas de son obéissance aux lois , non pas de ses moyens de satisfaire à la loi, mais de son esprit de conservation ; et ces principes ont été mé> connus de tous points par la plupart de nos lois de la presse , et notamment par la dernière. On a baissé les cautionnemens et perpétué les droits de timbre et de poste, ce qui était une double méprise. C’était imposer des entraves aux abonnés, aux lecteurs, au pays, qui a droit à la publicité comme à la clarté du jour, et affranchir les écrivains, dont aucun n’a droit à autre chose qu’aux

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moyens personnels de publicité , point à êes moyens formidables d’une association qui n’existe que sous la protection et dans l’intérêt des lois. C’était , enfin, placer la presse dans la même zone sociale que tous les autres pouvoirs, livrer dé plus en plus aux premiers venus les arsenaux de la polémique des partis , les livrer eii dépôt à une classe de prolétaires les plus dangereux de tous , parce qu’ils sont jeunes, lettrés et ambitieux: ceux de la littérature.

Plus il y avait dans lts actes de la révolution d’appels et de concessions inévitables aux passions démocratiques, plus il fallait s’appliquer à placer plus haut la presse. C’est le contraire qui a été fait. De là sont venus ce dévergondage croissant, cette émulation de calomnie et de destruction, cette prédication obstinée de doctrines subversives, ces appels aux colères de la multitude, cette ostentation de la logique des pavés , ces emporlemens contre tous les souvenirs, ces agressions à toutes les hérédités, celle du trône j celle de la propriété même, comme celle de la pairie. Corruption déplorable, corruption permanente du talent, oubli opiniâtre de la noble et magnifique mission que le ciel lui a donnée, d’éclairer, de défendre, de glorifier son siècle et son pays ! D’où Vient le mal ? ceux même que j’ai la douleur de

combattre reconnaîtront que je l’ai fait toucher au doigt.

Il y a là un principe de désordre, une plaie sociale dont le législateur ne pourrait assez sonder la profondeur, assez interroger les causes, assez chercher les remèdes. La presse est aujourd’hui le clairon naturel des passions subversives; elle est l’esprit , elle est le verbe de ces classes que la société ancienne ne connaissait pas, qu’elle effaçait criminellement du livre de l’humanité en les frappant de la mort de l’esclavage, qui ont re-, couvré leur droit originel, qui sont libres, dieu merci, mais puissantes, nombreuses, formidables, et qui nous donnent une société nouvelle, un monde nouveau à régir. Le problème, pour la presse, comme pour la société entière, est ceci: désarmer la médiocrité , ses passions jalouses et ses haines anti-sociales, en laissant au talent son libre essor pour percer toutes les couches de la société, arriver aufaîte, et dire comme Jean XXII, en se redressant : « Me voilà. C’est moi qui régnerai sur vous. »

§ Y. — - Loi du jury.

La loi du jury a mis le sceau au désordre en y attachant l’impunité. La triple extension du nombre des jurés, de leurs attributions et des voix

exigées pour les condamnations, assure, sauf miracle, l’acquittement de l’anarchiste dans l’est, du chouan dans l’ouest , de quiconque a le bonheur d’avoir l’état pour partie adverse. La sympathie et la peur aident de concert à ce résultat. Les législateurs de la France n’ont eu d’autre soin que de trouver des citoyens et des pouvoirs indépendans de l'autorité, ce qui devient facile depuis qu’il n’y a plus d’autorité parmi nous. Mais des citoyens, des législateurs, des juges, indépendans des passions qui grondent autour d’eux, et comprenant qu’il y a devoir de les affronter, voilà ce que nous ne songeons pas à chercher; et, au fait, dans la zone où nous fixons la souveraineté, nous risquerions de ne pas les trouver.

§ VI. — Vice radical. Domination d'une seule

classe.

La conséquence directe de toutes nos lois est de livrer l’empire à une seule classe de la société, classe mitoyenne qui a tout juste assez d’indépendance et d’instruction pour vouloir marcherseule et seule gouverner, mais trop peu pour le pouvoir. Cette classe forme la lisière entre le haut tiers et les prolétaires : elle a les passions contraires des deux régions auxquelles elle confine. Assez voisine de celle-ci pour ne pas s’épouvanter

beaucoup plus quelle des destructions, elle tou' che d’assez près à celle-là pour lui porter envie; elle participe enfin de l’inquiétude de l’une, de l’orgueil de l’autre, mélange funeste que corrompt encore la médiocrité des lumières, l’ignorance des rapports des pouvoirs et des états, l’habitude des points de vue étroits et incomplets. De là ce génie jaloux et brouillon, qui 11e sait que démolir, qui est la désorganisation même, qui bat de ses colères tout ce que les sociétés respectent , les trônes comme les autels , les pouvoirs comme les distinctions; génie également funeste à ce qu’il a au dessus et au dessous de lui , en ce qu’il tarit toutes les sources de progrès et de prospérité, tout en renversant les principes, les sentimens qui sont les contre-forts de l’état social, et qu’un législateur plus haut a empreints sur la plus antique des tables de la loi , la conscience humaine.

Aussi n’avons-nous vécu depuis seize mois qu’en accumulant les principes de mort ; et plus nous avons besoin de la sagesse publique pour soutien, plus il y aurait un mal bientôt irréparable si le désordre qui a envahi les pouvoirs et passé des pouvoirs dans les lois, passait enfin des lois dans les esprits. Or c’est là la plaie croissante de la France.

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