‹ Seize mois, ou la révolution et les révolutionnairesChapitre 38 sur 46 · VICTOIRES SU DÉSORDRE FAR D'ÉMEUTE · texte numérisé non relu

VICTOIRES SU DÉSORDRE FAR D'ÉMEUTE

Encore une fois, il y a eu, pour l’ordre, cinq grandes et bonnes victoires. Mais il faut le dire; les pouvoirs, sur tous les autres champs de batailles, ont reculé devant l’esprit révolutionnaire à pas de géants. Ils lui ont livré, dans les institutions, dans les lois, dans le gouvernement tout entier, plus de terrain cent fois qu’ils n’en gagnaient sur lui, à chaque sédition, dans les carrefours. L’émeute dispersée, aspergée, pourchassée par la cité sous les armes , a, cependant, semblé trop long-temps dicter des lois à la France. Tous les ministères ont dû plus ou moins accepter le frein; la question de la pairie l’a fait voir. Seulement , l’administration actuelle le ronge, le secoue, le

brisera, s’il plaît à Dieu! et le ministère Laffitte le léchait.

L’émeute a voulu la dissolution de I4 chambré qui avait fait la révolution de juillet; et, tandis que la Convention avait donné l’exemple de se perpétuer au pouvoir pour perpétuer son ouvrage, tandis qu’elle était allée jusqu’à imposer à îà France l’obligation de réélire un tiers de ses membres, nous, pour complaire aux clameurs de là place publique, nous changeons à la fois la chambre , les éligibles, les électeurs, dans quel temps, grand Dieu? Quand le premier besoin était de tout achever et de tout affermir !

L’émeute se rue contre le Luxembourg coupable d’avoir retenti d’un arrêt courageux et nià^ gnanime. L’émeute hurle contre la pairie , et aptes que la couronne, aux premiers jours d’août, n’a pas craint de constater deux fois, par là nomination des Soult et des Duperré, son droit royal de donner des pairs an royaume, ce droit reste suspendu ; il sommeille. La chambre demeure incomplète et impuissante; elle est pendant seize mois délaissée par les dépositaires de l’autorité royale. Elle est alors attaquée de front, sapée à outrance par la bande noire qui mène les élections. Si elle tombe, à qui sera la faute?

L’émeute casse les vitres d’un ambassadeur

pour pétitionner, comme font à Constantinople les janissaires, en faveur d’une révolution lointaine; et le ministère, qui se sent impuissant à secourir la malheureuse , l’héroïque Pologne , qui tient à rester en bons ternies avec la Russie, qui veut enfin la paix du monde, le ministère ne peut se dispenser de prodiguer les expressions de sa vive sympathie pour ce peuple qui combat contre le monarque que les traités lui donnent; d’ou il suivrait que, si les difficultés de la situation étaient moins appréciées au-dehors, on aurait compromis la paix sans essayer la guerre, et exaspéré Pétersbourgsans sauver Varsovie. Qu’on eût laissé au contraire les expressions de la sympathie nationale jaillir de toutes les bouches, de tous les cœurs, de tous les bancs, et que le ministère eût gardé un prudent, un digne silence, l’Europe aurait connu les dispositions de la chambre, ignoré celles du cabinet, mesuré notre puissance, pesé notre médiation. Nous aurions fait davantage pour la Pologne; nous n’aurions pas rempli le monde et contristé la France de cette déclaration officielle : la France veut et ne peut pas!

L’émeute plante à Tarascon , malgré l’autorité qui le prohibe, un arbre de la liberté. Elle livre à ses pieds, elle gagne une bataille, et, cela fait,

l’arbre restera debout, à Paris , elle attaque des monuraens saints; elle est vaincue et mise en fuite; mais ses œuvres lui survivront commesi c’était elle encore qui eût vaincu. L’église qu’elle a touché demeurera interdite à Dieu et à ses ministres. Il faut qu’un écriteau mensonger charge du nom de mairie du 4* arrondissement ces vieilles murailles pour protéger la maison du Dieu qui est, selon la charte, celui de la majorité des Français, contre les cannibales qui existent, ou qu’on invente. Honteuse inscription ! Sanglante injure , qui est à faire croire au monde que nous ne sommes plus une nation civilisée! Au nom du ciel, songez donc que cetteéglise, le jury l’a absoute ! Qu’elle jouisse du privilège de tous les accusés ! s’ils ne sont détenus pour autre cause, on leur permet de se faire voir aux hommes à visage découvert, sans fers, en liberté.

En revanche, il plut à l’émeute de décerner les honneurs du Panthéon à un éloquent orateur, à un spirituel écrivain, qui demandait aux Bourbons, en i B 1 4 > de ne pas faire V immoral abandon de l’oriflamme de leurs pères pour prendre un drapeau toux sanglant de crimes et dépouillé de tout succès ' !... Dans les vingt-quatre heures une

' De l’esprit «l’usurpation et de conquêtes.

loi est apportée «aux chambres qui promet aux admirateurs et aux amis de M. Benjamin Constant la satisfaction que l’émeute a réclamé. Àrborerat-on le drapeau tricolore sur son cercueil?

Dans le même temps, c’était le septième mois de l’avènement de la seconde branche des Bourbons au trône deFrance, l’émeute voulut que ces princes , élevés sur le pavois sous l’unique.condition de respecter la charte, fissent à sa haine brutale pour le passé de la patrie un sacrifice auqtiél les législateurs de la révolution n’avaient pas songé, le plus grand qui pût être proposé à des princes qui trouvaient dans ce passé leur vertu , leurs titres, et en quelque sorte leur candidature à la couronne. Elle demanda que le vieil écusson de là France fût abattu, et il s’est trouvé en ce temps-là un ministère pour vouloir qu’une ordonnance royale l’abattît. C’était vouloir une nuit du 4 aoftt au profit de la royauté. Pour complaire aux fantaisies anti-sociales de l’émeute régnante, on a vu ces étranges contradictions: fa révolution, qui était remontée à travers les âges jusqu’au prétendu coq gaulois, répudiait le souvenir dé dix siècles qui apparemment n’ont pas été tous sans gloire; et l’autorité royale effaçait de nOsmônumens la fleur-de-lis royale qui y était , pour rétablir les statues impériales qui n’y étaient pas.

Puis l’on se plaint de voir que la sédition bouillonne swr toute la face 4e la. France, comjpe ce§ scories qui fument au pied d’un volcan! Mais pourquoi la sédition serait-elle le monopole de la capitale du royapme? Le defniqr des hameaux n’at-il pas, comme Paris, droit à l’émeute? Strasbourg, Orange, Perpignan, Béziers, Cahors, Grenoble, insurgés contre les impôts qui les blessent, ne font-ils pas de la force un usage aussi légitime que lesbandes du Carrousel armées pour insulter aux annales de la France, dont il plaît à leur orgueil de boue de se sentir gêné ? Au spectacle de populations soulevées contre l'impôt et contre la loi , tout le monde est frappé dé éèttfe violente atteinte à la constitution du pays; tout' le motklè reconnaît l’anarchie, et la voit flagrante; Eh bien ! la lésion de l’ordre était mille fois plus profonde dans ces autres révoltes, dans ces autres concessions, [qui ont passé inaperçues et qu’ùne

seule voix accusa du haut de la tribune française!

Les insurrections de la Vendée attaquent le gouvernement; celle d’Orange ou de Cahors, l’état; celle de Lyon , la société. Ici c’était la famille même, c’était le cœur et l’âme de l’homme qui étaient ou attaqués ou corrompus jusque dans leurs plus intimes replis, ‘

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