SON CARACTERE
D'Aubigné était aimable^ spirituel et joyeux. Il causait avec verve, contait bien, plaisantait joliment, tournait de la plus gracieuse façondu monde un madrigal, une stance amoureuse, une strophe passionnée. Il fut très bien traité des dames; c'était un très brillant cavalier. Sa culture classique était exquise. Il savait l'hébreu, le grec, le
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latin, rUalien et Tespagnol, sans compter le gascon qu'il écrit d'une verve bouffonne à mourir de rire. Ses lettres, très bien tournées, sont pleines de citations grecques et latines. Il avait pratiqué Rabelais et il le cite quelquefois. Il avait connu Ronsard et le mettait aussi haut qu'il est possible de mettre un homme. Il nous a conservé, on le sait, le testament littéraire ou un des testaments littérairesdu Dieu et de la Pléiade (1). Il aimait les contes salés et aussi les plaisanteries fines. Il était de la Pléiade et de la Satire Ménippée. Il avait en lui du Ronsard, du du Bellay et du Passerat. Toute cette fin du xvi* siècle, esprit classique, goût oratoire, goût épique, esprit satirique et gauloiserie persistante, dans une robuste gaîté de soldat et de routier, est très bien représenté par d'Aubigné.
Et voilà, me dira-t-on, un d'Aubigné où Ton ne s'attend point. C'est que c'est le d'Aubigné véritable que je viens de peindre. Je reconnais du reste qu'il en existe un autre, un peu factice et un peu voulu, qui s'est ajouté à celui-là et qui l'a à la fois contredit et complété. Sous toutes ses grâces et tous ses agréments il était violent et entêté. Gela en fit un homme de conviction ; et les guerres elles atrocités du temps s'y joignirent pour en faire un homme de parti. Il fut de son parti avec véhémence, avec colère et avec orgueil. Une vit de vérité et de vertu que dans la faction dont il était, et ne vit que mensonge et crime dans la faction dont il n'était pas. Il futunhommede combat. Gelaajoutaen quelque sorte un second tempérament à son tempérament naturel. Il fut double, non sans quelque gêne. On sentait souvent en lui reûort de l'homme joyeux pour être morose, de l'homme gracieux pour être rude, de l'homme aimable pour être fort, et de l'homme spirituel pour être éloquent. Très sincère du reste en ces gênes, et ne se
;^I) Dans la préface des Trag'tiues.
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tourmentant que par conviction, mais se tourmentant, ayant souvent des remords à l'endroit de ses plus aimables qualités, se reprochant d'avoir été amoureux, et de rêtre encore (car il le fut toujours) quand on ne devrait être que dévot ; d'être aimé quand on ne devrait être que redouté des méchants et respecté des bons; d'être amusant quand on ne devrait être que la terreur et le fléau des vicieux.
Rien n'est plus honorable que pareils scrupules, rien, non plus, n'est plus fatigant, tant pour soi que même pour les autres. Il y a des gens qui sont nés très graves, même un peu lourds, et qui mettent toute leur application à être vifs, tout leur zèle à être brillants, toutes leurs forces à être mondains, et toute leur tension musculaire à être légers. Ce sont les plus ridicules des hommes. Le même effort à l'inverse, c'est d'Aubigné ; et cet efîort-ci n'est plus ridicule, et même est digne de tout respect ; mais il sent encore ce qu'il est, et ne va pas sans faire un peu grimacer la physionomie. D'aubigné est un Français qui a voulu être un Genevois. Ce n'était pas une sotte ambition ; mais c'était une ambition, et toute ambition fausse unpeu le naturel. Il avait été rélève de Théodore de Bèze, et, de bonne heure aussi, l'ami de Henri de Navarre. Souvent, dans ses conversations avecHenri, quand il se laissaitaller àquelque traitd'humeurgasconne,àquelquebon contenu peu gras, à quelque portrait satirique d'un vif relief , Henri a dû lui dire : « D'Aubigné, ceci est de moi )) ; quand il se refrognait dans une bouderie maussade ou lançait un de ces coups de boutoir qui rappelaient les prophètes hébreux, Henri a dû lui dire : « Ceci est de Bèze » ; et enfin quand il avait un de ces cris de pitié, un de ces appels à la pacification par la clémence, ou simplement un de ces traits de ferme bon sens qui ne sont pas rares chez lui, Henri a dû lui dire : « Ceci est de vous. »
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Car, aussi bien parmi ses divertissements que parmi ses fureurs, le bon sens et la bonté persistaient chez lui. Il est toujours Français de l'ouest, un peu voisin de la Gascogne, mais de l'ouest encore, avec un très bon fond de raison sûre, de sens droit et de cœur généreux. Ses idées politiques sont des idées de tiers-parti. Il est royaliste formellement, et se moque fort de ceux qui Tout représenté comme républicain parce qu'ila détesté de mauvais rois, ce qui, en effet, n'est pas une raison. Il veut fortement l'autorité royale respectée dans tout le pays. Illa veut souveraine etincontestée. Il neluiimpose pour limites que les droits de la conscience. « Ceci est à Dieu » , comme il dit dans une très belle formule. Il n'est point partisan des Places de sûreté. II reconnaît que c'est là une soustraction anormale à Tautorité légitime de la couronne, ajoutant seulement que c'est une nécessité du temps et une précaution nécessaire contre la mauvaise foi des catholiques. Dans son Traité sur les Devoirs des rois et des sujets, qui est aussi éloquent que le Coïitr'un, et qui est beaucoup plus sensé, il n'y a que deux idées, qui sont que le pouvoir royal est nécessaire, et que les rois sont faits exclusivement pour le service du peuple. — Du reste, s'il n'est point du tout pour que Ton reste dans la religion où l'on est né si cette religion est la catholique, il est tout à fait pour que l'on reste sous le régime politique que Ton a trouvé en venant au monde. C'est un homme indépendant et hiérarchiste ; car respectueux serait trop dire. Qu'on le laisse, lui et ses frères, pratiquer la religion qu'ils chérissent, il sera l'homme soumis à toutes les lois et ordonnances, et pour le prince il le servira de près s'il est honnête et de plus loin s'il est vicieux. C'est un sectaire qui ne demande qu'à être bon citoyen.
Surtout c'est un très bon homme. Ce qui frappe le plus chez lui, quand on le pratique un peu et qu'on le creuse, c'est Tabsence d'égoïsme e t de vanité. Violent, il Ta été
d'aubigné *^3*
pour la cause, orgueilleux il Fa été pour la secte ; pour lui-même il n'a jamais été ni Tun ni l'autre. Il y a même dans ses affaires de Genève, où, vieux eL proscrit, il pouvait ne songer qu'à se tenir tranquille, un peu de ridicule peut-être à s'occuper des affaires des autres pour n'y gagner que des embarras, mais la marque encore d'un besoin de se dévouer, d'un besoin de fortifier et d'assurer encore la grande place de sûreté du calvinisme. A soixante-dix ans — passe encore de bâtir — il bâtissait pour ses arrière-neveux.
Verdeur et verve joyeuse, grâce aimable, sinon de courtisan, du moins d'hommede cour, humeursatirique, fanatisme sinon voulu, du moins un peu appris, boa sens et bonté, voilà bien des traits divers et qui se ramèneraient difficilement à l'unité. G est qu'en effet d'Aubigné, comme il arrive à beaucoup d'hommes, n'a point d'unité. Il n'a point de faculté maîtresse. Qui lui en trouverait une, c'est qu'il le connaîtrait mal, et ne tiendrait pas compte des autres parties, tout aussi importantes, de son caractère. Et il n y a donc qu'à le suivre dans les manifestations différentes de sa complexioa un peu composite. Nous commencerons par les moins rudes.
d'aubigné conteur et polémiste.
Quoiqu'il ait dit quelque part qu'on ne doit écrire quepouragir, « irpô; to tioisTv »^ sans quoi « Ton n'est que rimeur et non poète )), il a beaucoup écrit pour s'amuser, ce qui est fort bien fait, surtout quand, du même coup l'on amuse les autres. Il avait beaucoup plus de frivolité qu Une croyait lui-même, et le démon d'écrire pour le
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plaisir d'écrire, n'était pas sans le presser comme il faisait presque tous les hommes de son temps. Il reconnaît lui-même a soixante-quinze ans que s'il avait gardé tout ce qu'il avait écrit, le nombre de ses volumes égalerait celui de ses ans, et c'est un joli chiiïre, qui suppose bien des livres sans conséquence. Il aimait à conter. Il contait bien, quoique un peu longuement, et en se répétant quand il était content de ce qu'il avait dit.
Certes il y a quelque chose de sérieux au fond du Baron de Fœneste . On peut même dire, si Ton y met de la complaisance, que ce livre est une étude de mœurs. On peut dire, si l'on en met encore plus, que c'est un livre prophétique. D'Aubigné a vécu sur ses terres, en homme sage, et il a vu passer par sa Saintonge les cadets de Gascogne qui s'en allaient ou à la cour du roi, ou aux petites cours des grands seigneurs, pour faire leur chemin, et même simplement, « pour paraître », comme il dit fort bien, et il a été choqué de cette très mauvaise habitude qui commençait. Ces cadets, ce sont lesgrandspères de cette noblesse de Louis XIV, qui, par goût d'un vain lustre, ne pourra vivre qu^à la cour, et ruinera par là en elle-même toute la force, toute Tinfluence et toute la vitalité de la noblesse française, qui effacera de notre pays l'aristocratie, et qui, « pour paraître », cessera < d'être. »
Etre et paraître, c'est tout le roman. Celui qui paraît, c'est Fœneste, toujours hâbleur, toujours « morguant », toujours « se gorgiasant » (se pavanant), au fond valet berné, nasardé et bâtonné comme un marquis de Mascarille. Celui qai esf, c'est M. d'Enay, vivant sur son domaine, conservant son influence sur ses paysans, homme de sens, d'esprit, de ménage, et, dans une grande tranquillité, d'action véritable. Voilà le péril et voilà le modèle à suivre présentés à la noblesse du xvi* siècle et de l'âge suivant.
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Mais, encore que celle préoccupation n'ait pas été étrangère à d'Aubigné crayonnant Fœneste, elle n a pas été la principale. D'Aubigné veut surtout nous faire rire du type traditionnel en France du cadet de Gascogne. Il y aià comme un écho de Rabelais, un peu affaibli. Fœneste, c'est notre ami Panurgeavec moins d'esprit, Panurge moins ample, moins épique, plus ridicule parce qu'il est plus sot, toujours le même, en son fond, avec sa vantardise, sa couardise et son valetage, moins sympathique, quoique moins fripon, parce qu'il a moins de verve ragaillardissante, parce qu'il est un pleutre plus mince, unPanurge peint par un homme qui a pour lui moins de complaisance que Rabelais, et par suite un Panurge qui glisse déjà au Ragotin.
Le caractère, d'ailleurs, est joli. Pourvu qu'il paraisse, qu'il paraisse paraître, ou qu'il s'imagine qu'il paraît, Fœneste est content. Dans le plus mince équipage, crotté, affamé, battu de Toiseau, qu'il puisse dire : « Je vais à la cour )), ou « je reviens de la cour », ou « je retourne à la cour », il est heureux. Il fut berné, mais ce fut par de grands seigneurs; il fut moqué, mais ce fut par de grandes dames; il a toujours fui a vingt lieues du péril ; mais c'est avoir assisté à de bien grandes affaires; il s'est grillé les jambes devant un feu violent, tenant le bougeoir pour le jeu du roi, mais c'est avoir été au feu au service de Sa Majesté; il a eu, il aura toujours les plus grandes misères; mais ce sont misères de gentilhomme.
M. d'Enay Fécoute en souriant. 11 n'a vu le roi de sa vie; mais il a bonne table saine, bonnes terres, bonne chasse, bon service, portes bien closes et feu qui dure : « Réconfortez-vous, M. de Fœneste, et contez-moi encore une de vos glorieuses aventures. »
Et il a de lesprit, M. d Enay, c'est-à-dire M. d'Aubigné, de l'esprit fin et discret, à épigrammes retenues, à bonhomies malicieuses, et à^sournoises réticences :
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« S'il vous plaît, M. de Fœneste, passons le temps ailleurs qu'à examiner ceux à qui nous devons obéissance. — Nous ne sommes point si sages à la cour, et nous parlons de tout le monde. — Etnousgensde village, devons être respectueux. »
« En Savoie nous souffrions beaucoup, dit Fœneste , mais nous n'eûmes pas l'occasion de faire paraître la valeur; quoi que ce soit, le roi fit paraître la victoire, bien qu elle ne lui demeurât pas. — Nous sommes malades du paraître, aussi bien aux affaires générales que particulières, t
« M. de Fœneste, sïl vous plaît, qui commença cette déroute du Pont-de-Cé ? — Ce fut un brave duc qui^ voyant les approches, prit une gaillarde résolution et levant là main haute s'écria : « Qui m'aime me suive I Sauve qui peut. » — Vraiment, répond M. d'Enay, on apprend tous les jours ; jamais je n'ai ouï appliquer ce commandement : qui m'aime me suive ! sinon pour aller au combat. — Et moi, dit M. de Beaujeu, j'admire la résolution de ce jeune homme. »
Fœneste a eu une discussion avec un gentilhomme sur le mot catholique. « Je ne sais ni grec ni latin, lui dis-je, je ne suis point savantasse, mais je vous ferai raison. Le galant me répondit : Monsieur l'ignorantasse, je ne sais tant de grec et latin que je voudrais, mais je vous dis en français que vous êtes un sot...» Sans le voyage de la guerre nous nous fussions chargés, encore qu'il me tache avec un latiniste. — Eh ! dit M. dEnay, il est français quand il veut ; peut-être cependant ne saural-il pas se battre en français. — Cap de Diou,il me fâche d'une chose qu'on m'a dite de lui, c'est qu'il n'y a escrimeur de Paris qu'il n'ait porté en terre. — En latin ? — Je ne sais pas. »
Voilà l'esprit de d'Aubigné, qui est de bonne qualité, piquant et alerte, d'un joli mouvement de fine épée bien en main, légère et prompte, qui effleure, qui égra-
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ligne, qui perce même, et ne transperce pas. C'est de cet esprit que d'Aubigiié a écrit le Baron de Fœnestej quelques lettres, quelques discussions sur divers points qu'il rapporte dans sa correspondance ou dans ses mémoires. Il avait rintelligence très claire, un cerveau nullement fumeux, quand il n'était pas en colère, et ces récits par dialogues sont où il réussit le mieux, parce qu'il y porte toutes les qualités d'un causeur qui devait être très brillant. Il se place bien ici, comme en quelques autres choses, entre Rabelais et Voltaire, moins fort que Tun, moins fin que Tautre, moins lourd aussi que le premier, moins léger que le second, mais spirituel, à tout prendre, à la façon de tous les deux.
De plus, moins que Rabelais, mais plus que Voltaire, il sait peindre, et l'on voit ses personnages, non pas dans la lumière éclatante d'un Saint-Simon, mais pourtant avec un certain relief : « Je ne vis jamais telle confusion d'opinions ; il me fâchait qu'une place (Dongnon), sans paraître, fût si mal aisée à mettre à raison. Je me mets le coude sur la table, l'oreille dans la paume, je me ride le front, je branle la tête quatre bonnes fois et puis adressant la parole au haut bout.... » M. de Fœneste a très bien dessiné ici son propre portrait en pied. Comparez, dans les Mémoires d État ^ le portrait de Bellièvre :
« Ayant l'honneur d'être son collègue pour calmer le reste d'une guerre en Guyenne, je tressaillis de joie, pensant que l'haleine de cet homme-là me rendrait homme d^État jusqu'aux dents. Je humais ses paroles, cherchant en toutes quelque hiéroglyphe ou sens précieux. Unjour nous étions au Mont-de-Marsan ; un courrier nous a^pporte une grande confusion et tuerie à Bazas. Je lui demande avec une hâtiveté française: « Eh bien ! Monsieur, que pensez- vous de cela? » Il ébranla sa tête peu à peu, et puis d'un grand mouvement de haut en bas, et de bas en haut, jusques à quinze ou seize fois
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et fut une seizième partie d'heure sans pouvoir arrêter ce grand nez, duquel Rapin a écrit :
Non cuivis nasi machina longa datiir.
« Enfin voici son avis: « Que je dis, monsieur mon collègue ? Vous demandez que je dis... Je dis que, que, nous ne sommes pas tous bien sages. » — Je repars : < Mais, Monsieur, je demande qu'il faudrait faire à cela. » — Après autant de branlements qu'àla première question : « Ce qu'il faudrait faire, monsieur mon collègue, je vous le vais dire. Il faudrait vraiment... » et après trois fois : « Il faudrait vraiment que nous fussions plus sages. » — Et cependant on se tuait à Bazas, et fallut remettre d'en aviser au lendemain. »
On voit assez par tout ce qui précède quel redoutable polémiste devait être Agrippa d'Aubigné. A vrai dire, c'était là sa vocation même, et Ton s'en aperçoit bien quand on lit ses Mémoires et Souvenirs. Bien plus que les batailles et les dangers courus, qui sont les choses dont à l'ordinaire on se souvient dans la vieillesse avec le plus de charme, ce qu'il se rappelle et ce qu'il rappelle avec complaisance, ce sont ses discussions avec le cardinal Duperron, avec le P. Gotton, avec les seigneurs de la cour de Henri III ou de Henri IV. On voit son sourire triomphant en racontant tout cela. Il était polémiste avec amour. Il eût été moins religieux en un temps où la religion n'eût pas été occasion de se gourmer.
C'est dans la Confession du sieur de Sancy qu'il nous a donné le meilleur témoignage de cette tournure de son esprit. La Confession de Sancy est la première des Provinciales. D'Aubigné y suppose un bon gentilhomme huguenot qui s'est converti au catholicisme et qui confesse ses erreurs passées. C'est de la satire par ironie.
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D AUBIGNE
L'ironie est la forme même de la colère qui se contient et de rindignation qui se ramasse pour se savourer. C'est le régal, en même temps que c'est Farme, des enragés. Elle convient admirablement aux discussions religieuses. D'Aubigné en use avec une infinie complaisance et souvent un grand succès. Il a toute l'amertume, toute la bile recuite et tout le lent acharnement sur la plaie qu'on taraude, qu'il faut en ces sortes d'affaire. YoicA une page qu'on croirait qui a servi de modèle à Pascal. Je la reproduis, en adoucissant certains termes que la langue française n'admet plus, depuis qu'elle est devenue moins latine :
c Ce livre... c'est le Livre des Taxes où un bon catholique voit les péchés àbon marché et sait d'un mot pour combien il en doit être quitte. Celui qui a déshonoré une vierge doit six gros. Quiconque a commis un inceste, il en est quitte pour cinq gros. Toutefois, si cela est commis en l'église, il en faut six. Pour avoir tué son père ou sa mère il faut un ducat et six carlins. Ces choses sont écrites au chapitre des dispenses perpétuelles. Le livre est imprimé à Paris Fan 1570, par Toussaint Denis, rue Saint-Jacques à la Croix de bois. — Un Poitevin me demandait un jour si je saurais lui résoudre une gaillarde question ; c'est, disait-il, pourquoi les libidineux sont plus zélés contre les huguenots que les autres catholiques... Cela fit (car j'étais encore huguenot) que je voulus entendre quel était l'intérêt de Messieurs les débauchés en telles affaires : « Vous savez, dit le Poitevin, qu'il y a force gens entachés de ce peccadigllo^ lesquels, encore qu'ils ne soient bien assurés qu'il y ait un paradis et un enfer, ils en ont pourtant peur, et voudraient bien, comme disent les décrétalistes, uii absoliitione ad cautelam, S' ils vont demander à. un ministre par quel moyen un pécheur exécrable peut être sauvé, le ministre répond qu'il faut embrasser la mort du Christ avec la foi, et puis, avec le regret du
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passé, avoir résolution de vivre mieux. Voilà pour tout potage ce que vous dira un ministre... Le Saint-Siège, composé de gens de bonne maison, qui ont intérêt à Taffaire, ayant jugé que tels remèdes n'étaient pas viande à galants hommes, y a remédié bravement... Il vous mettra dans le col un chapelet ; il vous baillera des grains qui sont cotés au dix-neuvième article, et vous fera dire les paroles qui sont cotées dans le septième ; et cette application vous donne indulgence plénière et rémission tant de la coulpe que de la peine. »
Voilà qui est manié habilement, filé avec une savante colère, etforlongé avec une patiente férocité. C'est du Pascal un peu lourd. Il y a plusieurs pages de ce genre dans la Confession de Sancy.
11 faut dire cependant que d'Aubigné est trop bouillant pour savoir garder ce ton avec le sang-froid imperturbable qu il exige Les perfides lenteurs de l'ironie le fatiguent assez vite, et alors il arrive de deux choses Tune. Oud'Aubigné tombe plus bas, ce qui est fâcheux, ou il s'élève beaucoup plus haut. Il glisse aux scurrilités, aux sottes injures, aux anecdotes malpropres, à tout l'arsenal répugnant d'un journal politique populaire, ou de Voltaire quand sa colère ou sa soif de popularité arrivent à faire qu'il manque d'esprit. Ailleurs au contraire, une éloquence pleine et forte éclate tout à coup, qui est d'un admirable effet, comme par exemple dans le Traité des Devoirs des rois et des sujets : « Or le ciel témoignera pour jamais que tant qu'on a fait mourir les Réformés par les formes de la justice, quelque inique et insupportable qu'elle fût, tant qu'ils se sont vus condamner par le trône de leurs rois et sous leurs autorités et formes publiques, ils ont tendu la gorge et n'ont point eu de mains (1) ; mais quand l'autorité publique
(1) En passant, remarquez le poète en prose. Il fait sans y song^er un vers magnifique.
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d'aubiginé 339
s'est convertie en insolence et le magistrat lassé des feux a jeté le couteau es mains des peuples, et a ôté le visage vénérable de la justice, et a fait mourir au son des trompettes et des tambours le voisin par son voisin ; qui a pu défendre aux misérables d'opposer le bras au bras et le fer au fer et prendre d'une fureur sans justice la contagion d'une juste fureur, et voyant sans merci à leur sein les injustes pointes des épées homicides avoir désiré d'en saisir les pommeaux ? »
Et relisez encore cette conclusion à.M Traité des Devoirs des rois et des sujets, sentez passer ce souffle, sentez celte large et forte ondulation de la haute mer, laissezvous emporter à cette poussée impérieuse et à ce transport :
« Le port de toutes nos tempêtes est donc au giron de la mort, qui, de nous entièrement méprisée, ne peut plus nous épouvanter de ses moyens ; car s'il faut donner du nez en terre dans une brèche ou en quelque autre sorte de combat, c'est trouver ce que nous avons tant cherché, c'est ce champ d'honneur duquel nous nous sommes tant vantés et que nous avons eu honte d'esquiver de deux pas en arrière... Mais si encore le bon Père, disposant du terme et des moyens, nous veut retirer par quelque voie plus calme et plus propre à disposer nos esprits pour l'heureux changement, si c'est par la potence. Christ Fa embrassée pour nous et en a ôté le déshonneur et la malédiction par son triomphe de bénédiction et d'honneur : il a laissé les traces à ses serviteurs, dressant l'échelle que nous redoutons mal à propos de la terre à la mort, de la mort au ciel, et ainsi en a fait l'échelle bienheureuse de Jacob. Sont-ce des échafauds, sont-ce des bûchers? Disons : nous sommes membres du Christ, puisqu'il parfait ses souffrances en ses membres et qu'il veut les continuer en nous. Soient le ciel et le monde spectateurs du sang que nous épandons et s'il faut périr par
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les flammes, nous jelons nos vues au chemin qu'elles prennent. Elles iront devant, et nous après, et avec elles de Tair dans les nues. Nous volerons où sont déjà nos désirs arrivés, à savoir au trône de TEternel pour là prendre place, régner et triompher avec les anges. »
Il faut songer qu'il n'y a pas au xvf siècle une page d'éloquence supérieure à celle-ci, et qu'il faut aller loin a travers le xvir pour en trouver une autre qui la vaille.
D'Aubigné est un pamphlétaire. Il se sert de toutes armes contre l'ennemi, de l'épigramme qu'il tourne bien, du sarcasme qu'il manie fortement avec une certaine lourdeur, de rhistorielte scandaleuse qu'il conte assez plaisamment, mais qu'il aime trop et où il s'appesantit, de l'injure basse qu'il ne prodigue pas, mais qu'il n'évite pas assez, de l'ironie qu'il sait manœuvrer, mais dont il se lasse assez vite. Mais c'est un pamphlétaire convaincu, et de la seule chose où le pamphlétaire professionnel n'atteigne pas, de la haute éloquence ardente, orageuse et enflammée, qui soulève tout l'homme dans une palpitation et un frisson, qui en fait une force surprenante et étrange à ravir les esprits et à enivrer les cœurs, il a usé quelquefois, brusquement, soudainement, comme inspiré d'un Dieu, avec une maîtrise magnifique.
D AUBIGNÉ POÈTE ÉLÉGTAQUI
D'Aubigné poète est un très bon élève de la Pléiade. Il n'est guère plus. La poésie avec lui ne fait ni un progrès vers la grandeur ou la sublimité, ni un progrès vers la précision, la netteté et la concision élégante du
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bon goût. Il ne Ta ni agrandie ni châtiée, et il n'a fait ni un pas en avant, ni même un pas en arrière, ce qui est encore une originalité, et ce qui, dans l'incertitude des jugements littéraires, permet au moins de passer pour un novateur. Il « ronsardise. » Il ronsardise bien, il ronsardise mieux que du Bartas ; il ronsardise mieux que personne ; mais il ne va plus loin qu'à ronsardiser. Il ne se cachait point, assez avant dans le xvii^ siècle, de son goût persistant pour cette école. Ce n'est pas au hasard que dans la préface des Tragiques publiés seulement en 1613, il fait une si large place au souvenir de Ronsard. Ailleurs (1), il a crayonné un petit historique de la poésie française de 1550 à 1620 environ. L'éloge de Ronsard y est éclatant. C'est lui qui « a coupé le filet que la France avait sous la langue » , c'est lui et ses amis qui « ont guéri le Français de toute barbarie », qui « lui ont appris à piller les Grecs », qui « ont changé la liberté des discours en vers communs et alexandrins en cet article qu'il fallait disposer les couples de vers enrimesféminines et masculines alternativement. » — Après eux est venue la a seconde volée o, les Desportes, Billard, Jamin, du Bartas, Rapin, de Thou, du Monin. Il estime moins ceux-ci, surtout Desportes, qui n'est guère en crédit que parce que « la faveur de Henri III passa de sa personne h ses écrits, o — Enfm la et troisième volée » qui se compose, Bertaut « à la tête », de Malherbe, Desyveteaux, Lingende, d'Urfé, Gombault et quelques autres, est quelque peu méprisée par lui. Il y a beaucoup de « fluidité » dans leur manière ; mais « on n'y voit point la fureur poétique sans laquelle nous ne lisons que des proses bien rimées » ; ils « observent plus près que les autres que la construction française n'ait rien de différent au lan-
(l) Dans une lettre (sans suscription) au recueil des Lettres de
points de science.
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gage commun » ; mais est-ce si grand profil, et de Bôze sera-t-il repris d'avoir dit : « Grand est le Seigneur »? Ce sont bons grammairiens et il y a plaisir à « suivre leurs observations, pourvu que ce soil avec jugement. On demande seulement à ces législateurs que, pour avoir Tautorité sur le siècle que les grands maîtres de ce temps ont prise, que nous voyons de leurs mains des poèmes épiques, héroïques ou quelque chose qui sepuisse appelé)' œuvre. » — Voilà bien le langage d'un pur ronsardiste, pour qui Malherbe et ceux de son groupe ne sont guère que des critiques, qui réclame d'eux, pour les pouvoir appeler poètes, une grande production de longue haleine, une Franclade ou une Semaine ; et ce que dit là d'Aubigné est le refrain moqueur de tous les attardés du xvi© siècle, depuis Régnier jusqu'à M^^** de Gournay et Claude Billard.
C'est dans ce qu'il appelle la « seconde volée », entre Desportes et du Bartas, quoique au-dessus d'eux, que doit se placer d'Aubigné. Il a plus de jugement que du Bartas, plus de force que Desportes, plus de génie que tous les deux, même ensemble ; son esprit lui sert quelquefois à avoir du goût : il s'est moqué fort judicieusement de certaines manies littéraires du temps, des « extrêmement^ éternellement^ furieusement^ il est furieusement sage^ il est furieusement doux » ; il a raillé de cruelle façon le galimatias, les périphrases obscures,
A qui l'on peut répliquer En les réduisant en cendre :
Tu ne veux te faire entendre ; Je ne veux pas l'expliquer.
Mais il est bien cependant de 1580, de regroupe imitateur, de ce second cru, de cette seconde Pléiade, qui a tous les défauts de lapremière^ et en outre, plus de précieux, plu& de coquetterie, plus de maniéré ; dans
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D AUBIGNE
laquelle d'Aubigné indique lui-même que domine l'influence italienne, école gracieuse du reste et habile, ingénieuse et spirituelle, moins de collège que 1 autre et plus du monde, plus française en ce qu'elle a plus d'esprit, qui était de quoi Técole de 1550 manquait le plus.
Cette école de 1580, sous Fempire toujours persistant de rinstinct national, remonte à Marot, ce qui n^est peut-être pas une manière de remonter ; mais comme rien ne se perd, après Ronsard et après la vogue de Pétrarque, elle donne des Marot d'une part plus délicatement et plus mièvrement spirituels, d^autre part des Marot qui tendent encore au grand et se croient obligés aux vastes entreprises.
D'Aubigné est bien de cette école-là. Il a — nous verrons plus tard ses grandes parties — toutes les petitesses de son temps. Il aime les pointes, les jeux de mots, les calembours. Son fils, l'apostat, ayant pour directeurs de conscience le jésuite Arnou et le feuillant Mai, il remarque que cela fait exactement àpvoûf^ai, qui veut dire renier. Il l'écrit à son fils, il Técrit à M™e de Rohan, et il en fait une épigramme en vers. On ne saurait tirer à trop d'éditions de si jolies choses. — Il aime, comme Ronsard [Hercule chrétien), les ce explications mystiques de la mythologie antique » tournées en motifs d'édification chrétienne, jeu puéril et même dangereux, dont il ne comprend pas le scandale. Enée, avec ses traverses, ses tempêtes, ses guerres, ses «Syrtes », ses c( Sylles », ses ^ Garybdes», et ses t douceurs de Carthage », est le portrait de fâme chrétienne. Cela dans une Méditation sur les Psaumes. Il s'en excuse, mais pour y revenir, et nous montrer les douze travaux d'Hercule comme les douze épreuves que le chrétien doit traverser. Il se plaît à ces amusements frivoles et en général à toutes les ce gentillesses », comme disait Pasquier, d'une humeur puérilement subtile. Il est de
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ceux pour qui la littéralure est un petit jeu de société. Il se divertira à paraphraser le « Rosette, pour un peu d'absence » de Desportes, et, après tout, comme la paraphrase est jolie, je la cite. Aussi bien elle est d'un d'Aubigné peu connu de la foule, et qu'il faut connaître :
Bergers qui pour un peu d'absence Avez le cœur si tôt changé, A qui aura plus d'inconstance Vous avez, ce crois- je, gagé. L'un léger et l'antre légère A qui plus volage sera, Le berger comme la bergère Du changer se repentira.
L'un dit qu'en pleurs il se consume, L'autre pense tout autrement, Tous d'eux n'aiment que par coutume, N'aimant que leur contentement ; Tous deux comme la girouette Tournent poussés au gré du vent, Et leur amour rien ne souhaite Qu'à jouir et changer souvent.
De tous deux les caresses feintes Découvrent leur cœur inconstant ; Ils versent un millier de plaintes Et le vent en emporte autant ; Le menteur et la mensongère Gagnent à qui mieux trompera I Le berger comme la bergère De changer se repentira.
Ils se suivent comme à la trace ; A changer sans savoir pourquoi.
Pas un des deux l'autre ne passe D'amour de constance et de foi.
Tous les jours une amitié neuve Ces volages contentera.
Aussi vous verrez à l'épreuve Que chacun s'en repentira.
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d'aubiginé 345
De tous deux les promesses vaincs Et les pleurs versés en partant N'ont plus duré que les haleines Qui de la bouche vont sortant :
Chacun garde son avantage A fausser tout ce qu'il dira, Et chacun de son faux langage A sou tour se repentira.
Il se livrera avec une application déplorable et un lamentable succès au travail de marqueterie qu'on appelle les vers rapportés, sorte de mosaïque où il faut que les mots se rapportent non pas aux mots voisins, mais, à distance, à ceux qui leur sont symétriques dans une autre partie de la phrase. Voici un Sonnet rapporté de d'Aubigné :
Pieça ton naturel, ton étude et ta race
Bien sage, fort lettrée, illustre noblement
De bonté, desavoir, d'assurance, aisément
T'a rempli, comblé, peint l'esprit, le cœur, la face.
Cette bonté, savoir, assurance à ta grâce Te fait révérément, grandement, bravement Honorer, admirer, redouter mêmement Au peuple, aux majestés et à cil qui menace.
Et ainsi honoré, admiré, redouté...
Mais je crois qu'en voilà assez.
Ce sont là de grands défauts, qui marquent surtout qu'on n'est point poète et qu'on ne sait pas ce que c'est que la poésie. Bizarreries et curiosités métriques des rhétoriqueurs de la fin du quinzième siècle ; vers rapportés, vers 7/iesur (^5 (par dactyles spondées et iambes), vers pouvant se couper en deux et offrir un sens selon qu'on les lit en entier ou qu'on n'en lit que la première moitié ou la seconde, toutes occupations où s'est adonné d'Aubigné; et vers sur le jeu d'échec ou le jeu de trictrac des poètes de Fécole de DelillCj tout cela c'est même
chose ; c'est art de bibelotier ou de faiseur de rébus, et opinion que la poésie est un logogriphe, ou tout au plus un jeu de salon. A tout le moins cela indique, môme chez ceux qui font autre chose à d'autres moments, un penchant non pas à Fart pour Fart, mais à l'art pour Tartifice.
D'Aubigné s'est élevé plus haut, même quand il n'était pas en colère, et, chose curieuse, ce qu'il y a de meilleur dans dVVubigné calme, ce n'est pas d'Aubigné malicieux, car ses épigrammes et ses badinages sont généralement ternes, c'est d'Aubigné langoureux et doucement mélancolique. Ce soldat a eu ses instants de rêverie, d'abandonnement à la douceur des choses, d'anéantissement délicieux dans la paressedu cœur. Le voilà un moment assis, un moment couché sous le hêtre, et rêvant indolemment de ne plus se relever. Le sonnet suivant devrait être intitulé Lentus in umbra.
Je sens bannir ma peur et le mal que j'endure Couché au doux abri d'un myrte et d'un cyprès, Qui de leurs verts rameaux s'accolant près à. près Encourtinent la fleur qui mon chevet azuré;
Oyant virer au fil d'un musicien murmure Mille nymphes d'argent qui de leurs flots secrets Bebrouî lient (i) en riant les perles dans les prés Et font les diamans rouler à l'aventure.
Ce bosquet de verbrun qui cette ombre obscurcit D'échos harmonieux et de chants retentit.
séjour amiable, ô repos précieux,
giron, doux support au chef qui se tourmente mes yeux bienheureux éclairés de ses yeux 1 Heureux qui meurt ici et mourant ne lamente !
Et s^il y a là des souvenirs de du Bartas, il y a bien
(1) Pour IrouUlenû^ redoublement à la façon des JlqfloUant de du B ;rias.
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D AUBIGNE
aussi un écho de Joachim. D'Aubigné a fait ce joli rêve de la mort douce dans un doux paysage, sous des yeux aimés, mêlant dans une tendresse triste le « quam molliterossa quiescant » et le « dextram moriens detinuisse
manu. »
Il a faille rêve aussi de la douce vie dans un paysage du Lignon, son rêve de VAstrée, d'existence lente dans des soins gentiment puérils, dans des occupations qui sont des paresses et demandent de frêles petites mains.
Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, Des divans profonds comme des tombeaux, Et d'étranges tleurs sur les étagères...
dit avec une grâce un peu morbide le poète contemporain ;d'Aubigné, en un tableau de couleur plus claire, mais qui est le même déjà, voit Tidylle artificielle et aimable qui suit, où s'entremêle un symbole continu ;
Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux , J'en serai laboureur, vous dame et gardienne. Vous donnerez le champ, je fournirai de peine, Afin que son honneur soit commun à nous deux.
Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux Seront vert-fiorissaût, leurs sujets sant la graine (?), Mes yeux l'arroseront et seront sa fontaine ; Il aura pour zéphirs mes soupirs amoureux.
Vous y verrez mêlés mille beautés écloses, Soucis, œillets et lis, sans épines les roses, Encolle et pensées, et pourrez y choisir
Fruits sucrés de durée après les Qeurs d'attente ; Et puis nous partirons à votre choix la rente : A moi toute la peine, à vous tout le plaisir.
Tout ce d'Aubigné élégiaque est maniéré, composé,
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appliqué, mais non sans grâce. Quelquefois même, commedanslastancexv: « Ores es- tu contente, ô nature meurtrière... » il montre quelques traces de lyrisme, de mouvement au moins, et d'élan. Mais il est si vrai que ce n'est jamais que d'un sentiment profond que la poésie vraie peut jaillir, que c'est encore la passion religieuse qui lui a inspiré,[même dans les Ponies mêlées, les plus beaux accents. Le sonnet intitulé Extase est presque beau :
Ainsi l'amour du ciel ravit en ces hauts lieux Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde Va soupirant ça bas sa liberté seconde (?) De soupirs poursuivant l'âme jusques aux cieux.
Vous courtisez le ciel, faibles et tristes yeux. Quand votre âme n'est plus en cette terre ronde, Dévale, corps lassé dans la fosse profonde, Vole en ton paradis, esprit victorieux.
la faible espérance, inutile souci Aussi loin déraison que du ciel jusqu'ici, Sur les ailes de foi, délivre tout le reste,
Céleste amour qui as mon esprit transporté.
Je me vois dans le sein de la divinité :
Il ne faut que mourir pour être tout céleste.
Et c'est ce même sentiment d'apaisement, d'adoucissement aux mortelles approches, d'allégresse à sentir le poids du corps glissera nos pieds, et lame déjà comme essayer ses ailes, quia inspiré à d'Aubigné la plus belle page qu'il ait jamais écrite, et qui permet enfin qu'on puisse rapprocher de son nom celui d'un vrai grand poète, étant naturel qu'en la lisant on songe à Tadmirable début de la Vigne et la maison de Lamartine :
Mes volages humeurs, plus stériles que belles, S'en vont ; et je leur dis : Vous sentez, hirondelles,
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S'éloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs, pour ne fâcher, impures, Ma couche de babil et ma table d'ordures :
Laissez dormir en paix la nuit de mon hiver.
D'un seul point le soleil n'éloigne rhémisphère, Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumière. Je change sans regrets, lorsque je me repens Des frivoles amours et de leur artitîce.
J'aime l'hiver qui vient purger mon cœur du vice, Gomme de peste l'air, la terre de serpents.
Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines : Le rossignol se tait, se taisent les sirènes. Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs. L'espérance n'est plus, bien souvent tromperesso. L'hiver jouit de tout. Bienheureuse vieillesse, La saison de Tusage et non plus des labeurs.
Mais la mort n'est pas loin. Cette mort est suivie
D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie :
Vie de notre vie et mort de notre mort.
Qui hait la sûreté pjour aiaier le naufrage ?
Qui a jamais été si friand du voyage
Que la longueur en soit plus douce que le port ?
Cet homme était bien un poète, par moments ; mais ces moments étaient rares. Surtout, ce qu'il faut bien savoir, il n'étaitpoète que pour exprimer ses sentiments. Sa puissance objective est à peu près nulle. Travaillé par le souci qui est une obligation morale chez un Ronsardiste, de produire une grande œuvre et de pratiquer les « grands genres », il a essayé d'un poème épique sur la création, comme du Bartas. C'est un poème pitoyable. Rien n'est plus en prose. C'est successivement un traité d'histoire naturelle, un traité d'astronomie, et un traité d'anatomie. L'ennui en est profond et l'art n'y paraît jamais. Il est singulier que d'Aubigné, le spirituel au-
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leur de Fœnesie^ ne s'en soit point fatigué lui-même, et l'aitachevé. Il était courageux et opiniâtre : il creusait cela jusqu'au bout, comme une tranchée. ~ D'Aubigné n'est bon poète que quand il s'épanche, et il a très peu de sentiments à épancher. Ses amours sont peu profondes, ses mélancolies sont rares, il n'a pas songé à chanter ses amitiés. Seul le sentiment religieux était profond chez lui et lui a inspiré quelques beaux vers. Il reste un poète de second ordre, parce que la poésie a été très loin d'être la première affaire de sa vie.
LES Tragiques,
Il ne faut pas croire que dans les Tragiques il se soit élevé plus haut qu'au point où nous Tavons laissé. On le croit généralement parce qu'on en juge par quelques passages brillants toujours cités. Mais il faut bien savoir que peu s'en faut que les Tragiques ne soient illisibles. En écrivant les Trafic wes, dans un très beau dessein d'indignation et de généreuse révolte, d Aubigné a forcé son génie, un peu comme Ronsard écrivant la Fraïiciade, Personne n'avait le génie moins épique que d' Aubigné. Il est très probable que le génie épique est le contraire du génie de l'actualité. Il semble consister à aimer les légendes lointaines et à y vivre habituellement comme dans son atmosphère, d'une vie aussi pleine et aussi satisfaite que d'autres vivent, respirent et palpitent dans la vie de leur temps, t Comme les sirènes aiment la mer, j'aime le passé », dit un de nos auteurs contemporains. C'est une jolie façon de dire qu'on vit dans le passé comme le poisson dans l'eau ; et
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c'est ainsi que le poète épique se meut librement et amoureusement dans les légendes. Il semble que le présent ne soit pas fait pour l'épopée. Le présent n a pas de couleur locale, par la raison que la couleur locale est ce que les peuples éloignés par le temps ou par l'espace ont de différent de nous; le présent n'a pas de grandeur; car c'est l'éloignement qui fait le respect et c'est le respect qui agrandit ; le présent est matière à la satire, aux considérations morales sous forme d'épître ou de discours en vers, à l'effusion lyrique aussi ; car on peut le mépriser, l'étudier, l'aimer. Le raconter, c'est une autre affaire. On ne raconte poétiquement que le passé, parce que les faits et les hommes ne sont poétiques que dans une certaine brume de lointain. Il y a donc, semble-t-il, comme une incompatibilité entre l'esprit d'actualité et Tesprit épique. Or d'Aubigné était le plus actuel des hommes, et personne n'a plus que lui vécu dans le présent de tout son cœur. Il n'avait donc pas la tournure d'esprit épique telle qu'elle se montre à Fordinaire chez les poètes. A cela si vous ajoutez que son poème, il l'a précisément, et à cause même du tour d'esprit que je viens de dire, placé dans le présent, en pleine et flagrante actualité, vous jugerez qu'il avait des chances de faire quelque chose qui ne fût pas un poème épique.
Et sans doute, nonobstant toutes les théories, il aurait bien pu se faire qu'il réussît au moins à produire, épique ou non, quelque chose de beau. Le certain, c'est que ce qu'il a donné est quelque chose de très ennuyeux. Les Tragiques sont une suite de faits sans lien très visible entre eux, ce qui passerait encore, mais si semblables les uns aux autres que l'impression générale est une cruelle monotonie. C'est une sorte d'accumulation : « Ils ont fait cela, et cela encore. Ils ont tué celui-ci par le fer, celui-ci par l'eau, celui-ci par le feu. Voici encore un meurtre, encore un assassinat et en-
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core une tuerie. » Tous ces crimes se ressemblent à les confondre.
Pour comble d'écrasement du lecteur, d'Aubigné s'est avisé de distribuer sa matière par catégories de meurtres analogues. Dans un chant tous les protestants tués par le fer, dans un autre tous les protestants tués par le feu, et ainsi de suite. C'est de la classification administrative. Rien au monde n'est plus étranger à Tart. Quand on songe aux Péris tephanon de Prudence, qui n'est pourtant qu'un homme de talent, on sent la différence d'une liste martyrologique à un poème vivant, Les actes des martyrs du protestantisme n'ont pas trouvé un poète pour les illustrer. C'est une perte ; car il y avait là, non pas, je crois, un poème épique à écrire, mais un groupe de poèmes lyriques ou satiriques, analogues aux Châtiments^ à construire, qui auraient pu être d'une horreur et d'une beauté incomparables. Hélas! quand on lit la Saint-Barthélémy dans d'Aubigné, on en vient à apprécier la Saint-Barthélémy de la Henriade !
Il a bien senti que tout cela ne sonnait pas le poème, et il a fait appel à tout son art pour relever et ranimer par quelque endroit ses narrations un peu plates. C'est alors précisément que son indigence d'imagination éclate le plus. Pour échapper à la narration pure, au récit tout sec, il a recours à des figures, et ses figures sont toujours les mêmes, ce qui à une monotonie ne fait qu'en ajouter une autre. Ses figures sont toujours l'allégorie et la prosopopée, d'ordinaire combinées ensemble. Il suppose, selon le procédé de merveilleux par abstraction que nous avons signalé chez Ronsard, une vertu ou un vice qui vient parler à quelqu'un, et il lui fait prononcer un très long discours. — C'est, au deuxième chant. Fortune d'abord et Vertu ensuite qui a sur la minuit » viennent donner leurs contraires conseils au courtisan ; — c'est au troisième chant la Jus-
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lice qui vient se plaindre au trône de Dieu des rigueurs qu'elle a à souffrir ici-bas et de Tabus qu'on fait de soa nom ; — c'est au quatrième chant la Conscience du poète lui-même qui vient lui prendre la main et qui a avec lui une longue conversation morale.'— C'est, ailleurs... une bien singulière imagination : il veut peindre la justice inique de son temps, la magistrature vénale, servile et tyrannique. Les personnages à qui il en veut, il les connaît, il peut les peindre, il peut faire une foule de portraits cruels. Il aime mieux les représenter par des abstractions et nous mettre sous les yeux tout un Sénat allégorique. Ce Sénat il le compose de : Avarice, Ambition, Envie, Colère, Ivrognerie, Hypocrisie, Jalousie, Inconstance, Stupidité, Cruauté, Passion, Haine, Vanité, Servitude, Luxure, Faiblesse, Paresse, Jeunesse, Trahison, et... Formalité. Chacune de ses déités a sonportrait, nécessairement un peu vague et un p3u froid; et cela fait bien des pages. Ajoutez que, pour être complet, à ces personnages allégoriques il en mêle quelques autres non moins allégoriques, qui sont leurs victimes, que TAvarice moleste la Justice, que la Cruauté foule aux pieds un portrait de la Pitié, que la Pauvreté se sauve a en un coin, demi vive », entre la Stupidité et la Haine, et que c'est un tableau bien confus que celui de ces allégories persécutées par des abstractions (1).
Un autre procédé plus rare, car le précédent prend pour lui presque toute la place, c'est Yénumération des exemples tirés de l'érudition. De tout tyran d'Aubigné dira que moins cruel fut Néron, moins stupide Claude,
(1) Il avait fait tout un poème allégorique qu'il a perdu (sauf un fragment) sur rAbsence. d L'Absence, fille de Saturne et de Fortune, précipitée du ciel parce qu'elle avait le front étroit, les yeux pleurants et de sa grande bouche criait sans cesse d, habita parmi les humains, des ciseaux dans une main pour séparer les mortels, et une plume dans Taulre pour les consoler par la correspondance. De Saturne, son père.elio eut pour enfants exécrables rOubU et l'Ingratitude ; etc.
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moins luxurieux Héliogabale, et moins fou Galigula ; de tout juge qu^Eaque, Minos et Rhadamanthe rougissent d'avoir un tel confrère ; et ainsi de suite, et si chacun de ces rapprochements se tourne en un parallèle en règle complaisamment circonstancié, voilà des pages encore, et des développements copieux.
01 qu'en Lybîe Autée, en Crète le taureau, Que les têtes d'hydra, du noir sanglier la peau, Le lion néméen et ce que cette fable Nous coûte d'outrageux fut au prix supportable. Pharaon fut paisible, Anthiocus piteux, LesHerodes plus doux, Ginna religieux :
On pouvait supporter l'épreuve dePérille, Le couteau de César et la prison de Sylle ; Et les feux de Néron ne furent point des feux, Près de ceux que vomit ce serpent monstrueux.
Voilà le procédé. Ce passage est le plus supportable, parce que j'ai été obligé de choisir le plus court. La mythologie et l'histoire ne sont pour ces poètes du xvi« siècle que des casiers à lieux communs. Ils les ont dans lesprit classées par catégories de banalités, sens les rubriques de vertu, courage, prudence, lâcheté, cruauté, orgueil. Vertu : voir Aristide, Epaminondas, Caton ; Courage : voir Cynégire, Léonidas, Mucius Scevola; Cruauté: voir Phalaris, Procuste, Dioctétien ; Amitié : voir Oreste et Pylade. L'imagination d'un poète est un trésor, Timagination d'un poète du xvi* siècle est un thésaurus.
On voit que les Tragiques sont le plus souvent le triomphe de la rhétorique. Plus qu'un autre, peut-être, étant moins averti, moins homme du métier, il donne dans le métier, le prenant pour l'art ; car si l'habitude professionnelle nous fait connaître tous les procédés, elle nous apprend aussi à nous en défier et à en useï avec discrétion. D'Aubigné, qui ne fut poète qu'entre
d'àubiginé 355
temps, en est resté à cette période où Ton ne connaît qu'un petit nombre de recettes et où Ton est comme ébloui de leur excellence. Du reste la rhétorique, et particulièrement Tabstraction et le lieu commun historique, sont les défauts les plus répandus parmi les poètes de cette époque, et il ne faut guère voir un degré de plus ou de moins entre d'Aubigné et les autres. Il est pleinement infecté du mauvais goût de son temps et très éloigné de songer à s'en affranchir, et voilà tout ce qu'il faut dire de lui à cet égard.
Malgré tant de raisons pour lasser le lecteur, les Tra^ giques se font lire encore. C'est qu'on s'attend toujours à y trouver quelque chose. On sait que d'Aubigné est capable d'éloquence et aussi d'esprit. On pense bien qu'au tournant d'une page, l'orateur, le polémiste, le satirique se retrouvera et éclatera tout à coup. C'est ce qui arrive, en effet. Les passages éloquents ouspiritut^ls sont rares dans les Tragiques ; mais ils existent. Ils sont rares, les spirituels parce que d'Aubigné est trop en colère ; les éloquents parce que le ton constamment violent, la continuité de la véhémence et la monotonie de la fureur fatiguent à ce point l'esprit, émoussent à ce point l'émotion que la page vraiment éloquente risque de passer inaperçue dans l'amas des pages oratoires. Ils existent pourtant ces morceaux où d'Aubigné se montre, sinon grand poète, du moins grand orateur en vers, ou satirique aigu, ou portraitiste serré et vigoureux. Il a quelquefois Y idée poétique y l'idée faite pour s'épanouir naturellement et sans procédé en une grande image. Il regarde les ruines matérielles que les guerres civiles ont entassées sur le sol de France, et il s'écrie :
Tous ces altiers châteaux jusqu'en terre rasés. Les temples, hôpitaux pillés et embrasés, Les collèges détruits par la main ennemie
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OQie
Des citoyens éin us, montrent l'anatomie
De notre honneur ancien, comme l'on juge aux os
La grandeur des géants aux sépulcres enclos.
Il menace les courtisans des rois injustes de la colère de Dieu. Qu'ils ne comptent pas échapper par leur petitesse ; au désastre de Tarbrea part le brin d'herbe *
Vous êtes compagnons du méfait, pour vous taire. Lorsque le fils de Dieu vengeur de son mépris Viendra pour vendanger de ces rois les esprits, De sa verge de fer frappant épouvantable Ces petits dieux enflés en la terre habitable, Vous y serez compris. Gomme lorsque l'éclat D'un foudre exterminant vient renverser à plat Les chênes résistants et les cèdres superbes, Vous verrez là-dessous les plus petites herbes, La fleur qui craint le vent, le naissant arbrisseau, En son nid Técureuil, en son aire l'oiseau, Sous ce dais qui changeait les grêles en rosées, La bauge du sanglier, du cerf la reposée, La ruche de l'abeille et la loge au berger Avoir eu part à l'ombre, avoir part au danger.
Mais bien plus souvent c'est Forateur en vers, comme chez beaucoup de Romains, comme chez beaucoup de Français, comme chez Ennius, comme chez Lucrèce, comme chez Glaudien, comme chez Prudence, comme chez Ronsard, comme chez Corneille, plutôt que le poète proprement dit, que nous trouvons chez d'Aubigné. Le modèle même et comme le type de son talent poétique, c'est le couplet suivant, vigoureux, puissamment martelé, enfonçant fortement à coups répétés en la même place une idée dans l'esprit de Tauditeur :
Etrangers irrités, à qui sont les François En abomination, pour Dieu, faites le choix De celui qu'on trahit et de celui qu'on tue.
Ne caressez chez vous d'une pareille vue
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